‹ Les moines d'Orient antérieurs au Concile de Chalcédoine (451) [microform]Chapitre 77 sur 520 · Isaïe, Oratio, P. G., XL · texte numérisé non relu

Isaïe, Oratio, P. G., XL

2. Cassien, Instit., liv. III-IV, p. 39. Conlat., II, p. 604.

entre eux une certaine classification. Toutefois, il ne faudrait point se faire d'illusion et croire que l'on peut faire entrer tous les monastères dans les cadres d'une distribution méthodique, comme cela est possible avec les Ordres religieux qui existent actuellement.

Le groupe qui se présente le premier a son centre dans la basse Thébaïde. Il est le plus ancien et peut-être celui dont l'influence a été la plus considérable. Il doit sa célébrité au saint qui fut son fondateur et son législateur, Antoine le Grand, patriarche de la vie érémitique. Né en 251, vers le temps où saint Paul, le premier ermite, s'enfonçait dans le désert, il avait lui-même une vingtaine d'années quand il embrassa la vie ascétique auprès de son village natal. La prière, le travail, la lecture et la mortification rapprochèrent son âme de Dieu ; afin de s'unir à lui plus intimement encore, il s'éloigna dans la solitude et choisit un tombeau pour demeure. Puis il s'avança de nouveau dans le désert, où il rencontra un château ruiné qui lui servit d'habitation pendant vingt ans. Ce fut alors que les disciples vinrent en foule se placer sous ses ordres ; il les gagna à la pratique de la perfection chrétienne. Ses vertus, ses austérités^ ses luttes contre l'esprit mauvais et son admirable sagesse lui assuraient sur tous ces hommes un empire incontesté. Il les a marqués de son empreinte. Et cette empreinte s'est en quelque sorte transmise par eux au monachisme tout entier. Aussi les religieux de tous les pays le peuvent-ils regarder comme leur ancêtre et leur patriarche. Cette influence extraordinaire, autant et plus peut-être que ses miracles, ont valu à saint Antoine le titre de Grand.

Antoine fut ermite ; ses disciples immédiats ~ restèrent ermites. Il ne chercha jamais à établir parmi eux une hiérarchie quelconque, ni à laisser après lui la moindre organisation monastique. Former ses disciples à son image, leur tracer une ligne de conduite conforme à la sienne, -telle fut son œuvre. Ses actions, sa vie tout entière, inculquaient à ceux qui le voyaient ou qui entendaient parler de lui les saines notions de la vie religieuse avec plus de force que tous les discours. L'homme qui, par son ardeur à défendre l'orthodoxie, par son courage en face de ses ennemis et par son inaltérable patience sous les coups de la persécution, attira le plus

l'attention de ses contemporains, saint Athanase, ne crut pas faire œuvre inutile en rédigeant la vie du moine de la Thébaïde dont il avait été l'ami dévoué et le sincère admirateur. Son rôle ne fut pas seulement celui d'un biographe. 11 visait plus haut. On ne se méprit pas alors sur ses intentions.

Athanase dédia la Vie de saint Antoine à des religieux italiens. « Je sais, leur écrivit-il, que, après avoir conçu pour cet homme une vive admiration, vous désirerez imiter son genre de vie. Sa vie est, en effet, un modèle que l'on peut proposer à l'imitation des moines 1. » « Lisez-la donc à d'autres frères, leur disait-il en terminant, afin qu'ils apprennent ce que doit être la vie des moines ^ » Ce sont les préceptes mêmes de la vie monastique que le patriarche d'Alexandrie a promulgués sous une forme narrative 3 ; aussi est-il devenu avec son livre le législateur des moines ^. Cette vie fut, 'iu dire d'un écrivain moderne, comme l'évangile du monachisme. Ce fut un code en actions 5. M. Thamin, à qui nous empruntons ce jugement, va même, dans l'enthousiasme que lui inspirent saint Antoine et son biographe, jusqu'à dire que l'influence de cette œuvre su'r la morale chrétienne a été la plus grande après celle du Christ. La vie de saint Antoine fut donc, dans un sens large, accepté de tout' le monde alors, une règle monastique. Saint Athanase la rédigea en 365. Cinq ans plus tard, le prêtre Evagre, qui avait accompagné saint Eusèbe de Verceil en Italie, en fit une traduction latine.

Nous avons en outre une règle qui porte le nom de saint Antoine. Elle nous est parvenue dans deux textes ; le premier inséré par saint Benoît d'Aniane dans sa précieuse collection, et le second traduit de l'arabe par le maronite Echel^. Ils dérivent d'une même source. Les variantes qu'ils présentent n'en modifient guère le sens. Toutefois, la version d'Echel est plus claire. Les deux textes sont distribués d'une manière différente. Voilà pourquoi le premier compte quarante-huit articles, tandis que le second en a quatre-' vintgs. L'auteur entend bien rédiger une règle et intimer des ordres. Ses phrases courtes sont de véritables sentences. Mais il cherche

Page 1