‹ Les moines d'Orient antérieurs au Concile de Chalcédoine (451) [microform]Chapitre 206 sur 520 · Ibid., XV · texte numérisé non relu

Ibid., XV

Après les divines Ecritures venait l'autorité des anciens ou la tradition. Les conférences étaient émaillées de maximes spirituelles et de traits édifiants qui circulaient de bouche en bouche. << Nous croyons utile, disait l'abbé Moïse à Cassien, de montrer tout d'abord l'excellence de la vertu de discrétion par les maximes des Pères 1. » Lorsqu'on eut rédigé les vies de Pères et le recueil de leurs sentences, ce. fut un aliment de choix pour les entretiens monastiques ^ Ils allaient même loin en pareille matière, ne craignant pas de faire connaître les chutes des moines et certaines fautes scandaleuses. Cassien dit que c'était un usage général parmi les moines égyptiens. Ils mettaient ainsi sous les yeux des jeunes frères le tableau des combats qu'ils auraient à soutenir et des défaites qu'il leur fallait craindre 3.

Mais rien ne valait l'expérience personnelle. Car dans l'ascèse, comme dans tous les arts, les praticiens sont les vrais maîtres; ils sont seuls à connaître les secrets du métier 'î. La science acquise de la sorte ne saurait être stérile. C'est une doctrine vivante qui devient dans l'âme une semence féconde s. Aussi l'abbé Nesteros insiste-t-il fort sur l'obligation où est le moine de n'enseigner aux autres que ce qu'il a lui-même pratiqué 6. L'abbé Poemen compare l'homme qui enseigne sans remplir cette condition, à une fontaine profonde, où tous puisent de l'eau pour se désaltérer et se laver, et qui néanmoins est incapable de, se nettoyer elle-même"^. L'abbé Théodore entendit un frère parler de <^hoses dont il n'avait point fait l'expérience personnelle. «Tu n'as pas encore de bateau; tu n'as pas encore pu jeter sur lui ta charge, et tu te figures déjà être arrivé à la ville. Commence donc par travailler, et alors le langage que tu tiens ne sera pas déplacé sur tes lèvres s.»

On n'insistait pas moins sur les dispositions dans lesquelles il convenait d'assister aux conférences et d'écouter ce qui s'y disait. Les moines devaient par-dessus tout se préoccuper de recevoir les lumières dont ils avaient besoin pour leur sanctification personnelle

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