CHAPITRE VII
La chasteté et la pauvreté monastique
Le célibat monastique est un fait d'une évidence telle que personne n'a eu l'idée de le révoquer en doute. Le mariage de l'ermite syrien Malchos, que l'on pourrait alléguer contre l'universalité de cet usage, est plutôt de nature à la confirmer. Les Sarrazins, au pouvoir desquels il était tombé, l'avaient réduit en servitude. Ils le vendirent comme un vulgaire esclave à un païen, qui, en vertu du droit attribué aux maîtres par la coutume générale, le contraignit d'épouser une compagne d'esclavage. Cette union ne fut qu'apparente. Ils gardèrent une continence parfaite jusqu'au jour où ils retrouvèrent l'un et l'autre, par la fuite leur pleine liberté i.
Les moines professaient une grande estime pour la virginité. Mais il yen eut qui poussèrent trop loin leur admiration. Sous l'influence des erreurs manichéennes et d'un orgueil plus ou moins conscient, ils allaient jusqu'à mépriser les personnes mariées et à condamner le mariage. Ces sentiments étaient trop contraires à la vérité pour que la chasteté de ceux qui les professaient pût être agréable au Seigneur et approuvée par l'Eglise. Dans le but de prémunir les moines et les vierges contre de semblables illusions, les Pères qui ont célébré avec le plus d'enthousiasme le grandeur et la beauté de cette vertu ont eu soin de leur recommander un profond respect pour le mariage et une sincère estime pour les hommes qui se sont engagés dans ses liens. Saint Epiphane, après avoir réfuté les apostoliques, qui enseignaient ces exa-
I. S. Jérôme, yUa S. Malcbl, 5 et suiv. Acta Sanct. Oct., t. IX, 65-66.
gérations, expose nettement la doctrine de l'Eglise sur ce point fondamental 1. On la retrouve un siècle plus tard sous la plume de Théodoret '. Saint Ephrem, saint Basile, les deux saints Grégoire de Nazianze et de Nysse, saint Jean Chrysostome, saint Jérôme, ne la perdent jamais de vue quand ils emploient toutes les res- •sources de l'éloquence et de la poésie pour rendre aimable et ■séduisante cette noble mais austère vertu, et pour la faire accepter par des hommes que le climat, le tempérament et des séductions de toutes sortes sollicitaient vers la luxure ".
Les vies des Pères témoignent à chaque instant de l'importance capitale qu'elle avait à leurs yeux et du soin qu'ils prenaient de la conserver au milieu des tentations qu'il leur fallait subir *. Souvent ils devaient soutenir, pour la garder, une lutte terrible durant des années entières. Quelques-uns s'en effrayaient. D'autres, au contraire, voyaient là un aiguillon qui les stimulait à la pratique de la vertu. Un frère que la violence de la tentation agitait, ^'en alla faire à un ancien cet aveu : «Je m'aperçois, père, que les fruits de sanctification se perfectionnent dans mon âme ; les tentations de la chair me fournissent, en effet, l'occasion d'augmenter mes jeûnes, mes veilles et mes prières. Demandez pour moi au Seigneur courage et persévérance 5. » Ce fut par une tactique semblable que le solitaire Philoromos parvint à dominer les appétits déréglés de son corps, après plusieurs années de patience^. Ces efforts continuels aguerrissaient un homme et le préparaient aux saints labeurs de l'ascèse'^.
Les solitaires, préoccupés d'atteindre les sommets de la perfection, croyaient que toute ascension de leur âme vers Dieu était marquée par un développement de la sainteté des sens et du cœur ; aussi leur désir de posséder l'amour parfait du Seigneur les