Àpophtegmata Patriinij P. G., LXV
cours de l'année étaient assimilées aux dimanches. La journée de Pâques et tout le temps qui la sépare de la Pentecôte devenaient un dimanche ininterrompu, consacré par le souvenir de. la Résurrection. Ces adoucissements que se permettaient les habitants de la solitude avaient le double avantage de leur faire mieux apprécier le mystère pascal et de leur procurer un repos nécessité par les rigueurs du Carême. On pouvait donc en user, sans crainte de causer à son âme le moindre préjudice i. Le ciel se plut à montrer combien cette pratique était agréable à Dieu. Apollonios d'Hermopolis et ses moines n'avaient pour leur dîner, le jour de Pâques, que des pains secs et des herbes marinées. Le saint rer grettait vivement de ne pouvoir mieux solenniser ce grand anniversaire. II se mit en oraison et confia sa peine au Seigneur. Deux inconnus vinrent alors lui présenter des provisions sur lesquelles personne ne comptait. 11 y avait des raisins, des noix, des figues, des fruits de toute sorte, du pain. frais, du miel, du lait, en si grande abondance que cela leur suffit durant tout le temps pascal*. On tenait d'autant plus à la pieuse coutume de ne point jeûner les jours de fête, que certains hérétiques affectaient une conduite toute différente 3.
La charité chrétienne transformait en fête véritable l'arrivée d'un hôte. Les Vies des Pères du désert en fournissent des exemples nombreux. La visite d'un frère était reçue avec une joie d'autant plus vive qu'elle se présentait plus rarement. Les moines égyptiens ne se contentaient pas d'une démonstration banale. Après les prières d'usage, ils rompaient le jeûne en compagnie de leur hôte. Cela ne se passait pas ainsi en Palestine. Aussi Cassien fut-il très étonné, lorsqu'il vit la manière dont on le recevait*. Cependant les jeûnes du mercredi et du vendredi ne devaient pas être rompus 5. Si le frère, pressé de partir, ne pouvait attendre l'heure de none, on lui servait à manger, mais pour lui seul^. L'anachorète assez heureux pour offrir l'hospitalité à un frère négligeait son austérité habituelle ; il mettait sur la table tout ce qu'il avait de meilleur.