CHAPITRE III
Les Moniales
Si les moines furent les successeurs des ascètes, qui avaient maintenu pendant les trois premiers siècles la tradition de la vie religieuse au sein de l'Église, les moniales continuèrent, en la perfectionnant, la vie sainte des vierges consacrées à Dieu. Inutile d'insister sur leur diffusion et. sur leur nombre. Leurs monastères se rencontraient partout dans le monde chrétien, vers le milieu du Ve siècle 1.
Un grand nombre de vierges vécurent encore comme par le passé au sein de leurs familles ou dans des maisons particulières, sans autre obligation que celle de la chasteté 2. Aussi ne peut-on ranger parmi les moniales, durant cette période, toutes les femmes qui ont reçu le titre de vierges. La vie religieuse était, à la vérité, chez la plupart, le complément de la virginité, dont elle exaltait et ennoblissait le caractère. Celles qui unissaient à la noblesse virginale la force de la vie monastique devenaient en quelque sorte plus vierges que les autres. On n'éprouvait pas le besoin de leur donner un autre nom. Aussi les moniales sont-elles généralement appelées vierges.
Toutes, néanmoins, n'avaient pas conservé intacte leur virginité. Les veuves étaient souvent admises à la profession monastique. Théodoret, qui raconte avec tant de plaisir la vénération de sa pieuse mère pour les moines du voisinage d'Antioche et les services qu'elle se plaisait à leur rendre, déclare avec une légitime
1. Théodoret, Religiosa bistoria , c. 50. P. G., LXXXII, 1494.
2. Grég. Naz., Carmen ad Hellemunt; v. 357-261. P. G., XXXVII, 1140.
satisfaction qu'elle-même embrassa la vie religieuse i. La sœur de saint Basile, Macrine, se donna la noble tâche de gagner sa mère à la perfection religieuse, lorsqu'elle eut rempli tous ses devoirs envers ses enfants. Ce ne fut pas la seule veuve du monastère ^ Plus d'une riche matrone se fit couper la chevelure et consacra le reste de ses années au service du Seigneur". Saint Jérôme en détermina plusieurs à quitter la ville de Rome et à venir cacher leur veuvage dans les monastères de Palestine.
Quelques vierges se firent accompagner par de jeunes femmes attachées à leur service. La vie religieuse unissait ainsi dans les liens de la fraternité la plus étroite la fille des patriciens illustres et sa pauvre esclave. Jérôme recommandait instamment à Eustochium de ne pas s'élever au-dessus de sa petite servante, si elle la suivait au monastère ; agir ainsi eût été un acte d'orgueil répréhensible. N'auront-elles pas, en effet, le même Époux? Ne chanteront-elles pas ensemble les mêmes psaumes ? Ne recevront-elles pas en même temps le même corps de Jésus-Christ? Pourquoi, dès lors, établir entre elles une distinction^. Une jeune et noble Cappadocienne, sainte Macrine, aimait à voir prendre place au milieu de ses filles spirituelles et de ses sœurs les femmes attachées au service de sa mère 5,
Sainte Paule suivait une ligne de conduite toute différente dans son monastère de Bethléem.. Elle craignait que la présence d'une ancienne servante auprès d'une moniale de noble extraction ne fût pour celle-ci un sérieux obstacle. Ses assiduités ne la ramèneraient-elles pas, en effet, insensiblement aux faiblessse de sa vie mondaine? Combien de bavardages inutiles! Combien de choses incompatibles avec la gravité de la vie monastique 6!
Comme on devait s'y attendre, le monachisme se développa simultanément chez les hommes et chez les femmes. Moines et moniales rivalisèrent de zèle dès les premières années de leur histoire. II arriva même qu'un patriarche de la vie monastique eut, pour étendre son action sur les femmes, le concours de sa propre sœur. Cela commence avec saint Antoine. En embrassant