‹ Les moines d'Orient antérieurs au Concile de Chalcédoine (451) [microform]Chapitre 201 sur 520 · Âpophtegmata Patrum, 13, P. G., LXV · texte numérisé non relu

Âpophtegmata Patrum, 13, P. G., LXV

10. Cf. S. Basile, Reg. fus. tract., int. 17, P. G., XXXI, 961. Isaïe, oratio, P. G., XI, 1124.

qui est le fruit naturel de la componction, et la gravité, qui sied si bien à l'homme séparé du monde, peuvent régner dans une âme en même temps que la joie intérieure, fruit de l'esprit divin '. D'après saint Basile, dont nous reproduisons la pensée, le souvenir des bienfaits innombrables que l'homme a reçus de Dieu et la considération de ceux qu'il reçoit à chaque instant sont la source intarissable de l'allégresse spirituelle. Elle se répandait si abondante et si vive dans l'âme de quelques-uns des solitaires les plus célèbres par leurs austérités presque surhumaines, qu'il ne leur était pas possible de la contenir. 11 suffisait de les voir pour se convaincre de leur félicité. La joie et la sérénité répandues sur la figure de saint Antoine lui donnaient un charme céleste qui lui conciliait tous les cœurs ; c'était son signe distinctif. Ceux qui ne l'avaient jamais vu le reconnaissaient sans peine au milieu des moines qui l'entouraient 2. Theonas, qui menait en Thébaïde la vie austère des reclus, se montrait toujours avec un visage joyeux. Tout en lui respirait la grâce. On eût dit un ange vivant parmi les hommes 3. L'abbé Apollonios d'Hermopolis était un grand amateur de la joie monastique. Dès qu'il apercevait un nuage de tristesse sur le front de ses disciples, il ne se donnait aucun repos qu'il ne l'eût dissipé. Aussi y avait-il dans son entourage tant d'allégresse et de félicité que l'on se demandait si vraiment il pouvait y en avoir autant ailleurs^. Dans les mêmes régions, le fameux Jean de Lycopolis frappait ses visiteurs par le calme de sa physionomie et par le sourire gracieux avec lequel il les recevait. 11 laissait ainsi déborder sur sa figure la surabondance de la joie qui l'inondait intérieurement s.

Les solitaires d'Orient étaient des hommes heureux. Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à lire leurs biographies et les écrits qu'ils nous ont laissés. Leur vie monastique, avec son calme, ses vertus et ses austérités, leur procurait ce bonheur. Cette joie était, au dire de l'abbé Isidore, un lien plus fort que toutes les règles pour retenir ses disciples dans la clôture rigoureuse qu'il leur imposait 6.

1. s. Basile, hom. 4 et 5, P. G., XXXI, 217-262. Ces deux homélies sont un beau commentaire du Semper gaudete de S. Paul (i Thess., v, 16).

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