‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint BernardChapitre 207 sur 274 · JoR, V · texte numérisé non relu

JoR, V

entretenaient. Écrite par un chrétien et pour des chrétiens, l'histoire se mentirait à elle-même si elle affectait de nier ou d'ignorer rinter\ ention surnaturelle de la Providence dans la vie des saints choisis par Dieu pour guider, pour consoler, pour édifier les peuples fidèles, pour les élever par leur exemple au-dessus des liens et des besoins de la vie terrestre. Sans doute la fable s'est quelquefois mêlée à la vérité ; l'imagination s'est alliée à la tradition authentique, pour l'altérer ou la remplacer; il a pu même arriver que de coupables supercheries aient abusé de la foi et de la piété de nos ancêtres. Mais aussi, justice en a été faite par la critique jalouse et savante de ces grands maîtres de la science historique que les Ordres religieux ont fournis au monde, bien avant que les dédains systématiques et les théories avantureuses de nos docteurs contemporains eussent profité de quelques inexactitudes et de quelques exagérations pour reléguer toute la tradition catholique au rang des mythologies semi-historiques et semi-poétiques qui précèdent toutes les civilisations incomplètes. Il n'y a pas d'écrivain faisant autorité parmi nous qui hésitât à répéter ces belles paroles d'un vrai savant chrétien : « Certaines gens ont cru faire marque de grande piété, en donnant de petits mensonges pour des articles de religion. Cela est aussi dangereux

qu'inutile : ou risque ainsi de faire douter de ce qui est vrai par haine de ce qui est faux; et d'ailleurs notre piété a pour se nourrir tant de vérités, que les mensonges lui sont à charge, comme les soldats poltrons dans une armée de braves'. »

Ainsi parlent et pensent tous les écrivains chrétiens ; mais ils n'en sont pas moins pénétrés du sentiment qui dictait à un païen du siècle d'Auguste, à Tite-Live, ces nobles hgnes que ne désavouerait aucune plume chrétienne : « Je n'ignore pas que cette indifférence vulgaire, qui ne se soucie pas que les dieux puissent intervenir aujourd'hui dans nos affaires, s'oppose en outre à ce que l'on publie les prodiges du passé : mais pendant que je raconte les choses d'autrefois, il me semble que mon cœur prend , lui aussi , des années , et je sens qu'un respect religieux m'astreint à reproduire dans mes annales ce que tant d'hommes très sages ont cru devoir recueillir pour la postérité" ».

1. Fuere qui magnée pietatis loco ducerent mendaciola pro religione confingere... Ludov. Vives, de Tradendis Discipulis, lib. r.

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