Zozime, AUoqiiia, 11, P. G., LXXVIII
3. Episcopi Ammonis epistola ad Theophihim, i. Acta Sanct. Maii, t. III, p. 347-349-
Saint Jean Chrysostome, ami des moines et moine lui-même, qui, soit à Antioche, soit à Constantinople, publiait si fréquemment son enthousiasme pour la vocation religieuse, faisait ressortir les avantages du détachement du monde et des biens, parlait de la beauté de la vertu et de la laideur du vice en termes si éloquents, qu'il suffisait de l'entendre pour se décider à rompre les liens du siècle, et à fuir dans la solitude. Il n'hésita pas à couvrir de son autorité la propagande monastique des solitaires syriens. Les parents et les amis de ceux qui, sur leur invitation, abandonnaient le monde, païens pour la plupart, voyaient de fort mauvais œil le succès dont leurs efforts étaient couronnés. Le chagrin que leur causait le départ d'un fils ou d'un ami se transformait aisément en colère et en haine. Des hommes libres qui renonçaient à une existence honorable et facile pour se condamner aux labeurs et aux austérités de la vie solitaire devenaient à leurs^yeux des insensés, et les propagateurs d'une pareille folie devaient être traités comme les plus dangereux séducteurs de la jeunesse. De tels sentiments, on le conçoit, auraient facilement déchaîné une violente persécution et fait de nombreuses victimes. Saint Jean Chrysostome essaya d'écarter ce malheur en éclairant l'opinion publique par la publication des trois livres contre les adversaires de la vie monastique i.
L'action directe de l'homme ne se manifeste pas également dans toutes les vocations. Des circonstances extérieures, indépendantes de toute volonté humaine, viennent maintes fois prendre un individu comme par la main et le conduisent hors du monde. C'est ce qui advint à saint Paul, premier ermite. En gagnant la solitude, il se préoccupait avant tout d'échapper aux périls qu'une dénonciation de son beau-frère aurait pu lui faire courir durant la persécution de Dèce. On ne voit pas qu'il ait obéi à une pensée surnaturelle. Son biographe, saint Jérôme, qui s'en est rendu compte, essaie de montrer comment Dieu se servit des événements extérieurs, Paul, faisant d'une nécessité vertu, accepta librement son
I. Saint Jeun Chrys. y Âdversîts oppugnaiores eontin qui ad moitasticam vitam inducuui, P. G., XLVII, 319-386.
séjour au désert; la solitude finit par lui devenir agréable, si bien qu'il s'y enfonça toujours plus avant jusqu'à ce qu'il eût enfin trouvé au pied d'une montagne rocailleuse une source, un palmier et une caverne , tout ce dont il avait besoin pour vivre et se logera • .
Saint Grégoire de Nazianze n'oublia jamais la manière dont la Providence le conduisit à la vie religieuse. Sa mère n'avait pas attendu sa naissance pour le consacrer au service de Dieu^ Plus" tard , quand il faisait la traversée d'Alexandrie à Athènes , une violente tempête assaillit le vaisseau qui le portait. Les matelots affirmaient n'en avoir jamais essuyé de pareille. Tout espoir semblait perdu. Grégoire de Nazianze, plongé dans une profonde tristesse, s'affligeait, non de perdre la vie, mais de mourir sans avoir reçu la grâce du baptême. Il fit au Seigneur le vœu de se consacrer à son service s'il échappait à ce péril imminent. Sa prière^ fut entendue. Le vent tomba, la mer retrouva son calme habituel, et la traversée se finit heureusement 3. Grégoire, de retour en Cappadoce après avoir terminé ses études, tint sa promesse et embrassa la vie monastique 4.
De violentes tentations inspiraient parfois à un jeune homme la crainte de ne pouvoir sauver son âme au milieu du monde et le désir de se vouer loin de ses plaisirs à la recherche de la perfection évangélique. Ce fut le cas d'Evagre du Pont. 11 remplissait à Gonstantinople les fonctions de diacre. Sa science et sa vertu lui conciliaient l'estime générale. Une femme du plus haut rang s'éprit pour lui d'un amour coupable. Afin d'échapper à ses poursuites, il quitta la cité impériale et chercha un refuge en Palestine. Sainte Mélanie, qu'il eut l'avantage de rencontrer à Jérusalem, lui promit la guérison d'une maladie dont il était affligé s'il consentait à embrasser la vie religieuse. 11 suivit ce conseil en se rendant au monastère de Nitrie, où sa doctrine et sa sainteté lui donnèrent place parmi les solitaires les plus en renom s.
On vit des hommes qui jusque-là buvaient abondamment à la coupe du plaisir changer de conduite après un grand malheur,
1. Saint Jérôme, Vila sancti PauU, 1. VI, P. L., XXIII, 20-21.
2. Saint Grégoire de Nazianze, Poema XI de seipso, v. 72, P. G., XXXVII, 1034. . 3. Id., Poema I de seipso, v. 307-327, ibid., 993, Poema XI, v. 130-207, ibid.,
1038-1044. Oraiio iSfunebris in Pairem, P. G., XXXV, 1037-1026.