Pallade, Hist. latis., xix-xx, P. G., XXXIV
Amon de Scété, le saint homme commença par lui signaler les obstacles qu'il rencontrerait dans la suite, en ayant soin de les exagérer, pour l'engager à bien réfléchir sur la gravité de sa démarche. Une longue épreuve patiemment supportée ne donnait pas encore toutes les garanties. L'anachorète se mit en prière et consulta le Seigneur. Ge fut alors seulement qu'il admit le postulante
Saint Antoine ne se montrait pas moins prudent. On le voit dans la manière dont il reçut Paul le Simple. C'était un homme de la campagne sans instruction, mais d'une innocence .et d'une candeur enfantine. Il se présenta devant la cellule du saint. « Que veux-tu? demanda Antoine. ■ — Je veux être mojne. — Un vieux de soixante ans ne peut pas être moine. Va-t'en plutôt dans un village gagner ta vie en rendant grâces à Dieu. Tu ne pourras jamais supporter les ennuis de la solitude. — Je ferai tout ce que tu me conseilleras. — Je t'ai dit'que tu étais trop vieux; tu ne peux pas être moine, va-t'en. Si tu veux à tout prix être moine, va dans un monastère, où tu auras des frères pour soutenir ta vieillesse. Ici je jeûne durant cinq jours, puis je mange, mais sans satisfaire mon appétit. » Après ces paroles peu encourageantes, le saint lui ferma brusquement la porte, et il resta trois jours sans sortir pour n'avoir pas à lui parler; car Paul, au lieu de se décourager, n'abandonnait ni son désir ni la place. Le quatrième jour, Antoine, ouvrant sa cellule, dit à son postulant : « Va-t'en de là, vieux! Pourquoi me causer tant d'ennuis? Tu ne peux pas rester ici. » Paul répondit sans se troubler : « Il m'est impossible de mourir ailleurs. » Cette persévérance et cette humilité produisirent sur Antoine la meilleure impression. En. le voyant à jeun et sans provisions, i). fut inquiet : « Il n'est pas habitué à ces jeûnes rigoureux, se dit-il. S'il venait à mourir, je serais responsable. » Il l'introduisit dans sa cellule, en disant : « Tu peux faire ton salut si. tu fais tout ce que je te demanderai. — Je ferai tout ce que tu me diras. » L'obéissance de Paul fut admirable. Quand le saint l'eut constatée, il se chargea volontiers de son âme 2.
Le religieux auquel le postulant présentait sa demande ne le gardait pas toujours auprès de lui. Parfois, il l'envoyait dans une solitude qui répondait mieux à ses besoins. Le jeune Pallade
1. Vie copte de Jean Kolobos, Histoire des monastères de la Basse-Egypte, A. M. D. G., XXV, 326-333.