‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint BernardChapitre 175 sur 274 · Grec. Tlr., x · texte numérisé non relu

Grec. Tlr., x

rangeaient pas sous les lois de la vie religieuse y avaient des frères ou des sœurs, mais surtout des fils et des filles; et l'amour maternel redoublait alors leur attachement à l'institution qui résumait le mieux pour elles les bienfaits et les devoirs du christianisme. Ce même Grégoire de Tours, qui nous a laissé des renseignements si inappréciables sur l'histoire non seulement des premiers temps de nos pays, mais encore du cœur humain, raconte un trait touchant qui se rapporte aux annales de cette fameuse abbaye d'Agaune (dont nous avons déjà dit un mot ^), élevée en l'honneur de saint Maurice et des martyrs de la légion Thébéenne, près de l'embouchure du Rhône dans le lac de Genève, et métropole basilique du premier royaume de Bourgogne. Une mère y avait mené son fils unique, qui y était devenu un religieux instruit et surtout habile à chanter l'office liturgique : il tomba malade et mourut; sa mère, au désespoir, vint l'ensevelir, puis revint chaque jour gémir et pleurer sur sa tombe. Une nuit, elle vit en rêve saint Maurice qui voulut la consoler; mais elle répondit : «Non, non, « tant que je vivrai, toujours je pleurerai mon fils, (( mon unique enfant. — Mais, » répliqua le saint, (( il ne faut pas le pleurer comme s'il était mort :

1. Tome I, page 280, et tome If, page 284, à roccasion du voyage de saint Maur.

(( il est avec nous, il jouit delà vie éternelle, et dece main, aux matines du monastère, tu entendras (( sa voix parmi le chœur des moines, et non seu- (( lement demain, mais tous les jours et tant que tu a vivras ». La mère, s'éveillant, se leva aussitôt et attendit avec impatience le premier coup de matines pour courir à l'église des moines. Le chantre ayant entonné les répons, lorsque les moines en chœur eurent repris l'antienne, la mère distingua et reconnut aussitôt la voix de son cher enfant. Elle rendit grâces à Dieu, et chaque jour, trompant ainsi sa douleur et sa maternelle tendresse, pendant le reste de sa vie, dès qu'elle s'approchait du chœur, elle entendait la voix de son fils bien-aimé se mêler à la douce et sainte harmonie du chant liturgique ' . Et nous aussi, il nous semble Tentendre retentir à travers les âges, cette voix enchanteresse, cette voix de l'enfant, vocem infantuli, de toutes les mélodies que l'oreille humaine puisse recueillir, la plus pure, la plus chère, la plus voisine du ciel.

La légende armoricaine, elle aussi, sait faire vibrer cette même corde de Tamour maternel. Elle nous raconte comment la mère du barde chrétien,

1. Diim advixero, semper deflebo uniciim meiim, nec iinquam migraboralacrymis, donecoculoscorporis hujiis... mors concludat... Impletum est ut omnibus diebus vitœ suse vocem audiret infantuli interreliquamodulamina vocum.GREG.TuR., De Glor. Martyrum, c. 76.

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