Pallade, //isf. /aws., 19-20. P. G., XXXIV
renommée porta jusqu'à ses oreilles le nom et les œuvres de saint Antoine (306). Malgré son jeune âge, il n'avait que quinze ans, il s'en alla dans la Thébaïde écouter les enseignements de ce grand docteur de la solitude. Après avoir passé deux'mois sous la conduite d'un pareil maître, Hilarion reprit le chemin de son pays natal, où il devint avec le temps le père et le chef de tout un peuple de moines. Il leur prescrivit, en y ajoutant quelques observances un peu plus rigoureuses, les règles qu'il avait lui-même suivies auprès de saint Antoine!.
Les moines de Nitrie, qui appartenaient également à la grande famille antonienne, ont vu se développer la tradition monastique qui leur venait de cette source vénérable. Pallade fait connaître l'organisation de ce groupe monastique, l'un des plus considérables qui aient existé. La règle avait un certain nombre de points nettement déterminés, qui obligeaient' tous les membres de cette immense communauté (elle se composait de cinq mille moines). Mais une grande liberté était laissée à chacun pour les pratiques purement personnelles, jeûne, abstinence, prières privées, etc.«
Le désert voisin dé Scété, dont les religieux comptaient parmi les plus fervents de l'Egypte, se rattachait également à saint Antoine, par son fondateur Macaire l'Égyptien. Comme à Nitrie, on tenait grand compte de la ferveur et des aspirations de chaque solitaire. De là une étonnante variété dans l'observance 3. On en trouve un reflet assez fidèle dans les l^erha seniorum et les Apophtegmaia Patrum, qui rapportent surtout les traits édifiants et les maximes pieuses des moines de cette solitude *.
Il nous est parvenu un certain nombre de règles anciennes qui se rattachent aux déserts de Scété et de Nitrie par le nom des
1 . Bivàrio a réuni tous les passages de sa Vie, écrite par saint Jérôme, qui se rapportent à la discipline monastique. De veteri monachaiu, 1. IV, i, t. II, 1-5. Cf. De Buck, Observationes in Vita S. Hilarionis, Act. SS. Oct., t. IX, 30-34, qui essaie à son tour de donner une idée des pratiques inculquées par saint Hilarion à ses nombreux disciples.
2. Pallade, Hist. laus., P. G., XXXIV, 1022. Bivario a donné un exposé assez complet des observances de Nitrie, en puisant ses renseignements dans saint Jérôme, Pallade et Rufin, ibid. Cf. Tillemont, VII, 155-165.
3. Sozomène, Hist. ecch, 1. VI, 31, P. G., LXYII, 1587-90; Pallade, Hist. laus., XIX, P. G., 1046.
4. Bivario a recueilli dans le premier de ces ouvrages, dans Cassien, qui a fait un long séjour a Scété, dans Rufin, dans Pallade, des renseignements nombreux sur là règle de ces moines, De veteri monachatu, 1. III, c. v, 82, t. I, 245-56.
auteurs à qui elles sont attribuées. Saint Macaire d'Alexandrie en aurait écrit une^, qui se compose de trente articles. Elle recommande la charité, l'humilité, la soumission intérieure, l'amour du travail, le silence, les veilles, la correction fraternelle. On y trouve indiquées plusieurs observances rnonastiques, telles que la distribution de la journée entre la prière et le travail, la discipline régulière, la défense de sortir seul, les jeûnes du mercredi et du vendredi, la lecture de la règle aux postulants.
Mais cette règle ne saurait être légitimement attribuée à saint Macaire. Pourquoi, en effet, s'il en était l'auteur, saint Jérôme, Rufm, Pallade, Cassien, qui transmettent avec tant de fidélité ce qu'ils savent de lui, n'y font-ils pas la moindre allusion? Comme la règle de saint Antoine, elle est l'œuvre d'un moine qui vécut plus tard. 11 a dû mettre à contribution ce qu'il savait de Macaire; on y reconnaît plusieurs emprunts faits à la lettre de saint Jérôme à Rusticus\ Il faut voir des compilations du même genre dans les règles dites des Pères. Elles sont au nombre de trois. La première^ aurait été composée dans une réunion de trente-huit abbés qui se seraient rassemblés afin de fixer le genre de vie que les moines devaient mener. Parmi eux se trouvaient des hommes d'une très grande autorité, les deux Macaire, Sérapion, Paphnuce. Ils prirent
1. Elle a été publiée par le Jésuite Roverius dans son I-Iistoriamonasterii S. Johannis Reomensis in tractatu Lingonensi, Paris, 1637, in-4°, 693 p., p. 24, d'après un ms du Bec, et reproduite par Holstenius dans son Codex Regularum, P. G. XXXIV, 867-970. Bivario l'a donné d'après un ms de l'abbaye de Cardena {De veteri monachatu, t. 1, 218-220). Peut-être les connaissait-on à Lérins. S. Benoît lui a fait plusieurs emprunts fort courts.
2. Cf. Bulteau, 1. 1-9, p. 139-140. Tillemont (t. VIII, 618 et 809) est porté à la croire authentique. Les deuxième et troisième règles des Pères, dont il va bientôt être question, lui ont fait de nombreux emprunts. La troisième surtout semble n'être qu'un extrait de celle de Macaire. Le tableau suivant permettra de mieux saisir les relations de ces règles entre elles :
1° Macaire 2° Patrum 3° Patrum
3. Sandorum Patrum Serapionis, Macarii, Paphnutii, Macarîi àlierius régula admonachos, P. L., Clll, 433-442; P. G., XXXIV, 971.
LES RÈGLES MONASTIQUES 8l
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successivement la parole et formulèrent leur pensée. Les membres de l'assemblée se rangèrent tous à leur avis. Sérapion parla le premier de la vie cénobitique, de l'union fraternelle, de l'autorité de l'abbé, de l'obéissance religieuse. On trouve ce qu'il dit dans les chapitres deuxième, troisième et quatrième. Les quatre suivants sont du premier Macaire et se rapportent à la direction spirituelle que l'abbé doit à ses moines, à l'office divin, aux novices, à la réception des hôtes. Paphnuce traita des jeûnes, du travail, du soin des malades et des officiers. Le second Macaire s'occupa de l'union qui doit exister entre les monastères, de l'hospitalité due aux clercs et de la répression des coupables. II y a en tout seize chapitres.
Cette règle est faite pour des cénobites. Elle s'adresse aux abbés plus encore qu'aux moines. L'auteur |é,vite les détails minutieux. Il pose en termes précis des principes clairs, basés sur l'Ecriture et dont l'application est très facile. Ces points malheureusement sont peu nombreux. Impossible d'organiser avec leur seul secours un monastère. Il fallait, à côté de ce texte écrit, une tradition orale qui réglât l'ensemble des observances. Tout, d'après cette règle, repose sur l'abbé i (Pater qui prceest).
La seconde^ est également faite pour des cénobites. Les sept articles dont elle se compose semblent être le complément de la précédente. Il y est question du silence, de la subordination entre les frères, de la discipline régulière, du travail et de l'oraison. Elle suppose une organisation de l'office divin. L'auteur s'est servi de la règle de saint Macaire. Pour accréditer son œuvre, il la présente comme le fruit des délibérations de plusieurs abbés, réunis pour dissiper toute hésitation dans le gouvernement des moines et pour faciliter la fusion des cœurs. Nous ne dirons rien de la troisième^, qui est d'une époque postérieure et pourrait bien être l'œuvre de quelque moine latin.
Quant à celle de l'abbé Isaïe, elle est presque complètement tirée de ses discours^. Les soixante-huit articles qui la composent
1 . s. Benoît s'est inspiré de cette règle des Pères, spécialement des chapitres vu,