‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint BernardChapitre 258 sur 274 · Voir page · texte numérisé non relu

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2. OzAîSAM. Des Sources poétiques de la Divine Comédie, 1845, p. 46.

3. Per negligentiain Doctoriiin, per inala exempla pravorum priiicipium. Acr. SS. 0. S. B., l. II, p. 291.

par l'abbé Frobert {M3-613), si simple et si enfantin, qu'il excitait les moqueries de ses confrères à Luxeuil , mais assez intelligent et assez généreux pour consacrer tout son riche patrimoine à fonder le sanctuaire construit près de sa ville natale ' . Nous verrions plus loin, à Test, Hautvillers " et Montier-en-Der , nés l'un et l'autre de la vigoureuse initiative, de l'infatigable activité, de la fervente charite de Berchère, noble Aquitain (636-685), formé à la vie monastique sous Walbert, à Luxeuil, d'où il était sorti pour devenir le collaborateur du métropolitain de Reims et pour gagner à ses œuvres le concours généreux et permanent des rois et de toute la haute noblesse d'Austrasie ; il mourut assassiné par un moine qui était son tilleul, et dont il avait voulu réprimer l'indiscipline \

1. Un de ses frères l'ayant chargé d'aller demander un compas dbnt il avait besoin pour écrire, on lui mit au cou une meule, en abusant du double sens du mot circinus, qui, dans la basse latinité, veut dire à la fois compas et meule. Vita S. Frodob., c. 7.

2. Voir plus haut, page 437, la légende de la fondation de Hautvillers.

3. Tanquam athleta recentissimus militiœ gymnasium cœlestis... AnsoN, Vita S. Bercharii, c. 7, 11, 12, 13. — Cette vie, écrite par l'un des successeurs de saint Berchaire à Montier-en-Der, est une des œuvres les plus intéressantes de la grande collection des Acla recueillis par d'Achery et Mabillon, quoiqu'elle n'ait pas l'autorité d'un monument contemporain. — Il existe sur cette abbaye un bon ouvrage intitulé : les Moines du Der, par M. l'abbé Bouillevaux. L'église abbatiale, qui subsiste encore, est une des plus belles églises monastiques de France. On en trouve une vue excellente, gravée

Enfin, sur la montagne qui surmonte la ville épiscopale de Laon , célèbre pour avoir résisté jusqu'alors à tous les barbares qui l'avaient successivement assiégée, nous rencontrerions le vaste monastère élevé par une illustre veuve , Salaberge, dont le père était seigneur de la villa de Meuse , située près de la source du fleuve de ce nom et fort près de Luxeuil. Toute jeune encore , mais aveugle, elle avait dû de recouvrer la vue à Eustaise , le premier successeur de Colomban à Luxeuil. Mariée une première fois à cause de son extrême beauté, mais devenue veuve presque aussitôt, et désirant se faire religieuse, il lui avait fallu se remarier, pour éviter la jalouse intervention de Dagobert, qui, comme tous les rois mérovingiens , ne consentait pas plus facilement à la vocation monastique (les filles et héritières de ses leudes qu'à celle de leurs fils, et qui tenait la main à ce qu'elles fussent promptement mariées à des seigneurs du même rang. Mais plus tard, grâce à l'influence de Walbert, le successeur d'Eustaise, elle put, en même temps que son époux, embrasser la vie religieuse, et gouverner pendant dix ans les trois cents servantes du Christ qui s'étaient rassemblées sous son aile , la plupart issues comme elle de la noble race

dans \e& Archives de la commission des monuments historiques, en 1861, d'après un dessin de M. Bœswihvald.

des Sicambres ainsi que se plaisent à le constater les hagiographes du vu® siècle, en parlant des saints et des saintes dont ils nous racontent la a ie * .

Colonies de Luxeuil en Ponthieu et en Artois.

Ce serait du reste une grave erreur de croire que la noblesse seule , parmi les Francs et les Gallo- Romains , fut appelée à recruter les rangs monastiques et à présider aux nouvelles fondations qui signalent chaque année de l'époque mérovingienne. Luxeuil et ses colonies nous fournissent plus d'une preuve du contraire. Un petit berger d'Auvergne , nommé Walaric , dont on a fait Valéry (594-622) , excité par l'exemple des enfants nobles du voisinage qui allaient aux écoles, avait demandé à un de leurs précepteurs de lui tracer un alphabet, et avait trouvé moyen, tout en gardant les moutons de son père, d'apprendre non seulement ses lettres, mais le Psautier tout entier. De là à l'admission dans un cloître la transition était facile. Mais, après avoir séjourné dans deux monastères différents, il se sentit entrahié vers la grande abbaye d'où la

1. Erat enim décora venustaque vultu... Inter caeleras nobiliuiu Sicanibronimfeminas. Vita S. Salahergœ, auctore coœvo, c. 6, 9, 17,

renommée de Colomban rayomiait sur toute la Gaule. On l'y reçut et on lui confia le soin du jardin des novices. Il réussit si bien à en écarter les insectes et les vers, ses légumes étaient si sains et si savoureux, ses fleurs si fraîches et si odorantes, que Colomban y vit une marque de la faveur divine : et comme le fervent jardinier portait partout avec lui le parfum de ses fleurs qui se répandait à sa suite jusque dans la salle où l'abbé expliquait l'Ecriture sainte aux moines, Colomban ravi lui dit un jour : (( C'est toi, mon bien-aimé, qui es le véri- (( table abbé et le seigneur de ce monastère )) . Après l'exil du grand Irlandais, Valéry aida le nouvel abbé Eustaise à défendre, par les voies de la persuasion, le patrimoine et les bâtiments du monastère contre l'invasion des voisins.

Mais bientôt la fièvre des missions le saisit. Il obtint d'Eustaise la permission d'aller prêcher, à l'instar de leur maître s[)irituel, chez les populations oii l'idolâtrie luttait encore contre le christianisme. Ce fut dans les environs d'Amiens, sur les bords de la mer Britannique, dans cette partie de la Neustrie où les Francs Salions avaient fait leur principal établissement, qu'il porta ses pas. Guidé par le zèle et la charité, il pénétrait partout, jusque dans les mais, ou assises judiciaires tenues, d'après l'usage des Germains, par le comte du canton.

Selon F habitude invétérée des moines et des abbés de ce temps, il y paraissait pour essayer d'arracher au supplice les malheureux condamnés. Le roi de Neustrie, Clotaire II, toujours favorable à ce qui venait de Luxeuil, lui permit de s'établir à Leuconaûs, lieu situé à l'embouchure de la Somme et où les hautes falaises, baignées par la mer, semblaient aux religieux rassemblés autour de lui d'immenses édifices dont les sommets touchaient le ciel. Il en fit une sorte de Luxeuil maritime. Il en sortait sans cesse pour aller semer ses prédications, qui du reste l'exposaient à mille affronts et à mille dangers. Tantôt les idolâtres, en voyant tomber leurs chênes sacrés, se jetaient sur lui avec leurs haches et leurs bâtons , puis s'arrêtaient désarmés par son calme intrépide; tantôt les juges et les prêtres mêmes du pays lui faisaient payer lem^ hospitalité par d'obscènes et grossières plaisanteries. Pour échapper à lem's propos impudiques, il lui fallail quitter leur toit et leur foyer. « J'ai voulu, » disaitil, (( chauffer un peu mon corps à votre feu, par ce (( grand froid ; mais vos odieux discom^s me force cent à sortir de chez vous tout glacé encore. » Il était cependant d'une extrême douceur, et mitigeait l'observance de la règle, quant aux pénitences, avec une indulgence qui n'était guère dans les habitudes de la tradition irlandaise. Mais, même après

GOLOxMES DE LLXEUIL. 631

sa mort, son impopularité dm^ait encore chez une portion du peuple qu'il avait entrepris de convertir, ainsi que le déjnontre un petit dialogue que nous rapporte son historien. A l'endi^oit même où il avait abattu un arbre vénéré par les idolâtres, à Aoust ou Ault, sur la route d'Eu, les paysans chrétiens élevèrent un oratoire consacré à sa mémoire ; mais les femmes des vieilles races franques, en passant devant ce modeste sanctuaire, témoignaient encore de leur éloignement et de leur mépris pour l'apôtre monastique. « Chère mère, » disait la fille à sa mère, « est-ce que ces gens ne veulent pas nous (( faire vénérer l'homme que nous voyions autre- (( fois courir le pays, monté sur un âne et misé- « rablement vêtu? — Oui, » répondait la mère, (( c'est cela même : ces paysans veulent ériger un (( temple en l'honneur de celui qui n'a fait chez (( nous que des choses viles et méprisables. »

La mémoire de Valéry, ainsi dédaignée par ses contemporains, n'en devait pas moins surgir de plus en plus brillante à travers les siècles, et nous la verrons, plus tard, recevoir les hommages des plus grands princes de la chrétienté, de Hugues Capet, de Guillaume le Conquérant et de Richard Cœur de Lion*.

1. Oviculas patris sui per pascna circumagens... Depoposcit ut

Les hal)itants du Pontliieii (nom que commençaient dès lors à porter ces contrées limitrophes de la Somme où s'était fixé Valéry) semblent avoir eu une aversion prononcée pour les moines de l'école irlandaise. Deux des premiers compagnons de Golomban, débarquant d'Irlande avec lui et venus pour prêcher dans ces parages, y furent accablés d'injures et de mauvais traitements; au moment où ils allaient être expulsés violemment du territoire, un seigneur nommé Riquier vint à leur secours et les recueillit chez lui. En échange de son hospitalité, ils lui inspirèrent l'amour de toutes les vertus chrétiennes, et même de la vie monastique, et cette seule conquête suffît pour les dédommager

sibi alphabetum scriberel... Ubi quidam cornes... juxta morem sœculi concioni preesidebat, quod rustici mallum vocant... Dulcissima genitrix, numqiiidillo inloco habitatores venerari conantur illumqiiemante hosannos asello insidentem despicabili habiUi cernebamus? Vita S. Wolarici, c. 1, 7, 8, 11, 13, 28.— L'abbaye de Leiiconaùs est devenue la ville de Saint- Valery-sur-Somme, l'un des ports les plus fréquentés de la Manche pendant le moyen âge. Cette ville est située sur un mamelon formant une sorte d'île ou promontoire entre la Somme et la mer. Défendue de tous côtés par des falaises abruptes, celte île avait besoin d'être fortifiée au midi par un retranchement dont on voit encore les traces, et qui forme un boulevard couvert d'herbe, nommé le Chemin- Vert. La tradition prétend que c'était la promenade habituelle de l'abbé Valéry, et que ce fut sous la pression de ses pas que le chemin se fraya. Lefils, Histoire de Saint-Valery et du comtéde Vimeu. Abbeville, 1858, p. 6. — Saint-Valery en Caux^ aujourd'hui chef-lieu du cantonde la Seine-Inférieure, doit son origine à la translation des reliques du saint fondateur de Leuconaiis par Richard Cœur-de-Lion, en 1197.

de leur échec. Riqiiier, devenu prêtre et religieux, se mit lui-uiême à prêcher les populations qui avaient si mal reçu ses liotes irlandais. Il réussit au delà de toute attente, et se fit écouter non seulement des pauvres, dont il consolait les misères, mais aussi des riches et des puissants, dont il réprimait énergiquement les excès. Les plus nobles seigneurs de la contrée lui étaient favoral^les, y compris même les gardiens des forêts royales, dont les collègues montraient tant d'hostilité aux apôtres ftionastiques des bords de la Seine ' . Les succès de son éloquence étaient aussi des triomphes pour la charité : on lui apportait en masse des aumônes qu'il consacrait à racheter des captifs, à soulager les lépreux et autres malheureux atteints de maladies contagieuses et dégoûtantes. Après avoir étendu jusque dans l'île de Bretagne ses courses apostoliques, il revint fonder dans ses domaines, à Gentule, au nord delà Somme, un monastère (625-645) qui devait plus tard prendre son propre nom et devenir un des plus considérables de l'époque carlovingienne. Sur ces entrefaites, Dagobert, qui venait de succéder à son père Clotaire II en Neustrie, vint le visiter dans sa retraite, et l'invita à venir prendre place à sa table, parmi ces convives du roi qui constituaient, comme on

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