‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint BernardChapitre 17 sur 274 · S. Grec., Dial ii, c · texte numérisé non relu

S. Grec., Dial ii, c

C'est là qu'eut lieu, eu leur dernière rencontre, cette lutte de l'amour fraternel avec l'austérité (le la règle, qui est le seul épisode connu de la A ie de Scholastique, et qui a suffi pour assurer à son nom un impérissable souvenir. Ils avaient passé tout le jour en pieux entretiens entremêlés des louanges de Dieu. Vers le soir ils mangèrent ensemble. Gomme ils étaient encore à table et que la luiit s'avançait, Scholastique dit à son frère : « Je « t'en prie, ne me quitte pas cette nuit, afin que « nous puissions parler des joies du ciel jusqu'à « demain matin. — Que dis-tu là, ma sœur? » répondit Benoît ; ce à aucun prix je ne puis démence rer hors du monastère. » Sur le refus de son IVère, Scholastique mit sa tête entre ses mains join- (es siu* la table, et pria Dieu en versant des torrents de larmes, au point que la table en fut inondée. Le lemps était fort serein : il n'y avait pas le moindre nuage dans l'air. A peine se fut-elle relevée que le tonnerre se fit entendre et qu'un orage violent éclata : la pluie, la foudre, les éclairs furent tels que ni Benoît ni aucun des frères qui l'accompagnaient ne purent mettre le pied hors du toit qui les abritait. Alors il dit à Scholastique : « Que Dieu te (( pardonne, ma sœur, mais qu'as-tu fait? — (( Eh bien! oui, » lui répondit-elle, «je t'ai prié, et (( tu ne m'as pas écoutée; alors j'ai prié Dieu, et il

(( m'écoute. Sors maintenant, si tu le peux, et rcn- (( voie-moi pour monter à ton monastère'. » Il se résigna bien malgré lui à rester, et ils passèrent le reste de la nuit en conversation spirituelle. Saint Grégoire, qui nous a conservé ce récit, ajoute qu'il ne faut pas s'étonner si la volonté de la sœur fut plutôt exaucée par Dieu que celle du frère, parce que des deux c'était la sœur qui avait le plus aimé, et qu'auprès de Dieu plus on aime et plus on est puissant".

Au matin ils se quittèrent pour ne plus se revoir en cette vie. Trois jours après (i 8 février 543) , Benoit, étant à la fenêtre de sa cellule eut une vision où il vit l'âme de sa sœur entrant dans le ciel sous la forme d'une colombe. Ravi de joie, sa reconnaissance éclata en chants et en hymnes à la gloire de Dieu. Il envoya aussitôt chercher le corps de la sainte, qui fut transporté au Mont-Gassin et placé dans la sépulture qu'il avait déjà fait préparer pour lui-même, afin que la mort ne séparât point ceux dont les âmes avaient toujours été unies en Dieu.

1. Iiîseitis digitis maiius super mensam posuit...Caputinnianibus (leclinanslacrymarumfluviuniinmensamfuderat...Parceattibiomnipotens Deus, soror; quid est quod fecisti ?... Ecce te rogavi, et audire me noluisti... Modo ergo, si potes, egredere, et me dimissa, ad monasterium recède. S. Grec, Bial. ii, 33.

2. Justo valde judicio illa plus potuit quœ amplius amavit, s. Grec.

Cette mort de sa sœur fut pour lui le signal du départ. Il ne lui survécut que quarante jours. Il annonça sa mort à plusieurs de ses religieux, alors éloignés du Mont-Gassin. Une fièvre violente Payant saisi, au sixième jour de sa maladie, il se fit porter dans la chapelle consacrée à saint Jean-Baptiste : il y avait d'avance fait rouvrir la tombe où dormait déjà sa sœur. Là, soutenu sur les bras de ses disciples, il reçut le saint viatique; puis, se plaçant au bord de la fosse ouverte , mais au pied de l'autel et les bras étendus vers le ciel, il mourut debout en murmurant une dernière prière (20 mars o43) ' .

Mourir debout! c'était bien la forte et victorieuse mort qui convenait à ce grand soldat de Dieu.

On l'enterra à côté de Scholastique, dans le sépulcre qui avait été creusé sur le site même de l'autel d'Apollon qu'il avait renversé'. Le même jour deux moines, dont l'un était au monastère et l'autre en voyage, eurent la même vision. Ils virent une multitude d'étoiles former comme une voie lumineuse qui s'étendait vers l'Orient, de-

1. Erectisincœlummanibusstelit, et ultimumspirituminterverba orationis efïlavit. S. Greg.

2. Leur tombe se voit encore sous le maître-autel de l'église actuelle du Mont-Cassin ; on y lit cette inscription : Benedicium et Scholasticam, uno in terris partu cditos,unain Deum pietatecœloredditos, uims hic excipittumulus, mortatis deposili pro xternilate custos.

puis le Mont-Cassin jusqu'au haut des cieux, et ils entendirent une voix qui leur 'dit que c'était par là que Benoît, le bien-aime de Dieu, était monté au ciel'.

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