‹ Les moines d'Orient antérieurs au Concile de Chalcédoine (451) [microform]Chapitre 354 sur 520 · Cassien, Coulât., XIX · texte numérisé non relu

Cassien, Coulât., XIX

Les Tabenniotes ne vendaient pas à n'importe quel moment. Ils attendaient une occasion favorable , sauf en cas de nécessité urgente. Le frère chargé de la vente conduisait toutes les marchandises à la ville. Les chefs d'atelier fixaient eux-mêmes le prix des objets qu'ils lui remettaient ^ Les besoins de ce commerce obligeaient les moines à fréquenter les foires. Mais ce moyen répugnait à quelques-uns; saint Basile ne le permettait qu'à la dernière extrémité. Mieux valait perdre et vendre sur place ou dans le voisinage. Lorsqu'on ne pouvait faire autrement, l'hégoumène y envoyait un groupe de frères, surtout quand la distance était grande 2.

11 en coûtait à certains solitaires de vendre eux-mêmes le travail de leurs mains. L'un d'eux confia sa peine à l'abbé Pisteramon. Des anciens, jouissant de l'estime universelle, lui répondit-il, ne craignaient pas de se déshonorer /par ce moyen s. Des maîtres de la vie ascétique utilisèrent cette disposition, qu'ils reconnaissaient en leurs disciples, pour les soumettre à l'épreuve. Il y en eut un qui envoya un jeune religieux de bonne famille vendre dix corbeilles à la ville, avec ordre de les porter à travers les rues jusqu'à ce qu'il trouvât un acheteur pour les prendre toutes en bloc 4. Les moines ne promenaient pas toujours ainsi leur marchandise. Parfois ils l'étalaient sur la place et ils attendaient, assis ou debout, que les acquéreurs se présentassent f". S'il y avait une grande distance à franchir pour gagner le lieu du marché, on se servait d'une bête de somme. Un ancien de Scété envoya son disciple chercher un chameau dans un village de la vallée du Nil 6. Chaque frère portait habituellement lui-même sa charge. Lorsqu'elle se composait de corbeille^ ou d'objets semblables, il les rattachait ensemble au moyen d'une corde '^.

Les moines évitaient de prendre les allures des commerçants et des industriels séculiers, qui cherchent à tirer de leurs marchandises le plus d'argent possible, au risque de tromper les acheteurs. C'était une bonne coutume parmi eux de vendre toujours meilleur

1. Pacbomii Vita, 27, Paralipomena, 23, Acta Sanct. Mali, t. III, 307, 341.

2. S. Basile, Reg. fus. tract., int. 39, P. G., XXXI, 1018-1020.

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