VIII PREFACE
notre pays et qui ont exercé sur ses destinées morales l'influence la plus décisive. S'il ne notis est pas donné de contempler tout ce qu'elle fut et tout ce qu'elle fit, ce que nous en savons est au moins le souvenir fidèle de sa réalité.
L'observateur découvrira, sous les traits un peu confus que noiis avons pu relever, les caractères principaux que la vie monastique a toujours eus en France. Son unité essentielle se manifeste avec une évidence saisissante. Comme toutes les institutions, elle a eu son enfance et sa première jeunesse. C'est le développement correspondant à cet âge, que nous allons étudier pendant la période gallo-romaine et mérovingienne. Il faut s'attendre à lui trouver les lacunes et les exubérances incohérentes, propres à tous les débuts. Ce sont les défauts de jeunesse, que le temps se charge toujours de corriger. On finit, en les examinant, par leur découvrir une raison d'être et un intérêt qui captive.
Les changements sont fréquents et rapides durant l'enfance et la jeunesse, qu'il s'agisse des hommes ou des institutions. La période de l'histoire monastique, qui fait l'objet de cette étude, n'embrasse pas moins de trois siècles ; c'est une longue jeunesse, pendant laquelle les moines et les monastères ont traversé dans leur évolution des phases très diverses. Il en résulte une variété extraordinaire dans les manifestations d'une vie qui reste cependant la même partout et chez tous. Mais ces
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manifestations veulent être connues et appréciées. Il nous faut, pour cela, les voir au milieu des circonstances qui les ont fait éclore et aussi disparaître ; nous devons, en d'autres termes, localiser dans le temps et le lieu les actes et les paroles des moines.
Une distribution chronologique des matières s'impose donc à nous. Quatre périodes suffisent pour répondre aux exigences de notre sujet. La première, qui sera la moins fournie, s'étend sur le IV° et le V« siècle et embrasse l'action monastique personnelle de saint Martin. La deuxième, qui va du commencement du V^ siècle jusque vers le milieu du VI", a pour théâtre le sud-est de la Gaule ; Saint- Victor de Marseille avec Cassien, Lérins et Arles sont les principaux foyers de vie religieuse, qui l'éclairent. La troisième, dont les héros ont surtout vécu dans le centre et l'ouest de la Gaule, ne franchit guère les limites du Vie siècle. La quatrième, qui commence avec saint Colomban pour finir vers le temps de l'invasion musulmane, sous Charles Martel, s'étend davantage vers l'est et le nord. Cette dernière période est de beaucoup là plus riche en hommes et en faits intéressants. Le fonds commun, qui se retrouve dans chacune de ces phases, aura pour conséquence une certaine uniformité. Nous pourrons atténuer cet inconvénient, sans toutefois le faire disparaître ; il est trop dans les faits eux-mêmes.
Le lecteur se ferait une singulière illusion, s'il comptait trouver chez les moines et dans les monastères de
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la même époque et de la même région une uniformité quelconque d'observances. On ne saurait concevoir i^ne diversité plus grande que celle qui régnait alors. Nous en faisons la remarque une fois pour toutes. Il lie faudrait donc point conclure de la présence d'un usage dans un groupe de moines ou dans un certain nombre de monastères à une coutume générale admise par tous. Cette réverve s'impose même pour les décisions conciliaires.
On discerne aisément à travers cette diversité assez anarchique quelques points essentiels, qui se perpétuent et sont de partout. Ce sont, par exemple, avec la pratique de la chasteté, de la pauvreté et de l'obéissance, la fixité dans l'état religieux, la séparation du monde par un costume distinct de celui des séculiers et par ime habitation séparée, un régime austère, l'application an travail, la récitation des psaumes à des heures déterminées. Avec le temps et le développement de l'institution monastique, les règles se préciseront; les plits parfaites étendront leur domaine d'année en année. L'ordre monastique cherchera ainsi en tâtonnant l'organisation qui lui convient. Nous en serons les témoins pendant le Ylh siècle. Par les règles écrites, les usages adoptés dans tel ou tel monastère, sous le gouvernement d'un abbé législateur, se communiqueront de proche en proche et donneront aux moines le grand bienfait de l'unité dans l'observance religieuse.