‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint BernardChapitre 259 sur 274 · Voir plus haut, p · texte numérisé non relu

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sait, la plus haute aristocratie chez les Francs. Riquier accepta sans difficulté : il profitait de ces occasions pour dire au roi la même vérité qu'il avait su si bien faire accueillir par les autres Francs. Il le reprenait avec une autorité et une liberté toute sacerdotale, l'exhortait à ne pas s'enorgueillir de sa puissance et de ses richesses, à repousser les adulations de ses courtisans, et lui demandait comment il pensait faire au jour du jugement, pour répondre de tant de milliers d'hommes qui lui étaient confiés, lui qui aurait déjà tant de peine à rendre compte de sa propre âme. Le jeune Dagobert accueillait si bien ces sermons, qu'il fit à l'abbé Riquier une donation spécialement destinée à entretenir le luminaire de son église, en mémoire de cette lumière invisible de la vérité chrétienne dont la voix du moine avait éclairé son âme ^ . Mal-

1. Alcuin., Vita s. Richarli, c. 2, 5, 10. il, 12. Cf. Chrome. Centulense in Spicilegio, t. Il, p. 295, et Mabillon, Ann. Benedict., lib. II, c. 60. — Un passage d' Alcuin semble peu d'accord avec ce que disent la chronique de Centule et l'abbé Ingelramm, dans sa Vie métrique, du onzième siècle, sur l'illustre naissance deEiquier, et indique au contraireqn'il était, comme Valéry, d'origine rustique : Non tara nobilibus juxta saeculi parentibus ortus quam moribus honeslus... ita ut in rustica vita quœdam praesagia futurae sanctitatis gereret, c. 1. Mais ce fait est contredit par d'autres détails que rapporte Alcuin lui-même. — Centule, sous le nom de Saint-Riquier, aujourd'hui petit bourg delà Somme, a conservé sa magnifique église abbatiale. Abbeville, 1 ancienne capitale du Ponthieu {Abbatis villa), provient d'une métairie de l'abbaye de Centule.

gré leur cruauté sans cesse renaissante et leurs mœurs si peu chrétiennes, tous ces rois mérovingiens savaient au moins écouter la vérité, et même honorer ceux qui leur faisaient l'honneur de la leur dire sans détour.

Sans s'éloigner beaucoup du Ponthieu et sans sortir du pays occupé par les Francs Saliens, mais en remontant vers le nord et sur les confins des deux peuplades gauloises des Atrébates et des Morins, on trouve une autre colonie de Luxeuil, réservée à des destinées plus brillantes et plus fécondes qu'aucune de celles dont nous ayons encore parlé. Audomar, dont on a depuis fait Omer (612-667), était le fils d'un seigneur des environs de Constance, ville de l'Alamanie, soumise, comme on l'a déjà dit, à la royauté austrasienne. Peut-être, en passant dans cette contrée, Golomban l'avait-il déjà instruit et gagné : l'histoire n'en dit rien, mais elle constate que, peu après le séjour de J 'apôtre irlandais sui' les bords du lac de Constance, le jeune Omer vini se présenter à Luxeuil, entraînant avec lui son père, par une rencontre qui n'est pas rare dans les annales monastiques. L'abbé Eustaise les admit tous les deux au nombre de ses religieux. Le père y persévéra jusqu'à la fin de ses jours; le fils en sortit au bout de vingt ans (657) , pour devenir évêque de Thérouanne; il avait été désigné aux choix de

Dagobert et des seigneurs francs par Pévêque de Laon, lui-même ancien moine de Luxeuil. Le pays des Morins, dont Thérouanne était la capitale, avait été en vain évangélisé par des martyrs lors de la première introduction de la foi dans les Gaules : il était retombé dans l'idolâtrie ; le peu de chrétiens qui s'y étaient formés depuis la conquête et la conversion de Clovis y croupissaient dans de grossières superstitions. Le nouvel évêque comprit qu'il lui fallait du renfort pour venir à bout d'une si rude tâche. Quelques années après son avènement, il fit demander à Tabbé Walbert de Luxeuil de lui envoyer trois de ses anciens confrères, qui étaient tous les trois, comme lui, venus à Luxeuil des bords du lac de Constance. Il les installa dans un domaine situé sur les bords de l'Aa et nommé Sithiu, dont il venait de recevoir la donation des mains d'un riche et puissant seigneur païen qu'il avait baptisé avec toute sa famille. Ce domaine était une sorte d'île, au milieu d'un vaste marécage, et où l'on ne pouvait guère aborder qu'en nacelle. C'est là que s'élevèrent à la fois et la célèbre abbaye, qui prit peu après le nom de Saint-Bertin, d'après celui du plus jeune des trois moines envoyés de LuxeuiP, et, sur la colline voisine, une petite

1. Des deux autres, Mominolin fut le premier abbé de Sithiu, puis successeur de saint Éloi sur le siège de Noyon, et Ebertram»

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église^ qui est devenue la cathédrale de la Adlle épiscopale connue encore aujourd'hui sous le nom de l'apôtre delaMorinie. Son corps y fut déposé après trente années de labeurs apostoliques et d'héroïque charité qui changèrent la face de toute cette province. C'est autour du cimetière destiné à la sépulture des religieux du monastère de Saint- Bertin que s'est formée la ville actuelle de Saint- Omer.

Bertin, compatriote et parent d'Orner, fut l'émule de son zèle pour la prédication et la conversion du diocèse qui l'avait adopté (659-709). Il fit observer dans son monastère, où il compta jusqu'à deux cents religieux, la règle de saint Colomban et les usages de Luxeuil dans toute leur sévérité ; il exerça, comme Colomban lui-même, un irrésistible ascendant sur les nobles qui l'environnaient. A l'aide de leurs dons et de l'infatigable diligence de ses moines, il vint à bout de transformer en plaine fertile, par des exhaussements successifs, le vaste marais où il s'était établi. Quand pour mieux se préparer à la

nus fut abbé du monastère de Saint-Quentin. — Les Annales Bénédict., 1. XVI, c. 56, reproduisent une très curieuse miniature du septième sciècle, où l'on voit saint Mommolin représenté avec la tonsure scotique ou irlandaise, qui avait été l'objet de tant de contestations, puis saint Bertin avec la tonsure romaine ou couronne, et muni de la crosse recourbée, qui était dès lors commune au\ évêques.

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mort, selon l'usage de la plupart des saints fondateurs d'alors, il abdiqua la dignité d'abbé qu'il avait exercée pendant cinquante ans, le grand monastère qui a immortalisé son nom et produit vingt-deux saints vénérés par l'Église^ avait atteint le comble de la prospérité morale et matérielle^ . De tous les essaims sortis de la ruche inépuisable de Luxeuil, aucun ne fut plus fécond et plus brillant que celui dont ces quatre Alamans venus des frontières de l'Helvétie jusqu'aux bords de la mer du Nord avaient enrichi la sauvage Morinie. Les héritiers de

1. Parmi eux il faut nommer l'Armoricain Winiioc, de race royale, disciple de saint Berlin et fondateur du monastère et de la ville qui s'est nommée, d'après lui, Bergues-Sainl-Winnoc ou Vinox. II mourut en 696,

2. Les BoUandistes (t. Il Sept., p. 549-680) ont parfaitement élucidé tout ce qui se rapporte à la vie de saint Berlin et à ses diverses biographies. On remarquera que l'abbaye de Sithiu prit dans la suite le nom de Saint-Berlin, comme il arriva pour un certain nombre des monastères les plus importants, qui furent dénommés d'après leur fondateur ou d'après le saint dont on y vénérait les reliques. Ainsi le nom d'Agaune fut remplacé par celui de Saint- Maurice, Coudai par Saint-Eugende (depuis Saint-Claude), Fonte-» nelle par Saint-Vandrille, Glanfeuil par Sainl-Maur, Leuconaiis par Saint- Valéry, Cenlule par Saint- Riquier, Fleury par Saint-Benoitsur- Loire, Habende par Remiremont, etc. — Cette abbaye de Saint- Berlin, d'abord nommée Sithiu, était la principale abbaye de l'Artois et le plus bel ornement de la ville de Saint-Omer; l'administration municipale a fait détruire l'immense et admirable église de l'abbaye, il y a peu d'années, sous prétexte de donner du travail aux ouvriers. Victor Hugo. Guerre aux démolisseurs, 1852. Ce qui reste de ces ruines suffit pour faire apprécier les œuvres splendides des générations croyant«s et le stupide vandalisme de leurs descendants.

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Coloniban se trouvaient ainsi installés sur le sol de la Belgique, clontla conquête chrétienne était moitié à refaire, moitié à commencer. Une belle part leur était réservée dans cette conquête, à laquelle ils n'eurent garde de faillir.

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