Epist., I
trois le terme des visites périodiques et obligatoires des évêques siciliens à Rome. Les prêtres et tous les ordres de la hiérarchie ecclésiastique furent toujours l'objet de la même sollicitude et de la même sévère vigilance.
Sa vaste correspondance témoigne à la fois de l'activité infatigable de son administration, de son zèle ardent pour la justice et la discipline', de son mépris pour les considérations personnelles et inférieures. Elle manifeste également le développement croissant des questions canoniques et disciplinaires, qui tendaient à remplacer, dans l'Occident surtout, les questions dogmatiques suffisamment élaborées dans les cinq conciles généraux qui s'étaient tenus jusque-là.
A ces yeux d'Argus qu'il promenait sans cesse sur le monde chrétien- n'échappèrent pas les vastes domaines de l'Église qui, sous le nom de patrimorne de r Église Romaine, s'étaient déjà formés, non seulement en Gaule, comme on l'a déjà vu, mais en Afrique, en Corse, en Dalmatie, en Sicile, et surtout dans le midi de l'Italie. La négligence et la confusion y régnaient avant lui. Il n'omit rien pour
1. Nos enim nuUum propersoiiali ainore del'endimus, secl aiiclore Deo, normani justitiee, poslposilacujuslibet personœacceplione, cuslodimus. Epist., ii, 18.
2. Vclut Argus quidem luniinosissimus per totiiis miindi latiludinem... oculos circuintulciit... Joan. Divc, ii, 55.
y rétablir Tordre et les remettre en valeur. Ses épîtres montrent qu'il ne trouvait aucun détail au-dessous de lui pour arriver à ce but, et qu'il s'appliquait surtout à y faire régner la plus exacte* justice. On y reconnaît à chaque pas l'esprit du disciple de saint Benoît, du moine, appréciateur économe, attentif et équitable, des droits du travail. Dès son avènement il écrivait à Pierre, administrateur de l'Église romaine en Sicile, ime lettre qui mérite d'être inscrite au rang des plus nobles titres de la papauté : « Nous avons appris que les paysans sujets de l'Église sont cruellement obérés par la perception arbitraire du prix de leurs redevances de blé dans les temps d'abondance : nous voulons qu'en tout temps il leur soit tenu compte des prix courants... Nous retranchons toutes les exactions honteuses qui excèdent le prix des baux accordés aux fermiers. Et pour qu'après notre mort, même nul ne puisse les charger de nouveau, faitesleur donner une investiture par écrit qui porle la somme que chacun doit payer... Nous ordonnons que tout ce qui a été injustement exigé des colons leur soit restitué, sans qu'il en reste aucun pmfit pour' nous et nos agents, car nous ne voulons pas que les coflres de l'Église soient souillés par des gains sordides 1 . . . Faites lire aux paysans dans les
1. Quia nos sacciiliiin Ecclesiœ ex liicris turpibus nolumus inqui-
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métairies ce que j'ai écrit et qu'on leur en donne copie, afin qu'ils sachent se défendre avec notre autorité contre toute violence. »
Ami dévoué de ces paysans, qui sortaient à peine des étreintes mortelles de la liscalité romaine pour tomber entre les mains moins habilement rapaces, mais plus brutales des conquérants barbares, il s'appliquait surtout à faire réduire leurs redevances, à garantir la liberté de leurs mariages, la sécurité de leurs possessions, l'inviolabilité de leurs successions. Il avait placé à la tête de ses domaines, dans chaque province, non plus des séculiers, mais des ecclésiastiques imbus de son esprit, et à qui il faisait promettre devant le tombeau de saint Pierre de gérer le patrimoine de l'Église connue le bien des pauvres et des laboureurs. Il étendait cette sollicitude bien au d(Vlà des limites de ses propres possessions, et Ton aime à voir le chef de l'Eglise universelle se détourner de ces luttes avec les Lombards et avec Byzance pour prendre en main les intérêts de quelques obscurs cultivateurs de l'île
nari. Episl., i, 44. — Cf. ii, 32; c'est dans celte dernière que se trouve ce passage, si souvent cité, qui indique à la fois la simplicité i't la modestie du grand homme : « Vous m'avez envoyé un mauvais « cheval et cinq bons ânes : je ne puis monter le cheval parce qu'il '< est mauvais, ni les ânes parce que ce sont des ânes ; si vous voulez « aider à notreentretien, envoyez-nous des choses qui nousconvien- « nent. » On voit ailleurs que les domaines ecclésiastiques en Sicile nourrissaient ([uatre cents étalons.
de Sardaignc. « J'ai appris, » écrit-il à l'évêque de Cagliari, « que certains laïques, chargés de la gestion de votre patrimoine, ont commis des déprédations au détriment de vos paysans et refusent de rendre leurs comptes ; sachez qu'il vous convient, après avoir examiné cette cause avec la dernière rigueur, de prononcer selon la justice entre vos paysans et ces gens, afin de leur faire rendre gorge s'il y a lieu\ »
Il était partout riiomme de la justice et de la liberté. Ce n'était pas seulement pour les intérêts de l'Église, de ses biens ou de ses vassanx, que s'enflammait son zèle. C'était le droit et la liberté de tous qu'il prétendait défendre, par l'ascendant de son autorité spirituelle et la liberté de son langage pontifical, contre les exactions, les violences arbitraires et les cruautés des magistrats impériaux-. S'adressant au consulaire Léontius, envoyé de l'empereur Maurice, il posait ce grand principe de politique chrétienne, toujours si méconnu, mais toujours irréfragable : « Vous devez
1. In ruslicorum vestroriim... doprsedationibiis... deprehensi... Convenit intereos Ecclesiceque vesU-se rusticos causam examinaii sublilius. Èpist., ix,G5.
2. Libertatein iiniuscujusqiie hominis conlra judicum insolentias liberisvocibus defendebat... cunclorurn judicum cupidilates vel scelera quasi eu iieo frenoqueponliricii sui... reslringcbat. Joan. Diac, H, 47, 48.
veiller à la liberté de ceux que vous avez à juger comme à la vôtre même ; et si vous voulez que vos supérieurs ne foulent pas aux pieds la vôtre, sachez honorer et garder celle de vos inférieurs i. »
Tous les opprimés, toutes les victimes de la force ou de l'iniquité, trouvaient en lui un champion-. On le voit s'indigner du a crime atroce et inouï » qu'avait commis un vassal du diocèse de Messine, en enlevant la jeune femme de son filleul pour la vendre à un autre : ce n'est pas le coupable seulement, c'est l'évêque qui laisse impunis de tels attentats qu'il menace de la vindicte canonique ^
On dirait qu'il signe d'avance l'abolition de l'esclavage dans ce préambule d'un acte d'affranchissement : (( Puisque le Rédempteur et le Créateur du a monde a voulu s'incarner dans l'humanité afin (( de rompre par la grâce de la liberté la chaîne de c( notre servitude et de nous restituer à notre « liberté primitive, c'est bien et sainement agir (( que de rendre le bienfait de la liberté originelle (( aux hommes que la nature a faits libres, et que c( le droit des gens a courbés sous le joug de la
1. Libertatem eoium... ut vesiram specialiter aUendere debetis. . subjeclorumvestrorunihonorandolibertatemciistodite.£7^^s^., x, 61.
2. Ab adversis potestalibus prcegravatos fortissimus miles Christi GregorJus viriliter defendebat... Joan, Diac, iv, 21.