CHAPITRE V
Grégoire pontife et docteur.
Son gouvernement spirituel et temporel.
Ses écrits.
Relations avec les evêqiies des Gaules. — Son respect pour l'épiscopat et pour la liberté des élections épiscoiiales. — Sa vaste correspondance; vigilance universelle. — Ordre rétabli dans le patrimoine de saint Pierre. -^ Il protège les paysans, les hommes libres, les esclaves, les juifs. — Sa conduite envers les païens et les donatistes. — Services rendus à la liturgie, à l'art religieux; chant grégorien ; éducation musicale. — Ridicule calomnie sur son antipathie pour la littérature classique. — Ses écrits : le Sacramentaire , le Pastoral, les Morales ; lettres et homélies. — Il est un des créateurs de la nouvelle langue chrétienne. — Il est le quatrième grand docleur de l'Église. — Son extrême humilité. -- Sermon sur la mission du prédicateur.
Grégoire ne se bornait pas à ces relations a\ ce les princes et les évêqnes d'Anstrasie et de Bourgogne. Il écrivit à Clotaire II, roi de Nenstrie, et aux principaux évêques de ce royaume, pour leur recommander l'œuvre de la conversion des Ani>lo- Saxons, objet de sa prédilection spéciale, que les plus grands embarras ne lui tirent jamais perdre de
Yue et pour laquelle il avait cF ailleurs trouvé dans Bruneliaut une coopération zélée. Mais nous nous réservons de traiter à part et à fond cette grande page de sa vie , en racontant les origines monastiques de Tîle célèbre qui lui doit sa conversion définitive à la foi chrétienne. Il faut se borner à la rappeler ici en passant comme la preuve souveraine de cette sollicitude apostolique, dont nous allons constater l'action puissante et salutaire sur le gouvernement spirituel et temporel de l'Église.
Disons d'abord que dans sa correspondance à cette occasion avec les évêques de Neustrie, il leur enjoignit comme aux' évêques de Bourgogne et d'Austrasie, avec les plus vives instances, de combattre les divers abus ecclésiastiques, les ordinations illicites , mais surtout la simonie qu'il qualifie partout d'hérésie, qui faisait chaque jour d'effrayants progrès, se déguisait sous mille formes diverses, infectait déjà tous les grades de la hiérarchie ecclésiastique dans tous les pays chrétiens , et menaçait de ronger comme un chancre la vigueur et la beauté de l'Eglise , grâce à la connivence ou à la complicité d'un trop grand nombre d'évêques^ .
1. Has pesliferas haereses cernens per sacerdotum coniiivenliam sive taciturnitateni magismagisquediffusis numeribus quasi pestifer cancer... corrodere... ac corrumpere... Jo\n. Diac, Vif,. S. Greg., III, 4.
Un trait frappe avant tont dans toutes ses relations avec les évêques, non seulement des Gaules, mais de toute la chrétienté ; c'est le respect affectueux que lui inspiraient le caractère et le pouvoir épiscopal, et qu'il avait déjà exprimé avec tant d'éloquence dans la lutte sur le titre de patriarche universel'. Ce respect, cette absence de toute mesquine jalousie, comme de tout esprit de domination excessive, se remarquent clieztous les papes sortis des ordres religieux, et nul parmi eux ne s'est plus signalé par sa gracieuse humilité, par sa noble et cordiale fraternité envers les évêques, que notre Grégoire. « A Dieu ne plaise, » écrivait-il, « que (( je veuille dans aucune Eglise enfreindre les dé- « crets de nos ancêtres au préjudice de mes collè- « gués dans le sacerdoce ; car je me ferais injure à « moi-même en portant atteinte aux droits de mes (( frères. » Et ailleurs : « Tenez ceci pour certain « en matière de privilège ecclésiastique, que nous (( voulons conserver à chaque Église particulière ses « droits, tout comme nous défendons les nôtres... (( J'aspire à honorer par tous les moyens mes frères (( dans Tépiscopat'. » Il n'en sut pas moins donner