‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint BernardChapitre 174 sur 274 · De Mir. S, Mari., ii, 39. Cf. m · texte numérisé non relu

De Mir. S, Mari., ii, 39. Cf. m

prières du serviteur de Dieu. Mais Arédius, tout eu lui tâtaut le pouls, ue songea qu'à Teutreteuir de l'objet du voyage. Le roi, touché ou effrayé par ses remoutrances, lui livra les rôles des contributions qui pesaient si cruellement sur le pauvre peuple. Alors l'abbé fit allumer un grand feu et brûla de ses propres mains les funestes registres, en présence d'une foule nombreuse. Il avait d'avance annoncé que le roi guérirait, mais que ses fils mourraient à sa place, et c'est ce qui arriva \

Une autre fois ayant appris qu'il y avait à Limoges plusieurs condamnés à mort, il quitta son monastère pour se rendre à la ville et aviser aux moyens de les sauver. Ici la tradition populaire s'empare du souvenir de la compassion dont le cœnr du saint abbé était inondé pour tous les genres de malheurs. Elle rapporte que, au moment où il approchait de la prison, les portes roulèrent d'ellesmêmes sur leurs gonds et que toutes les serrures se brisèrent ainsi que les chaînes des captifs, qui purent ainsi prendre la fuite et aller chercher un asile in-

1. Fi^a/)ro;^a;ior,p. 203.— LesBollandistesfp.lOOjetRuinartpensentquece roi, qui n'est pas nommé dans le récit contemporain, était Chilpéric pi-, roi de Neustrie et fils de Clotaire ; mais il est singulier que Grégoire de Tours, qui connaissait si bien Arédius, ne l'ait point nommé en racontant comment Frédégonde et Chilpéric se décidèrent à brûler les rôles d'impôt après la mort de leurs trois fils. Hisf. Franc, liv, i, c. 35.

\iolal)le auprès du tombeau de saint Martial, premier apôtre du Limousin'.

Il nous reste lui monument plus authentique de sa sollicitude pour ses inférieurs, dans son testament rédigé vingt ans avant sa mort et confirmé à la veille du jour où, plein de jours et de travaux", il allait paraître devant Dieu. Il y place son monastère avec ses moines, sa villa d'Excideuil avec tous les serfs ou mancipia qui cultivaient ses vignes, et dont il énmnère soigneusement les noms et les familles, sous la protection de l'église de Saint-Martin de Tours, qui était alors le sanctuaire le plus vénéré delà Gaule. Il y stipule expressément que certaines femmes vassales qu'il y dénomme n(^ payeront chaque année qii?un triens par tête aux moines de son monastère. Enfin, il y désigne par leurs noms une cinquantaine d'honmies et de femmes, y compris une certaine Lucie qui était captive et qu'il avait rachetée : il confia leur liberté à la 2;arde de

1. Vila prollxior, p. 201. — Grégoire de Tours raconte un autre trait qui démontre à quel point, dès lors, les religieux étaient regardéscommelesprotecteursnaturelsetefficacesdes condamnés. Un criminel avait été condamné à mort; quand il eut été pendu, la corde se rompit et il tomba à terre sans être blessé. On le pendit de nouveau. A cette nouvelle, l'abbé du monastère le plus voisin courut auprès du comte supplier pour lui, et, après avoir obtenu la vie du coupable, l'emmena au monastère repentant et sauvé. De Mirav. S. Martini, m, 53.

2. Post labores innumeros viriliter ac forliter toleralos. Vlta prima, n° 13.

saint Martin. « Ce sont là, » dit-il clans Pacte, (( mes hommes libres et mes femmes libres, dont <( les uns m'ont été confiés par mon père, de bonne (( mémoire, dont les autres ont été affranchis pai' (( moi pour le bien de Pâme de mon frère ; je (( te les donne à défendre à toi, mon seigneur saint « Martin. Et si quelqu'un prétend exiger d'eux (( plus qu'ils ne doivent, et les inquiéter ou les op- « primer en quoi que ce soit, c'est à toi, saint Mar- (( tin, qu'il appartiendra de les protéger \ »

A la distance où nous sommes des hommes et des choses du vi^ siècle, il est facile de sourire de ce vieux moine qui n'imagine pas de meilleure sauvegarde pour la liberté de ses chents que l'intervention d'un saint mort et enterré depuis cent ans. Mais Grégoire de Tours constate la croyance universelle aux nombreux miracles que ce saint opérait pour venger les faibles et punir les tyrans.

Pendant ragonie de ce bienfaiteur des malheureux et des esclaves, une pauvre femme malade, une possédée que le saint abbé n'avait pu guérir, s'échappa de la prison où on la tenait enfermée, et

1. Mabillon, Analecta, p. 209. — L'auUienticité de ce testament mentionné par Grégoire de Tours, publié et annoté comme authentique par Mabillon et Ruinart, a été contestée par Le Cointe. Les Bollandistes le discutent sans se prononcer. 11 est très long, et renferme une foule de dispositions qui en font un des documents les plus curieux de l'époque.

se mit à courir jusqu'au monastère en criant : « Ac- (( courez, amis et voisins, et dépêchez-vous ; venez (( bondir au-devant des martyrs et des confesseurs (( qui viennent célébrer les obsèques de notre saint (( abbé. Voilà Julien qui arrive de Brioude, Martin (( de Tours, Martial de notre ville de Limoges, Sa- (( turnin de Toulouse, Denis de Paris, et tant (( d'autres qui sont au ciel et que vous y invoquez (( comme martyrs et comme confesseurs de Dieu ! » Arédius avait, quelque temps auparavant, prédit sa mort à son ami Grégoire de Tours et pris congé de lui en déposant un dernier baiser sur la tombe de saint Martin; il mourut plus qu'octogénaire, et la pauvre possédée fut guérie par son intercession ^ .

La foi, qui entr 'ouvrait le ciel aux yeux de cette ])auvresse et lui montrait les apôtres dont le martyre avait opéré la première conversion des Gaules, occupés à serrer leurs rangs pour y recevoir les nouveaux confesseurs enfantés par l'Ordre monastique, cette foi ardente et tendre enflammait naturellement le cœur des femmes chrétiennes de la Gaule et leur rendait de plus en plus chers les cloîtres d'où sortaient à la fois tant d'aumônes et l'exemple de tant de vertus. Celles qui ne se

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