‹ Les moines d'Orient antérieurs au Concile de Chalcédoine (451) [microform]Chapitre 141 sur 520 · Tillemont, t. XII · texte numérisé non relu

Tillemont, t. XII

7. S.Jérôme, Epist. 133, P. L., XXII, w^'j-wéi. Comment, in Jeremiam, 1. iv, prœf., P. L., XXIV, 825.

8. \à.,DiaL advers. Pelagianos, Prolog., P. L., XXIII, 517-518.

réduit à ses forces naturelles, était capable d'acquérir, d'après les disciples de Pelage i. Des moines un peu naïfs se crurent parfois en possession de cette imperturbable tranquillité. Ce n'était qu'une illusion. L'expérience leur montrait vite que les passions n'étaient pgs encore extirpées de leur être. Un œil exercé n'avait aucune peine à en constater la présence. En voici un exemple : un ancien avouait ingénument ne plus ressentir les mouvements de la fornication, de la vaine gloire et de l'avarice ; il en concluait que ces passions n'existaient plus en lui. L'abbé Abraham, auquel il faisait cette confidence, se mit à le questionner pour voir nettement ce qui en était. Il n'eut pas de peine à constater que les passions vivaient toujours dans cet homme ; elles étaient seulement enchaînées. Ce qui est possible à un moine vertueux 2.

Ce calme relatif ne paraissait pas enviable à tous les .habitants de la solitude. L'abbé Jean qui l'avait obtenu s'en réjouissait devant un ancien très versé dans la connaissance des âmes. Celui-ci se garda bien de l'en féliciter. « Va prier le Seigneur, lui dit-il, de te rendre la lutte, et de permettre aux tentations de te faire la guerre comme jadis; leurs assauts profitent beaucoup au religieux. »Jean suivit cette recommandation 3. Pallade ne craint pas de rappeler les illusions dans lesquelles le désir de cette prétendue apathia entraînait quelques solitaires indiscrets *.

11 y en eut qui, désespérant d'acquérir jamais cette chasteté parfaite avec le secours des exercices ascétiques, se servirent d'un procédé plus radical. Ils arrachaient le trouble dans sa racine en s'infligeant une mutilation que réprouvent la nature et l'Eglise. Origène n'avait pas reculé devant ce moyen extrême. 11 se trouva, à l'époque où vivait saint Epiphane, des hommes qui, dans la vigueur de la jeunesse, recouraient à ce traitement barbare s. Ce fut le cas de deux moines égyptiens..

L'archevêque d'Alexandrie, ayant eu connaissance de ce fait, les sépara de la communion des fidèles. Mais, au lieu de se soumettre humblement, ces pauvres égarés s'en allèrent à Jérusalem plaider leur cause auprès de l'évêque. Celui-ci confirma la sentence du

1. Mingarelli, De Didpno commentar'ms, 1. 11, 7, P. G., XXXIX, 192-195. — Tillemont, t. X, 379-382.

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