‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint BernardChapitre 69 sur 274 · Episf., xni · texte numérisé non relu

Episf., xni

136 LUTTES DE SAINT f^RÉGOIRE LE GRAND (( hommes libres*. » C'était précisément l'inverse de la vérité ; c'était d'ailleurs un triste et coupable hommage adressé à un homme qui devait être l'un des plus odieux tyrans de son siècle, et qui venait de gagner l'empire par un attentat sans exemple, même dans les annales de cette abominable histoire.

C'est la seule tache de la vie de saint Grégoire. Elle est grande. Nous ne prétendons ni la dissimuler ni l'excuser. A peine peut-on l'expliquer, en rappelant ce qu'il avait eu à souffrir des vexations de Maurice et de ses agents, vexations dont il s'était toujours énergiqiiement plaint, tout en rendant d'ailleurs hommage à la piété incontestable du vieil empereur', qui, comme tous ses prédécesseurs, se croyait appelé à juger et à diriger les choses de l'Église, mais qui n'était rien moins qu'un persécuteur. Peut-être ignorait-il tout ce qui s'était passé à Constantinople, car les relations de l'Empire avec l'Itahe avaient alors pour centre officiel, non plus Rome, mais Ravenne. Peut-être enfin voulait-il mériter ainsi le secours qu'il implorait de Phocascontre

* 1. Epist., XIII, 31.

2. Cf. Epist., V, 43, aux patriarches d'Alexandrie et d'Antioche, et XI, 25, à Maxime de Salone, où il dit expressément de Maxime : Omnibus notum est piissimos dominosdisciplinam servare, etinrausis sacerdotalibus non niiscere.

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les nouvelles incursions des Lombards', ou bien adoucir d'avance les dispositions déjà menaçantes du tyran-. On a vu qu'il mêlait des conseils et des leçons indirectes à ses félicitations. Il faut encore se rappeler que les flatteries répugnantes qui se trouvent sous la plume de notre saint et grand pape étaient en quelque sorte du style officiel de ce temps-là : elles tenaient à l'avilissement général des mœurs publiques, à des habitudes de langage invétérées et usitées alors à chaque changement de règne. Sans aucun doute ses motifs étaient purs. Il n'en reste pas moins une tache sur sa mémoire et une ombre sur l'histoire de l'Église, si consolante et si lumineuse dans ce temps d'orages et de ténèbres. Mais chez les plus grands et les plus saints d'entre les mortels, la vertu est, comme la sagesse humaine, toujours courte par quelque endroit,

Grégoire, qui mourut seize mois après l'avènement de Phocas, n'eut pas le temps d'expier ou de réparer cette faiblesse. Nul doute qu'il ne l'eût fait, si l'occasion lui en eût été donnée. Il n'y a rien de mieux démontré, dans toute sa vie, que son intrépidité en présence du danger et son inébranlable persévérance dans la poursuite du droit et de la

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