S. Basile, Epist. 223, P. G., XXXII
2. S. Jérôme, yUa sancii Hilarionis, i. Ada Saiicioruin, Oct., ix, 44.
Jamais saint Antoine ne manqua roccasion de fortifier par l'éloquence de ses conseils l'attrait que sa vie extraordinaire avait pour les cœurs d'élite. Son exemple fut suivi par tous les grands solitaires de cette époque. Tous croyaient honorer Dieu et servir les âmes en se faisant les apôtres delà vie monastique. Saint Epiphane recommandait aux moines Matidios et Tarsinos, qui remplissaient à Suédres les fonctions sacerdotales, de faire tout ce qui dépendait d'eux pour communiquer aux autres leur amour de la vie religieuse et leur désir de posséder la perfection chrétienne i. « Les chasseurs, écrivait Théodoret au sujet des nombreuses vocations déterminées par Julien Sabbas, se servent du chant d'un oiseau pour en attirer des multitudes d'autres qu'ils prennent tout à leur aise. Les hommes s'attirent aussi les uns les autres; il en est qui le font pour le mal, et il en est qui le font pour le bien 2. »
Les correspondances monacales parvenues jusqu'à nous renferment des preuves multiples de ce zèle pour la vocation religieuse. On les trouve fréquemment sous la plume de saint Nil et de saint Isidore de Péluse. Mais personne ne montra plus d'ardeur que saint Jérôme. Il aurait voulu attirer à sa suite tous ceux qu'il honorait de son estime et de son affection. Les femmes n'e't lient pas les seules qui répondissent à ses pressantes exhortations. Même après quinze siècles de distance, quelques-unes de ses lettres n'ont rien perdu de leur flamme communicative.
Les voyages que les moines entreprenaient leur fournissaient un excellent moyen de gagner des âmes. Les vertus de la solitude les accompagnaient dans le monde et exerçaient leur empire. Les deux Macaire faisaient route ensemble. Il leur fallut traverser le Nil sur un bateau où avaient pris place plusieurs officiers. Les solitaires se tenaient modestement à l'écart. Un passager qui les aperçut s'approcha d'eux pour les féliciter du genre de vie qu'ils avaient embrassé. « Que vous êtes heureux, leur dit-il, de pouvoir vous moquer du siècle et de n'avoir rien à lui demander, si ce n'est un misérable vêtement et une nourriture des plus frugales ! — Tu dis vrai, répondit l'un des Macaire, ceux qui suivent Dieu se moquent du monde, tandis que c'est le monde qui se moque de vous. Vous nous faites pitié. » Ces paroles si pleines d'une sainte fierté émurent profondément le soldat. Dès qu'il fut rentré chez lui, il