‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint BernardChapitre 262 sur 274 · Aujourd'hui Saint-Maurice en Valais · texte numérisé non relu

Aujourd'hui Saint-Maurice en Valais

nastère et semble devoir récraser. Là, toujours pieds nus et vêtu d'une peau de mouton, ce noble gallo-romain ne se nourrissait que d'un peu d'eau et de pain d'orge ; l'eau qui jaillisait d'une source limpide obtenue par ses prières, était recueillie dans un petit bassin qu'il avait creusé et revêtu de plomb; l'orge lui venait d'un petit champ qu'il cultivait seul et dont il broyait le grain récolté, en tournant une meule à bras, comme les esclaves de l'antiquité. Ce labeur fatigant lui servait de préservatif contre le sommeil et contre les tentations de la chair. Le second abbé de Luxeuil, Eustaise, en revenant de Lombardie et de la mission inutile dont Glotaire II l'avait chargé auprès de Colomban, s'était arrêté à Agaune , et avait déterminé Amat à le suivre à Luxeuil. La douceur de l'anachorète, son éloquence, et jusqu'à la nable et sereine beauté de ses traits, lui conquirent tous les cœurs \

Son éloquence le fit désigner par les moines de Luxeuil pour aller porter la parole de Dieu dans les villes austrasiennes. Romaric le reçut à sa table, et, pendant le repas, l'interrogea sur le meilleur moyen de faire son salut : « Tu vois » , lui répondit le moine, « tu vois ce plat d'argent : combien (( n'a-t-il pas déjà eu de maîtres ou plutôt d'escla- « ves, et combien n'en aura-t-il pas encore? Et toi,

Page 1