ApopMegmata Patrum, P. G., LXV
3. Verba Seniorum, P. L., LXXIII, 809.
lier le malheureux auteur de cette méprise. Simulant la fatigue, il déclara ne pouvoir plus avancer. 11 s'étendit à terre pour prendre du repos jusqu'au matin. Tous suivirent son exemple sans proférer une plainte!. L'abbé Sisoës conseillait d'user, en pareille occurrence, de ces procédés charitables. Un frère lui posait un jour la question suivante : « Si nous sommes en voyage et que le guide vienne à se tromper, faut-il le lui dire ? Le laisserons-nous donc nous égarer.? — Allez-vous prendre" un bâton pour le rouer de coups? j'ai connu des frères qui voyageaient au nombre de douze. Leur guide se trompa de chemin durant la nuit. Les frères, qui s'en aperçurent, gardèrent le silence. Au lever du jour, il reconnut son erreur et leur adressa des excuses : « Nous le savions « bien, lui dirent-ils, mais nous avons préféié nous taire. » Cette attitude, à laquelle il n'était pas habitué, l'édifia grandement ^ »
Ceux qui entreprenaient ainsi un long voyage devaient se munir de provisions abondantes; car il était impossible de trouver au désert le moyen de calmer la faim ou la soif. Les uns les portaient sur leurs épaules; d'autres en chargeaient un chameau ou un âne. Ces précautions ne les mettaient pas toujours à l'abri du besoin. Des frères qui allaient voir saint Antoine conduisaient un âne avec eux. La pauvre bête creva en chemin 3. D'autres, qui faisaient le même trajet, avaient chargé un chameau. L'ardeur du soleil et les besoins des voyageurs épuisèrent le contenu des outres, avant que la caravane eût atteint le but. Saint Antoine, qui était avec eux, fit jaillir miraculeusement une source^ dont l'eau les arracha à une mort certaine. Il n'était pas rare, en effet, de voir de pauvres moines mourir de soif sur les sables brûlants du désert 5.
Les barbares, qui sillonnaient les solitudes de l'Orient, faisaient courir aux voyageurs plus d'un danger. Les brigands n'étaient pas