CHAPITRE XI
Les vêtements monastiques
C'est en revêtant l'habit monastique qu'un homme s'engageait pour toujours dans l'état religieux. Ce costume, signe extérieur de sa profession, le distinguait du reste des chrétiens. Cela rentrait dans les moeurs d'un pays et d'une époque où les lois réglaient elles-mêmes le vestiaire des' diverses classes de la sociétés
Amélineau prétend qiie saint Antoine fut le premier à revêtir et à donner aux solitaires un costume spécial. Cette innovation du patriarche des ermites compterait, si on pouvait la lui attribuer légitimement, parmi les actions les plus glorieuses de sa vie; il aurait par là exercé l'influence la plus grande sur l'avenir dumonachisme. Amélineau, pour accréditer son dire, le met sous le patronage imposant d'un nombre illimité de témoins, qu'il se garde bien de citer ou même de nommer. Aussi ne faut-il voir là, comme dans quelques-uns des jugements formulés par lui au cours de ses introductions aux précieux documents qu'il publie dans la collection du musée Guimet, qu'une opinion aventureuse, qui ne saurait tenir devant un examen sérieux des textes^. A l'en croire, saint Antoine aurait emprunté les éléments du vestaire monastique aux prêtres égyptiens. La suite du présent chapitre fournira l'occasion d'apprécier ce que pareille assertion renferme de véritable.
Les moines apparaissent de si bonne heure avec un costume
1 . Une loi de l'an 382 détermine le costume des sénateurs, des curiales et des esclaves. Godefroid, Codex theodosîamim, t. V, 232-237. ■
2, Amélineau, Histoire des monastères delà basse Egypte, Introduction, XXU- XXIII. A. D. M. G., t. 1, XXV.
Spécial, qu'on peut croire cet usage aussi ancien que la vie religieuse elle-même. L'ascétisme païen n'a pas pu échapper à ce besoin de séparer ses adeptes de la foule par cette distinction extérieure. Les vestales romaines portaient une longue tunique et un grand voile, qui empêchaient de les confondre avec les femmes du monde'. Les philosophes, en qui on aime à voir les ascètes de la civilisation grecque, avaient eux aussi des vêtements particuliers, qu'ils conservaient encore au IV« et au V® siècle. Ce costume était tellement leur, que Valentinien interdit de le porter à quiconque n'avait pas été légitimement admis dans leur corps^ (369). Ils portaient la barbe dans toute sa longueur, se couvraient d'un manteau nommé palHum, et tenaient un bâton à la main. Tout cet extérieur, qui, du reste, s'accordait avec la gravité de leur conduite et avec les sentiments qui les animaient, manifestait leur mépris du monde et de ses maximes^. Il leur était facile, par ce moyen, d'en imposer à la foule. Mais cette austérité de costume et d'allures cachait souvent un profond orgueil et une vanité presque féminine. Saint Jean Chrysostome^, saint NiP et saint Isidore de Péluse^ leur en firent plus d'une fois le reproche. Les chrétiens qui menèrent la vie ascétique au milieu du monde pendant les trois premiers siècles n'eurent qu'à s'envelopper d'un vêtement analogue pour cacher aux persécuteurs la sainteté de leur vie'^.
Plus que les ascètes païens, les philosophes et les thérapeutes, quelques hommes extraordinaires, dont la Bible raconte la vie, exercèrent une influence profonde sur le monachisme et sur ses manifestations extérieures. Les exemples donnés par saint Jean- Baptiste, par Elle et par les fils des Prophètes étaient toujours présents à l'esprit des moines du 1V« siècle. Leurs législateurs les prirent souvent pour types; l'étude du vestiaire monastique permet de le constater avec évidence. Il ne faudrait pas cependant croire que les solitaires de cette époque primitive aient éprouvé le
1. Montfaucon, Antiquité expliquée, t. 1, suppl. PI., 22, 23, 24.