‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint BernardChapitre 206 sur 274 · Apso (f 992), nia S. Basoli, c · texte numérisé non relu

Apso (f 992), nia S. Basoli, c

sieurs traits, errait dans la forêt du Perche en chantant des psaumes, lorsqu'il rencontra une biche qui fuyait devant plusieurs loups. . Ce fut pour lui le symbole de Pâme chrétienne poursuivie par les démons; il en pleura de pitié, puis se mit à crier aux loups : ce Bourreaux enragés, rentrez (( dans vos tanières, et laissez là cette pauvre petite (( bête ; le Seigne ur veut arracher cette proie à « vos gueules ensanglantées. » Les loups s'arrêtèrent à sa voix et rebroussèrent chemin, ce Voilà (( bien, » dit-il à son compagnon, « comment le <( diable, le plus féroce des loups, court toujours en c( quête de quelqu'un à étrangler et à dévorer (( dans l'Église du Christ. » Cependant la biche le suivait, et il passa deux heures à la caresser avant de la lâcher et de la renvoyer ' .

Les anciens auteurs qui racontent ces divers traits et bien d'autres du même ordre sont unanimes à reconnaître que cet empire surnaturel des saints moines sur la créature animale s'expliquait par l'innocence primitive qu'avaient reconquise ces héros de la pénitence et de la pureté, et qui les replaçait au niveau d'Adam et d'Eve dans le paradis

1. Cruenti persecutores, ad ergastula revertimini... hanc vestris eruet illaesam rictibus... Desistite persequi hancbesliolam... Quam palpanshomo Deimanu suapostduas horas remisit. Act. SS. 0. S. B., t. I, p. 319 et 324.

terrestre. La rage des bêtes féroces, dit run, obéit à celui qui mène la vie des anges, comme elle obéissait à nos premiers parents avant leur chute \ La dignité, dit un autre, que nous avons perdue par la transgression d'Adam, est récupérée par l'obéissance des saints, bien que la terre ne soit plus pour eux un Éden, et qu'ils demeurent sous le poids de toutes ses misères. Notre premier père avait reçu du Créateur le droit de nommer tous les êtres vivants et de les soumettre à ses volontés : Dominamini piscibus maris et volatilibus cœli et bestiis. N'en est-il pas de même de ces saints hommes à qui les bêtes s'attachent et obéissent comme d'humbles disciples"? Faut-il s'étonner, dit Bède, si celui qui obéit loyalement et fidèlement au Créateur de l'univers voit à son tour les créatures obéir à ses ordres et à ses vœux^? Deux mille ans avant la Rédemption, dans les solitudes de l'Idumée, il avait été prédit au Juste réconcilié avec Dieu qu'il vivrait en paix avec les bêtes fauves : Et bestiœ terrsB paci/îcœ erunt tibi '\

La dignité de l'histoire n'a rien à perdre en s'arrêtant à ces récits et aux pieuses croyances qu'ils

Page 1