‹ Les moines d'Orient antérieurs au Concile de Chalcédoine (451) [microform]Chapitre 98 sur 520 · Pallade, Hist. laiis. LXXIXVI, P. G., XXXIV · texte numérisé non relu

Pallade, Hist. laiis. LXXIXVI, P. G., XXXIV

n'éprouver que du dégoût pour les jouissances de la vie, chercher une retraite profonde et , à la surprise de ceux qui les avaient connus, mener l'existence grave des philosophes chrétiens, c'est-àdire des moines. La ville d'Antioche fut le théâtre de quelquesunes de ces transformations. La vie pénible de ces convertis et leurs veilles prolongées édifiaient tout le monde. Sur les montagnes où ils s'étaient retirés, ou dans les cellules qu'ils s'étaient bâties auprès des tombeaux abandonnés, la terre nue leur servait de couche; leur silence était rigoureux; ils jeûnaient, ils s'imposaient de rudes pénitences. L'humilité et la charité qu'ils montraient en toutes circonstances leur conciliaient la vénération générale'.

La solitude offrait encore un asile au pécheur désireux de se réhabiliter dans les larmes et le repentir. Le diacre Sabinien avait commis des fautes très graves. Saint Jérôme, qui lui prêchait la pénitence, l'exhorta à revêtir un cilice, à se couvrir de cendre et à se renfermer dans un monastère pour pleurer ses péchés et calmer la colère divine ^ Sa voix ne fut malheureusement pas écoutée. Rufm parle de la conversion d'un jeune homme qui se fit moine en Thébaïde après avoir scandalisé toute une ville par ses désordres 3.

La vocation d'un abbé Macaire, qu'il ne faut pas confondre avec ses deux célèbres homonymes, fut assez extraordinaire. Pendant qu'il conduisait les chameaux qui transportaient le nitre du lac de Natroun dans la vallée du Nil, il lui arriva plus d'une fois de dérober de cette matière, dé la vendre et de garder l'argent pour lui. Lorsque les surveillants s'en apercevaient, ils lui infligeaient de vigoureuses bastonnades. Il eut un jour le malheur de tuer accidentellement l'un de ses compagnons. La peine qu'il en ressentit le détermina à embrasser la vie monastique. Les aventures qu'il avait courues dans le monde n'étaient pas ignorées des solitaires, qui les lui rappelaient quelquefois. Son humilité sut toujours tirer profit de ces souvenirs humiliants ^.

Les ApopUegmata Patmm citent l'exemple d'un abbé Apollo, qui habitait le désert de Scété. Il avait été berger avant de se faire moine. La société des animaux ne pouvait guère adoucir sa nature violente et sauvage. C'était un vrai Bédouin. Sa fureur allait parfois

1. Saint Jean Chrysostome, De compimctione, 1, i, P. G., XLVIl, 408-409.

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