‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint BernardChapitre 241 sur 274 · rUa s. Gain, c · texte numérisé non relu

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qu'un chemin, et inégal encore, long pour les uns, court pour les autres; large pour ceux-ci, étroit pour ceux-là; joyeux pour quelques-uns, triste pour d'autres, mais pour tous également rapide et sans retour. Il faut donc, ô misérable vie humaine ! te sonder, t'interroger, mais ne pas se fier à toi. Il faut te traverser sans séjourner. Nul ne demeure sur un grand chemin : on ne doit qu'y marcher, afin d'atteindre la patrie'. »

Le roi des Lombards était cet Agilulfe dont nous avons déjà parlé à l'occasion de saint Grégoire le Grand; il avait pour femme Théodelinde, la noble rivale de Glotilde. Il reçut le noble exilé avec respect et confiance; et Golomban, à peine arrivé à Milan, se mit aussitôt à écrire contre les ariens, car cette funeste hérésie dominait encore parmi les Lombards; ceux qui n'étaient pas restés païens, les nobles surtout, demeuraient en proie àl'arianisme. L'apôtre irlandais trouvait donc un nouvel aliment pour son zèle de missionnaire, et put s'y livrer avec succès sans renoncer à son amour de la solitude.

1. Instructio V : Quodprxsens vita non sit clicenda vita, sed via. — J'emprunte cette traduction, en la complétant, à la Vie des saints de Franche- Comté, t. IJ, p. 91.

DE SAIiNT COLOMBAN. t'35

Agilulfe lui fit don d'un territoire du nom de Bobbio, situé dans une gorge reculée de l'Apennin, entre Gênes et Milan, non loin des ces bords fameux de la Trebbia, où Annibal avait campé et vaincu les Romains. Il y avait là une vieille église dédiée à saint Pierre ; Colomban se chargea de la restaurer et d'y adjoindre un monastère. Malgré son âge, il voulut partager les travaux des ouvriers, et courba ses vieilles épaules sous le poids d'énormes poutres de sapin qu'il semblait impossible de transporter à travers les précipices et les sentiers à pic de ces montagnes. Cette abbaye de Bobbio fut sa dernière étape. Il en fit la citadelle de l'orthodoxie contre les ariens, et y alluma un foyer de science et d'enseignement qui en fit pendant longtemps le flambeau de l'Italie septentrionale*. Après douze siècles écoulés et du fond des cendres amoncelées du passé, un dernier rayon de cette gloire intellectuelle a resplendi de nos jours sur la dernière fondation de saint Colomban. Le palimpseste de la Vaticane, d'où le génie de la patience, personnifié dans le cardinal Maï, a tiré le De Republica de Cicéron, pro-

1. Tum per praerupta saxorum scopula (rabes ex abielibus inler densa saltus locis inaccessibilibus csederentur... Suis ac suorumhumeris immane pondus imponebat. Jonas, c. 60, — L'école et la bibliothèque de Bobbio comptèrent parmi les plus célèbres du moyen âge. Muratori a donné le catalogue des 700 manuscrits qu'on y possédait au dixième siècle.

venait de cette bibliothèque, et cet illustre parchemin porte encore l'inscription : Liber sancti Columhani de Bobbio * . .

Ce nom et ce souvenir de Cicéron n'ont rien qui répugne au souvenir de Golomban, car à Bobbio comme partout et pendant toute sa vie, notre saint continuait à cultiver les études littéraires qui avaient charmé sa jeunesse. A soixante-huit ans, il adresse à un ami une épître en vers adoniques, tout empreinte de ces souvenirs classiques dont se nourrissaient les moines d'alors. Il le prie de ne pas mépriser « ces petits vers par lesquels Sapho, Til- (( lustre muse , aimait à chai^mer ses contemporains , (( et de préférer pour un moment ces futilités à de (( plus savantes productions-. » Il invoque les souvenirs de la Toison d'or, du jugement de Paris, de la pluie d'or de Danaé et du collier d'Amphiaraûs. Puis sa pensée s'assombrit en s'élevant : « Je dictais ainsi, accablé des maux cruels que souffre

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