Evagre^ Captta practica,y\. P. G., XL
était exposé soit à faire des pénitences indiscrètes, soit à s'abandonner à une mollesse coupable. Ces deux excès sont aussi préjudiciables l'un que l'autre i.
Du jour où un chrétien entrait dans un monastère ou se plaçait sous la conduite d'un ancien pour mener la vie religieuse, il contractait l'obligation de vivre sous le joug de la règle 2. Ceux qui vivaient dans la solitude sans compagnon se croyaient astreints au genre de vie qu'ils avaient une fois adopté^. Lorsque Cassien et son ami Germanus visitèrent les moines d'Egypte, l'abbé Piamon leur recommanda instamment de suivre en toute simplicité les observances des solitaires au milieu desquels ils vivaient. Cela les instruisait plus que toutes les discussions et toutes les conférences ^.
C'est la règle tout entière qu'il , fallait observer jusque dans ses moindres détails. Saint Pakhôrne insiste fort sur cette obligation s. Pour enlever aux moines l'excuse de l'oubli, la règle des saints Sérapion, Macaire et Paphnuce demande qu'on la lise tous les jours devant eux 6.
Les scandales que donnaient alors les religieux affranchis de toute règle et livrés à tous les caprices de la volonté propre faisaient comprendre aux chefs des groupes monastiques la nécessité de revenir souvent sur une pareille obligation"^. Mais les règles s'imposaient-elles au point que personne ne pût ni ajouter ni retrancher la moindre observance particulière? On n'aimait généralement pas les exceptions, quelle qu'en fût la nature. Saint Siméon Stylite l'apprit à ses dépens. 11 habitait le monastère de l'abbé Héliodore. Ses jeûnes et ses austérités extraordinaires choquaient les religieux. L'un d'entre eux se plaignit à l'abbé : « Cet homme, lui dit-il, veut bouleverser ' notre monastère et détruire la règle que nous tenons de vous. » Héliodore finit par lui conseiller ou de suivre la vie commune ou de se retirer. Siméon préféra prendre ce dernier partie.