Cassien, Coulât., xvii
8. Id., Inst., 1. V, 102-103. Verba Seniorum, P. L., LXXItl, 766. Âpoptbegmata Pairum, P. G., LXV, 422,
3l6 LES MOINES d'orient
ration s'il est fatigué du voyage. Quant aux séculiers, la frugalité de la table leur prêche la sobriété avec une éloquence plus persuasive que celle des paroles. Un monastère se déconsidère et se condamne lui-même en agissant d'une manière différente. Mais il faut, tenir compte des besoins, de tous, et faire tout ce que les convenances exigent, sans franchir jamais les limites de la pauvreté K
Non contents de recevoir les étrangers, les anachorètes aimaient à rendre ce devoir aux frères qui habitaient la même région. Ceux de Scété avaient, plus que d'autres peut-être, la bonne habitude de s'inviter mutuellement à mangera Ces festins fraternels portaient le nom d'a^^^^5 ; c'était un reste des anciennes agapes que les fidèles se donnaient dans les églises ou dans les sanctuaires des martyrs. Un solitaire faisait ordinairement les frais de ce repas, qui parfois avait lieu à l'église. Les frères présents étaient tous invités ; on insistait fort pour retenir les étrangers. Les ermites coupables d'une faute grave ne devaient pas accepter l'invitation. Les anciens occupaient une place d'honneur 3. Lorsque les solitaires qui assistaient à la messe le dimanche dans un même oratoire ne mangeaient pas en commun , on en trouvait toujours qui invitaient quelques frères à les suivre pour partager leur dîner; ils donnaient la préférence aux étrangers, s'il y en avait de passage*.
Quelques usages observés par les moines orientaux pendant leur repas méritent d'être rapportés. Un certain nombre de religieux de Scété mangeaient ensemble. Un prêtre de grande réputation se
1. s. Basile, Reg./us. tract. , iiit. 20, P. G., XXXII, 969-976.
2. Bivario, De veteri moimchata, t. I, p. 247 et s., où il traite de/^s/Zm Scetensium conviviis. *
3. Veria Seniorum, P. L., LXXIII, 941-942, 964. Àpoplhegmaia Palrum, P. G., LXV, 378, 391,399.
4. l^erba Senioriim, c. 804, 1020. Cassien, Instit., 1. V, 102-103.
leva et offrit à chacun un verre d'eau. Tous refusèrent, par égard pour sa dignité, sauf l'abbé Jean le Nain. « Quand je me lève pour oîffrir de l'eau, dit-il à cette occasion, si tous acceptent, je me réjouis comme quelqu'un qui a reçu sa récompense. J'ai accepté tout à l'heure afin de procurer une récompense à celui qui offrait; j'ai craint qu'il ne s'attristât si personne n'acceptait. » Ces paroles, qui furent trouvées prudentes, montrent que les moines avaient coutume de s'offrir à boire*. A Scété, toujours on disait en prenant la tasse : « Excusez-moi. » Des anachorètes négligèrent cette pratique devant Théodore de Phermé, qui leur adressa une réprimande 2. L'abbé Isaïe recommandait de ne pas imiter les gens du peuple, qui faisaient un bruit spécial avec le gosier en buvant '.
Les fourchettes et les cuillers étaient des ustensiles inconnus. Chacun mangeait avec les doigts, Il n'avait qu'à étendre la main sur sa portion, placée devant liii. A Tabenne, personne ne commençait avant que le plus ancien eût donné le signal *. L'abbé Isaïe voulait qu'on prononçât tout d'abord la formule Benedicite^.
Dans la Congrégation de saint Pakhôme, les supérieurs avaient grand soin d'enseigner aux religieux la manière dont ils devaient se tenir à table &. Tous occupaient la place que leur assignait la date de leur profession. Le supérieur pouvait cependant leur en donner une autre. Ils avaient la tête couverte du capuchon^ de manière à ne pas jeter les yeux sur ce que mangeait le voisin'^. Le silence le plus profond régnait au réfectoire pendant le repas ; c'était une coutume générale en Orient. Celui qui avait quelque chose à demander le faisait par signe s. Le recueillement extérieur aidait le moine à s'entretenir avec Dieu 9. Pour lui faciliter cette tâche, saint Basile ordonna de faire la lecture. Cet usage se répandit promptement en dehors de la Cappadoce 1^.
i. yerba Senioruin, 9ï7.