Ibid
Les tombeaux de quelques martyrs célèbres, et en particulier celui de sainte Thècle à Séleucie, attiraient les moines pèlerins i. Ils se mêlaient volontiers à la foule des pieux fidèles qui avaient la coutume d'accourir de fort loin autour des sanctuaires enrichis de reliques insignes ou élevés en l'honneur des saints.
Quelle pouvait bien être la pensée intime des moines les plus autorisés sur ces pèlerinages lointains ! Cette question vaut la peine d'être examinée. Le motif surnaturel qui les déterminait n'excluait pas forcément les dangers inhérents à toute excursion. Si des saints ont pu les entreprendre avec grand profit pour leurs âmes, faut-il en conclure que leur pratique était utile à tous indistinctement? Tel n'était pas le sentiment général. Le séjour d'une ville sainte, fût-ce Jérusalem, pouvait devenir fort dangereux. Il n'y avait pas que des moines à la fréquenter ou à l'habiter. On y rencontrait des soldats et cette population légère qui afflue dans toutes les vastes agglomérations, comédiens, bouffons, femmes de mauvaise vie, etc. C'est Jérôme, un témoin oculaire, qui fournit ces renseignements. Comme tant d'autres, il avait estimé heureux les hommes qui habitaient ces lieux bénis, mais l'expérience s'était promptement chargée de lui apprendre que, en dehors des souvenirs sacrés de la Passion et de la Résurrection, Jérusalem n'avait aucun attrait pour les moines. La sainteté de la terre que l'homme foule aux pieds ne rend pas ses œuvres plus agréables au Seigneur^. Il n'était pas inutile de tenir ce langage à des solitaires qui auraient cru facilement puiser la vertu dans le sol foulé par Jésus-Christ.
On en trouvait beaucoup qui s'abandonnaient à cette illusion. Saint Grégoire de Nysse tenta d'éclairer quelques-uns d'entre eux. Sans condamner la pratique des pèlerinages, il avoue que l'Evangile n'a jamais ordonné de les entreprendre. La vie et la vertu courent en effet de grands dangers le long des routes et dans les villes. Il n'y a nulle part plus de meurtres qu'en Palestine. Pourquoi donc entreprendre ces longs voyages? Ne trouve-t-on pas, disait-il, aussi bien Dieu et sa grâce en Cappadoce^?
1. Théodoret, Relig. hist., P. G., LXXXII, 1491. Silvie, Peregrinalio, p. 74.