Prxf. ad Job
2. Prœf.Moralium; Cf. Dlal.m, 36; Jo\n. Diâc, i, 26. Bède, Hist. eccles., II, I.
palpable des corps, à une édifiante rétractation. Après six années de cet honorable et laborieux exil, il revint à Rome et retrouva la chère paix de son monastère de Saint- André, dont les religieux l'élurent abbé peu après son retour' (584) . Il y goûta pendant quelques temps encore les délices de la vie qu'il avait choisie. Tendrement chéri de ses frères, il s'associait paternellement à leurs épreuves, à leurs croix intérieures, pourvoyait à leurs nécessités temporelles et spirituelles, et admirait surtout la sainte mort de plusieurs d'entre eux. Il en a raconté les détails dans ses Dialogues, et semble y respirer d'avance le parfum du ciel. Mais l'affectueuse bonté qui l'inspira toujours ne Tempêchait pas de maintenir avec une scrupuleuse sévérité les exigences de la règle. Il fit jeter à la voirie le corps d'un moine qui était aussi un habile médecin et chez lequel on trouva trois pièces d'or, au mépris de l'article de la règle qui interdisait toute propriété individuelle. Les trois pièces d'or furent jetées sur le cadavre, en présence de tous les religieux, qui
1. L'ordre chronologique de ces premiers événements de la vie publique de saintGrégoire a été établi, en dernier lieu, dans l'ouvrage que lui a consacré le pasteur mecklembourgeois Lan, Gregorder Grosse, nachseinem Lebenund seinerLehi-egeschildert/Leipzi^, 1845. L'histoire du grand pontife y est écrite avec érudition et avec autant d'impartialité qu'on peut en rencontrer chez un ministre protestant. Cf. S. Gregorii vita ex ejus scriptis adornala, lib. i, c. 5, dans la grande édition de ses œuvres par les Bénédictins.
durent répéter à haute voix le texte du verset : Pecunia tua tecum sit in perclitionem. Une fois cette justice accomplie, la miséricorde reprit le dessus dans le cœur de l'abbé, qui fit célébrer pendant trente jours de suite la messe pour délivrer cette pauvre âme du purgatoire* .
Cette tendre sollicitude pour les âmes fut à la veille de l'entraîner loin de son cher monastère et de Rome. Tout le monde sait comment il vit exposés en vente de pauvres enfants païens d'une blancheur et d'une beauté extraordinaires, qu'on lui dit être du pays des Angles, ce qui lui fit répondre qu'ils étaient faits pour devenir des anges". Sur quoi il courut auprès du pape, lui demanda d'envoyer des missionnaires dans cette grande île de Bretagne où les païens vendaient de tels esclaves, s'offrit luimême à défaut d'autres, arracha le consentement du pontife et se mit en route sur-le-champ. Mais, en apprenant son départ, l'ancien amour qu'il avait inspiré aux Romains se ralluma. On entoure le
1. Dial. IV, 55. — C'est à ce trait que se rattache l'usage constant chez les Bénédictins depuis le viii'^ siècle, chaque fois qu'il mourait un religieux, de faire pendant trente jours célébrer la messe et distribuer aux pauvres sa pitance quotidienne à son intention. Nul doute que ce ne soit aussi l'origine des Trentaines qui se célèbrent encore en Belgique, après les funérailles, par toutes les familles chrétiennes.
2. Bene Angli quasi Angeli, quia angelicos vultus habent et taies in cœlis angelorum decet esse concives. Joan. Diac, i, 21.
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pape pendant qu'il se rend à Saint-Pierre ; on lui crie : « Vous avez offense saint Pierre ; vous avez (( ruiné Rome en laissant partir Grégoire. » Le pape étonné cède à la voix populaire. On court après Grégoire, on le rejoint à trois journées de Rome; on le ramène de force à son monastère. Ce n'était pas comme missionnaire, mais comme pape, qu'il devait conquérir T Angleterre à l'Église.
En 590, Pelage II meurt de la peste qui dépeuplait Rome. Aussitôt Grégoire est élu pape par la voix unanime du sénat, du peuple et du clergé. C'est en vain qu'il refuse, qu'il écrit à l'empereur Maurice pour le supplier de ne pas confirmer son élection. Les Romains interceptent sa lettre; la confirmation impériale arrive. Alors il se déguise, s'enfuit de Rome, à la recherche de quelque solitude inconnue, erre pendant trois jours dans les bois. Ou le suit, on le découvre, et on le ramène une seconde fois à Rome, mais cette fois pour y régner. Il courbe la tête en pleurant sous le joug de la volonté divine et de l'unanimité de ses concitoyens'.
1. Infirmitalis mea3 conscius secretiora loca petere decreverain... Jugo conditoris subdidi cervicem.^'j:;/^'^., vu, 4, edit.Benedict. Dans 1 indication des épitres, nous avons suivi presque toujours l'ordre établi dans l'édition des Bénédictins, qui diffère considérablement de l'ancitnne classification, citée par Mabillon, Fleury, etc. — Decretum generalitatis evadere nequivit... Capitur, trahitur, consecratur... JoAN, Di\c., I, 40.
Ce fut pendant l'intervalle entre l'élection et la confirmation impériale qu'il fit célébrer, dans l'espoir de détourner le fléau de la peste, cette fameuse procession de trois jours où parurent pour la première fois tous les abbés du monastère de Rome avec leurs moines et toutes les abbesses avec leurs religieuses. Tandis que ces communautés défilaient devant lui, il vit apparaître sur le sommet de la Moles Hadriana un ange remettant Fépée dans le fourreau, dont l'image, debout sur le mausolée colossal, lui a donné le nom de château Saint- Ange et perpétue de nos jours encore le souvenir de la vision de saint Grégoire*.
Jamais peut-être le pontificat suprême n'échut à une âme plus troublée et plus affligée que celle du moine qui se voyait ainsi condamné à échanger la paix du cloître contre les sollicitudes du gouvernement de l'ÉgHse universelle et de la défense spéciale des intérêts de l'Italie. Non seulement alors, mais pendant toute sa vie, il ne cessa de gémir sur son sort. Sa douleur éclata d'abord dans ses réponses aux félicitations qui lui arrivaient de toutes parts : (( J'ai perdu », écrivait-il à la sœur de l'empereur, « les joies profondes de mon repos. Je parais monter
l.Cf. Greg.Turonens.,^ù^. Franc, x.i. — PAUL.DiAc.,De Gest. Longoh., m, 25. — Joan. Diac, Vit. Greg., i, 41. — Baronius, ad ann. 590, n. 18.
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au dehors, je suis tombo au dedaus... Je m'efforçais tous les jours de me tirer hors du moude, hors de la chair, pour voir spirituellement la joie céleste... Ne désirant et ne craignant rien en ce monde, j'étais, ce me semble, au-dessus de tout. Mais l'orage de la tentation m'a jeté tout à coup dans les alarmes et les frayeurs ; car, encore que je ne craigne rien pour moi, je crains beaucoup pour ceux dont je suis chargé ' » . Au patrice Narsès : « Je suis tellement accablé de tristesse, qu'à peine puis-je parler : les ténèbres de la douleur assiègent les veux de mon âme : je ne vois rien que de triste, et tout ce que l'on croit m'être agréable me parait lamentable. Car je vois sans cesse de quel comble de tranquillité je suis tombé, et à quel comble d'embarras j'ai dû monter-. » A André, du rang des Illustres : ce En apprenant ma promotion à l'épiscopat, pleurez, si vous m'aimez ; car il y a ici tant d'occupations temporelles, que je me trouve par cette dignité presque séparé de l'amour de Dieu^ ». Au patrice Jean, qui avait contribué à son élection : « Je me plains de votre amour, qui m'a tiré du repos, que vous savez que je cherchais. Dieu vous rende les biens éternels pour votre bonne intention, mais qu'il me tlélivre.