Apophtegmala Patruin, P. G., LXV
L ENSEIGNEMENT ASCETIQUE 225
et de faire passer dans la pratique les enseignements qu'ils recueillaient ainsi. A quoi bon, en effet, accumuler dans sa mémoire la doctrine des anciens, si on ne la développait point par l'expérience que donne l'exemple i ? C'était la recommandation que faisait il Cassien l'abbé Nesteros : << Voici le premier pas à faire dans la vie spirituelle; il consiste à écouter attentivement les enseignements des Pères, à les renfermer avec soin dans le secret de son cœur, en se préoccupant plus de les mettre en pratique que de les rapporter aux autres '^. »
Il y avait fort à insister sur ce point. Car plusieurs, accablés par le poids de la solitude, trouvaient dans la recherche des entretiens spirituels un pieux prétexte pour sortir de leurs cellules et s'en iiller de côté et d'autre dissiper leur ennui et faire perdre le temps de leurs frères. On en voyait encôr'e qui couraient de cellule en cellule, écoutant l'un, questionnant l'autre, frappant toujours de préférence à la porte des anciens les plus instruits et les plus considérés. Ils s'appropriaient leur doctrine qu'ils colportaient ensuite de droite et de gauche, dans le but de se concilier l'estime de ceux qui les écoutaient 3.
Les hommes graves ne se souciaient guère de gaspiller leur temps avec ces paresseux et ces vaniteux. Parfois même ils les recevaient assez mal. Quelques moines vinrent un jour trouver l'abbé Filica, pour lui demander un entretien. Le vieillard, qui connut leurs dispositions, gardait le silence. Comme ils insistaient, il finit par leur dire : « Vous voulez entendre une conférence ? — Oui, répondirent-ils. — Mais il n'y a' plus de conférence désormais. Quand les frères interrogeaient les anciens et qu'ils pratiquaient (leurs enseignements, Dieu mettait des paroles sur leurs lèvres. Aujourd'hui les frères posent bien les questions, mais ils ne font pas ce qui leur est dit; et Dieu enlève aux anciens la grâce de la parole. Ils ne trouvent plus que dire, parce qu'il n'y a personne qui veuille pratiquer^. »
A côté de ces moines vains et fainéants, il y en avait d'autres que la tiédeur avait conduits au dégoût des choses spirituelles. Ils portaient un habit saint, ils suivaient des exercices sanctifiants; inais leur âme était constamment occupée des biens et des plaisirs