Ibid
dit à son àbbé. « Si tu la rencontres, attache-la avec une corde et conduis-la avec toi », telle fut la réponse de l'ancien. Le jeune religieux obéit à la lettre. La lionne faisait quelques difficultés. « Mon père m'a ordonné de t'attacher », lui dit Jean. Et elle se laissa faire comme un petit chien. L'abbé Paul le vit, à sa grande édification, revenir avec ce terrible compagnon*.
Nous n'avons parlé que' des moines égyptiens. Leurs frères de Syrie n'avaient pas moins de pouvoir qu'eux sur les animaux. Le grave Théodoret en donne des preuves multiples. Les bêtes bénéficiaient autant que les hommes des miracles du reclus Thalélaios^. L'ermite Siméon l'Ancien commandait aux animaux les plus dangereux et les plus indépendants ; ils lui obéissaient avec une docilité parfaite. Des juifs égarés vinrent lui demander de les mettre sur leur route. « Attendez un instant, leur dit-il, je vais vous donner des guides très sûrs. » II les mit sous la conduite et sous la garde de deux lions. « Qu'on ne doute pas de la vérité de cette histoire, ajoute Théodoret; elle est attestée par les propres ennemis de notre foi^ »
Le même Siméon se rendait au mont Sinaï. Il rencontra, dans les déserts qui avoisinent le Jourdain, un solitaire qui lui fit le plus fraternel accueil. Siméon et ceux qui l'accompagnaient écoutèrent son histoire avec grande édification. 11 leur "dit à la fin qu'un frère lui apportait, chaque jour, sa nourriture; au moment où il prononçait ces paroles, un lion se présenta. Sa vue effraya les voyageurs ; l'ermite les eut bientôt rassurés. II prit les fruits que lui portait l'animal et il les partagea avec ses hôtes. Le lion assista tranquille à leur frugal repas *.
Ces faits merveilleux surprennent et, de prime abord, paraissent incroyables. Mais les Orientaux se montrent, pour les admettre, beaucoup moinsdifficiles que nous; c'est, en grande partie, l'effet de leur crédulité naïve. Toutefois leur confiance est loin d'être sans fondement, car la familiarité avec les fauves est restée longtemps une tradition monastique. Le curé Ludolfe, qui fit au quatorzième siècle le pèlerinage des Saints Lieux, affirme que moines et àni-
1 . yerba Seiiiorum, P. L., LXXllI, 755-756. Lqs ÀpopMegmata Patruni racontent le même trait. La lionne est remplacée par une hyène.