VIII, IX, X, XI, XII, XIII
2. Alla Patrumad monachos, P. L., CllI, 441-444; P. G. XXXIV, 977.
3. Tertia Patrum Régula ad monachos, P. L., Clll, 443-446; P. G., XXXIV, 979-983.
4. Beati Isaiœ Àbbatis prcecepta seu consilia LXyiII posita iiro tribus in monacbaiUj P. L., Clll, 427.
82 LEE MOINES d'ORIENT
présentent aux ermites des maximes et des préceptes de morale pour les aider dans le travail de leur sanctification.
En somme, nous n'avons pas trouvé jusqu'ici de règle proprement dite dont l'authenticité soit indiscutable. La Vie de saint Antoine et les documents hagiographiques ou autres de cette époque reculée fournissaient aux moines des éléments précis pour fortifier et assurer la tradition qui se transmettait de bouche en bouche. Mais il en va tout autrement avec saint Pakhôme, le chef et le législateur des groupes monastiques de la haute Thébaïde. Il naquit en 292. Ses parents étaient païens. Vingt ans plus tard il fut enrôlé dans l'armée de Licinius. La charité que les chrétiens de Thèbes lui témoignèrent, ainsi qu'à ses compagnons d'armes, lui inspira pour leur religion un profond respect et le désir de l'embrasser lui-même, dès que la chose lui serait possible. Ge qui arriva peu de temps après. Il reçut le baptême dans l'église voisine du désert de Schénési (314) et se fit ensuite le disciple de l'abbé Palamon. Quelques années plus tard, il s'éloigna de son maître pour fixer son séjour sur les bords du Nil, en un lieu nommé Tabenne. C'est là que se réunirent autour de lui les premiers cénobites connus. Leur nombre s'accrut considérablement, et force lui fut d'établir ailleurs en Thébaïde d'autres monastères, où l'on mena le même genre de vie.
Les besoins de régler et d'organiser les monastères, les occupations de leurs habitants et leurs relations mutuelles se firent bientôt sentir. Le fondateur établit un corps de lois où tout était prévu dans la mesure du possible, de manière à éviter toute confusion et à consacrer par la force de l'obéissance la vie des individus et le fonctionnement de la communauté. Cette législation ne jaillit pas tout d'une pièce de l'esprit de saint Pakhôme. Elle fut l'œuvre du temps et de l'expérience. Il rédigea chaque règlement lorsque la nécessité se fit senfir. Les arficles s'ajoutèrent ainsi les uns aux autres sans enchaînement logique. Il n'y avait rien d'absolu dans ses déterminations. Toutes les fois que l'expérience lui montrait l'utilité de prendre une décision nouvelle, d'en modifier ou compléter une prise antérieurement, il n'hésitait jamais. On peut même retrouver les traces de ce travail de perfectionnement
dans les répétitions et contradictions que manifeste l'examen du texte de ses règles.
La Vie de Pakhôme.nous le fait voir, à la suite d'une conférence motivée par une vision du démon de l'impureté préparant des embûches aux frères , promulguer des règles destinées à rendre plus facile la conservation de la chasteté i. Chose digne de remarque : les modifications apportées aux règlements primitifs tendent la plupart du temps à en atténuer la rigueur. En voici un exemple : au début, le fondateur de Tabenne, préoccupé par le désir d'arracher ses moines au souvenir du monde et aux liens de la famille, ne leur permettait même pas de recevoir la visite de leurs plus proches parents. Comme ces derniers ne cessaient point de venir au monastère, leurs instances et leurs plaintes finirent par importuner les frères. Pakhôme comprit que mieux valait se relâcher un peu de sa rigueur et permettre aux moines des visites et des conversations qui n'avaient rien de blâmable. « Toute chose est bonne en son temps, dit-il, car nous suivons un chemin sévère et difficile. Nous faisons plus qu'il n'est écrit dans les Ecritures; maintenant je vous apprendrai ce que nous devons faire : c'est d'aller et de marcher un peu avec les gens du dehors ^ »
C'est ainsi que l'expérience lui montra les grands avantages de la discrétion. 11 a su, du reste, tempérer tout l'ensemble de sa législation monastique de. telle sorte qu'on peut, surtout si on la compare avec la vie des moines égyptiens de cette époque reculée, considérer sa règle comme la plus douce et la plus modérée. Il ne veut « aucun excès , soit dans le travail , soit dans la prière , soit dans les privations ^ ».
Pakhôme exerçait une vigilance continuelle pour obtenir une exacte observance de la règle. Aucune transgression ne lui échappait. Tous les jours, il entretenait ses religieux des prescriptions qu'il leur avait données; il en expliquait le sens, il en montrait l'utilité. Ses exemples étaient la meilleure explication de ses paroles. Aussi l'un de ses successeurs, Théodore, pouvait-il dire : « Par lui nous connaissons la volonté de Dieu, jusqu'à la manière dont il faut que nous élevions les mains en haut en priant Dieu. Il nous a tout appris^. »