S. Nil., t. Il, ep. 52, 53, P. G., LXXIX
L ENSEIGNEMENT ASCETiaUE 21 7
que rhomme éprouve, quand il lui est arrivé de commettre une faute*. Le souvenir continuel des péchés, si instamment recommandé par les Pères, la pensée de la mort et du jugement, la crainte de Dieu,. à laquelle les ascètes de ces temps primitifs donnaient tant d'importance, contribuaient beaucoup à entretenir ce sentiment dans le cœur des moines. Quelques-uns, pour la développer encore davantage, allaient jusqu'à conseiller à leurs disciples d'éviter le rire et tout ce que qui, de près ou de loin, pouvait paraître une dissipation. « N'ouvre point ta bouche pour le rire, disait l'abbé Isaïe, ce serait une preuve que la crainte de Dieu te fait défaut-. » Saint Basile fait remarquer que les rieurs ont été maudits par l'Evangile 3 ; il en conclut que les fidèles ne doivent jamais se permettre de rire, alors surtout que tant d'hommes leur fournissent par leurs péchés une raison grave de s'attrister et de gémir'*. Notre-Seigneur n'a point ri, dit-il ailleurs s. Les anges ne savent pas rire non plus, écrit saint Isidore.de Péluse au prêtre Dorothée 6. Saint Ephrem, lui aussi, condamne le rire et célèbre dans son beau langage l'utilité des larmes et de la tristesse"^. Le reclus Abraham, dont il a écrit la vie, ne se permettait pas même de sourire, tandis qu'il passait rarement une journée sans verser des larmes §.
On dit que l'abbé Pambon ne riait jamais. Les démons, ayant résolu un jour de lui faire perdre un peu de sa gravité, réussirent à le dérider. Fiers de cette victoire, ils se mirent à crier : « Ah ! ah! Pambon a ri. — je n'ai pas ri, répliqua le solitaire, qui avait honte de s'avouer vaincu ; je me suis moqué seulement de votre faiblesse 9. » 11 serait facile de multiplier les textes et les exemples pour montrer l'aversion que le rire inspirait aux moines.
Toutefois il faut bien se garder de voir là une contradiction avec leurs enseignements sur la tristesse. Ils ne condamnaient généralement pas ce sourire doux et joyeux qui est le reflet sur le visage d'un cœur en paix avec Dieu et avec lui-même lo. La sainte tristesse,
1. s. Basile, Reg. hrev. tract., int. 192-194, P. G., XXXI, 121 1.
2. Isaiae oratio 3, P. G., XL, 429 ; régula 22, P. L., CIII, 430.