‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint BernardChapitre 219 sur 274 · Pharsalia, III · texte numérisé non relu

Pharsalia, III

L'humble prose de nos annales monastiques reproduit cent fois ce tableau en latin moins pur et moins magnifique, mais qui n'en a pas moins le charme puissant de la réalité et de la simplicité. Quand saint Brieuc et ses quatre-vingts religieux arrivent de la Grande-Bretagne, débarquent en iVrmorique et reconnaissent le site où s'est élevée depuis la ville qui porte son nom, ils procèdent tout comme les soldats de César dans les forêts sacrées des druides. Ils parcourent d'abord, dit la Chronique, avec curiosité les immenses futaies, ils fouillent de tous les côtés ces ombrages séculaires. Ils arrivent enfin dans une vallée qui se bifurque, dont les flancs sont partout recouverts de frais ombrages, dont le fond est creusé par une source d'eau transparente. Tous se mettent à l'ouvrage ; ils abattent les grands arbres, ils rasent les taillis, ils coupent les halliers et les broussailles; bientôt ils ont créé une plaine ouverte là où il n'y avait qu'un impénétrable fourré. Cela fait, ils ont recours à la bêche et à la houe; ils défoncent le sol, ils le sarclent, ils l'ameublissent avec un soin minutieux, et le mettent ainsi en état de produire d'abondantes récoltes \

Souvent ils remplaçaient les arbres forestiers par des arbres à fruits; comme ce Telio, moine breton,

I. Vie de saint Brieuc, par le chanoine de La Devison, 162, cit. par La Borderie.

qui planta de ses propres mains, avec Faide de saint Samson, une immense verger, ou, comme dit la légende, une vraie forêt d'arbres fruitiers, ayant trois milles de long, dans les environs de Dol'. C'est à lui qu'on fait remonter Tintroduction du pommier en Armorique, où le cidre est resté la boisson nationale. D'autres plantaient la vigne dans une exposition favorable, et réussissaient à r acclimater dans ces contrées septentrionales de la Gaule qui se sont appelées plus tard la Bretagne, la Normandie, la Picardie, où Ton a vainement essayé de la conserver". L'éducation des abeilles leur inspirait aussi une sollicitude particulière, comme on l'a vu par le pacte conclu entre l'abbé de Dol et l'évêque de Paris^ Aucun métier d'ailleurs ne leur semblait trop pénible, pas plus celui de charpentier et de maçon que celui de bûcheron et de jardinier. Celui-ci broyait sous la meule qu'il avait lui-même fabriquée le froment dont il se nourrissait \ Celui-là creusait autour de la fontaine

1. Ce verger existait encore au douzième siècle, sous le nom d'^rhoretuin Teliavi et Samsonis. L\ Bordeuie, op. cit., p. 31).

2. Parvavitishic inventa atqueexculta. Vita. S. Karilefi,, c. 16. — Quo terapore a cHmate meridiano distantem a precTato cœnobio passus fere quingentos... B, Wandresigilus vineam plantare etexcolere cœpit. Vita S. Ansperti, c, 11.

3. Voir plus haut, p. 329. — Cf. Vit. S. Pauli, ap. Bolland., t. II, Mart., p. 121. — Vita S. Amati, ap. Act. SS. O. S. B., t. II.

Page 1