‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint BernardChapitre 41 sur 274 · Cassiod,, Deinsiit. divin, litter., c · texte numérisé non relu

Cassiod,, Deinsiit. divin, litter., c

son pouvoir avec une énergique sollicitude pour maintenir l'éducation publique et la vie intellectuelle dans cette pauvre Italie, que venaient périodiquement recouvrir des flots de conquérants ignorants et grossiers. Il avait même, au plus fort de ses occupations publiques, écrit en douze livres une histoire des Goths dont on ne saurait assez regretter la perte ^ ; et on le voit sous Théodoric, à l'occasion de l'envoi d'un poète musicien que Glovis avait demandé à ce prince, se livrer à une longue dissertation sur la musique, qu'il appelle la reine de nos sens, en invoquant l'exemple de David avec cent autres empruntés à la mythologie et à la poésie classique". On Pa proclamé, non sans raison, le héros et le restaurateur de la science au vi'' siècle '^ Une fois moine, il fit de son monastère une sorte d'académie chrétienne et le foyer principal de Pactivité littéraire de son temps. Il y avait rassemblé une immense bibliothèque où certains religieux, sous le nom d^ antiquaires, copiaient les manuscrits, et où d'autres revisaient leurs transcriptions, comme les correcteurs de nos imprimeries revisent nos épreuves. Il y imposait à ses religieux un plan

I . Epist. Athalarici régis ad senalum, ap. Cassiod., Var. , lib. ix , ep. 25.

■ 2. Far., lib. ii, ep. 40 et il.

3. F. DE Sainte-Marthe, Vie de Cassiodore, 168'<. — Cf. Mabillon, Annal. Bened.,\. v,c.2i, 27.

d'études complet et sévère. Il prêchait lui-même d'exemple; il leur enseignait avec un zèle infatigable l'Écriture sainte, pour laquelle il avait essayé en vain, de concert avec le pape Agapit, d'établir à Rome même des professeurs publics. Il y joignait l'étude des sept arts libéraux et toute la littérature profane, ce qui ne l'empêchait pas de pratiquer humblement les moindres détails de la vie commune, et de se faire le lampiste et l'horloger, en même temps que le professeur de sa communauté. On aime à le voir, dans ses doctes traités, citer et commenter sans cesse, en même temps que les Pères de l'Église, ses chers poètes, Térence, Horace, Virgile surtout, et dans Virgile les Géorgiqiies, dont sa pittoresque retraite au fond de la Galabre lui faisait encore mieux sentir et vanter les beautés.

Rura mihi et rigui placeant in vallibus amiies !

Ce fut à Vivaria qu'il composa la plupart de ses ouvrages' , et surtout son fameux Traité sur renseignement des saintes Lettres-, espèce d'encyclopédie élémentaire qui fut le code de l'éducation

1. Voir Magni Aurelii Cassiodori, viri patricii, consularis et Vivariensis abhatis opéra omnia... opéra et studio. J. Gareth, Mon. 0. S. B. c coiig. S. Mauri. Rhotomagi, 1679, 2 vol. in-fol.

'2. De institutione divinarum Litterarum. — Qiiem monachi omnes accuratc légère deberent. Mauillon, l.c.

monastique et servit longtemps de programme à Téducation intellectuelle des peuples nouveaux. A quatre-vingt-treize ans, il eut le courage de commencer un Traité sur ^orthographe, dans le but de concourir à la correction des anciens exemplaires de saints Livres.

Gassiodore donna ainsi, du sein de sa nombreuse commmiauté, l'un des premiers et des plus illustres modèles de cette alliance de la vie religieuse avec la vie intellectuelle qui devait tant honorer l'Ordre monastique. Cette passion littéraire qui enflammait le noble vieillard ne servait qu'à redoubler son zèle par la stricte observance de la régularité monastique. (( Dieu nous fasse la grâce, » écrivait-il, « d'être semblables à des bœufs infatigables pour cultiver le champ de Notre- Seigneur avec le soc de l'observance et des exercices réguhers*. » On ne sait trop quelle règle il avait adoptée. Quelques-uns ont cru que c'était celle de saint Benoît; mais il n'en fait aucune mention spéciale, en recommandant à ses moines de suivre les règles des Pères en général avec les ordres de leur propre supérieur, et de consulter les bistitutes de Cassieu". Cependant on reconnaît tout au moins une profonde analogie entre les usages pratiqués à

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