‹ Les moines d'Orient antérieurs au Concile de Chalcédoine (451) [microform]Chapitre 435 sur 520 · Verbà Seniorum, P. L., LXXllI · texte numérisé non relu

Verbà Seniorum, P. L., LXXllI

" 4. S. Athanase^ Fila S. Ânionii, 54^ P. G., XXVI, 919-922.

5. Pallade, Hist. laits., xxiv, P. G., XXXIV, 1198. S. Athanase, ibid., 59,

moins à craindre ; on les trouvait en Palestine et en Syrie, comme en Egypte et en Thébaide. Le solitaire Malchos, dont saint Jérôme a écrit la vie, l'apprit à ses dépens. Il sortit du désert de Chalcîs, où était sa cellule, pour aller à Nisibe visiter sa famille. Il se joignit à une caravane composée. de soixante-dix personnes de tout âge et de tout sexe. Une bande de Sarrasins les surprit, fit main basse sur tout ce qu'ils portaient et les réduisit eux-mêmes en servitude. Malchos et une femme furent conduits au delà de l'Euphrate et vendus comme esclaves. Leur maître les obligea à se marier. Le moine et son épouse forcée conservèrent intacte leur virginité. Ils réussirent par la suite à reconquérir leur liberté. Malchos revint dans sa solitude de Chalcis, où il raconta plus tard à saint Jérôme les péripéties de son intéressante odyssée '.

Les dangers de toutes sortes qu'offrait la traversée des déserts de l'Orient, effrayèrent plus d'un voyageur et le déterminèrent à rebrousser chemin. Laissons le solitaire qui parle par la bouche de Rufin donner lui-même son impression et raconter les périls qu'il a dû affronter. 11 voulait voir de ses propres yeux les anachorètes de la haute Thébaide, dont on lui avait dit tant de choses extraordinaires. Le courage lui manqua pour aller Jusqu'à eux. Dans le but de se justifier aux yeux de ses lecteurs, il dit que, au cours de son pèlerinage monastique, il s'était trouvé huit fois exposé très gravement. Après avoir marché cinq jours et cinq nuits, il faillit mourir de soif et de fatigue. Il s'était engagé avec ses compagnons de route au fond d'une vallée, où les eaux desséchées d'un étang salé avaient laissé des cristaux assez nombreux, forts et aigus pour déchirer les chaussures et rend're la marche très difficile. Ils eurent beaucoup de peine à en sortir. Un danger tout différent les attendait ailleurs dans une vallée marécageuse et infecte où le sol détrempé cédait sous leurs pas; ils s'y enfoncèrent à mi-corps. Les eaux, pendant une inondation du Nil, les mirent durant trois jours dans l'impossibilité de faire un pas et en péril de mort. Une autre fois, c'était sur les bords de la mer, des voleurs les poursuivirent assez longtemps pour les exténuer de fatigue. Ils faillirent se noyer dans le Nil, faire naufrage sur les eaux d'un lac et devenir la proie des crocodiles dans un étang \ On peut juger par là des surprises que réservaient ces excursions lointaines.

1. s. Jérôme, yUa S. MaJcbi, 4 et s., yicta Sanct. OcL, t. IX, 64-65.

2. Rufin, Hlst. mon. epilogus, P. L., XXI, 460-462. Pallade, Hist. laus., ci, P.G.,XXX1V, 1255.

Les voyages en pays habité inspiraient parfois de la crainte ; ce n'était pas toujours sans raison. De hauts dignitaires de l'Eglise ne parvenaient à franchir de grandes distances qu'en essuyant de nombreuses diificultés et des fatigues pénibles. Saint Cyrille d'Alexandrie se plaint à Jean d'Antioche des souffrances qu'il endura pour se rendre à Ephèse. Quelques évêques furent encore plus majheureux que lui. Les chevaux qui les portaient, épuisés de fatigue;- crevèrent en route 1. Evidemrilent il n'en était pas toujours ainsi. Mais ces faits prouvent que, à cette époque, les longs voyages ne s'effectuaient pas aisément.

Ceux qui circulaient dans la Vallée du Nil n'avaient guère à se préoccuper que de traverser les bras et les canaux du fleuve, ou le fleuve lui-même. Les bateaux ne manquaient pas aux lieux où affluaient les voyageurs. Les moines y prenaient place, mais en se tenant, comme les pauvres, à l'écarté Qiiand ils n'avaient pas de quoi payer le prix du passage, ils n'hésitaient pas à accepter une place au milieu des rameurs et à partager leur laborieuse besogne^, à moins qu'il ne se présentât un moyen de transport gratuit 'i. Ils n'avaient, en dehors de là, qu'à employer le système un peu primitif des fellahs, qui se dépouillent de leur tunique, l'enroulent autour de la tête comme un turban et se jettent bravement à l'eau 5. On en trouvait qui, par un sentiment de délicatesse peu commun en Egypte, avaient honte de voir leur nudité. Les récits hagiographiques, pour recommander ce sentiment de modestie, parlaient avec admiration des moines qui, ayant refusé de quitter leurs habits , s'étaient vu transporter sur la rive opposée 6.

Les frères qui voyageaient ainsi dans les pays cultivés n'étaient pas toujours à l'abri de la soif. En Palestine, par exemple, les

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