Ibid
mis; quant aux autres, évite de te prononcer sur leur compte i. » Un pauvre moine fut accusé d'une faute scandaleuse. Comme il advient en pareille occurence, tous ses confrères se mirent à l'accabler de reproches. L'accusé protestait de son innocence. Mais les accusateurs, au lieu de s'arrêter, le réprimandaient à qui mieux mieux. Enfin, n'y tenant plus, il se retira auprès de saint Antoine. On le poursuivit, en lui reprochant toujours sa faute. L'abbé Pafnuce, qui se trouvait présent, choqué de leur manière d'agir, raconta l'apologue suivant: «J'ai rencontré sur les bords du fleuve un homme enfoncé dans la vase jusqu'aux genoux. Des passants vinrent à son aide ; mais, sous prétexte de le retirer; ils ne firent qu'aggraver sa situation ; il fut bientôt enfoncé jusqu'aux épaules. » Saint Antoine, pour mieux faire ressortir la sagesse de Pafnuce, dit de lui : « Voilà un homme qui est vraiment capable de sauver les âmes ». Les accusateurs du pauvre moine comprirent alors l'indiscrétion de leur procédé et en demandèrent hùmblemenit pardon ^ Cette commisération pour les pécheurs inspirait, dans la manière de les traiter, une délicatesse qui pouvait exercer sur eux une influence douce et pénétrante, à laquelle l'homme résiste difficilement. « Si tu vois un frère commettre une faute, disait un ancien, ne la rejette pas sur lui, mais sur le démon qui l'a poussé. Au lieu de lui faire des reproches, contente-toi de dire charitablement : Malheur ! ce frère est tombé malgré lui, comme cela m'arrive à moi-même. Plains son sort, cherche à le consoler ; car nous sommes tous exposés à tomber ^ ».
L'insistance avec laquelle les auteurs des recueils édifiants rapportent et louent ces exemples laisse croire que les solitaires avaient parfois besoin de recevoir une leçon pratique de miséricorde. Nous en aurons bientôt la preuve. Les anciens, que leur prudence recommandait le plus à l'admirafion de leurs frères, cherchaient ainsi à réagir contre une tendance qui aurait porté préjudice à un grand nombre d'âmes, si elle avait prévalu. Mais ils ne surent pas tous rester dans les limites de la discrétion, en passant d'une extrémité à l'autre. La ligne de conduite qu'ils proposaient mériterait parfois le reproche de faiblesse, peut-être même de complaisance pour le mal *.