CHAPITRE UNIQUE
Saint Martin et les premiers Moines gallo-romains.
Vocation monastique de Martin. — Règle monastique. — Martin à l'école d'Hilaire de Poitiers. — Monastère épiscopal de Marmoutier. — Moines clercs et apôtres. — Vocation de Paulin de Noie et de Sulpice-Sévère. — Recrutement de Marmoutier. — Monialesi — Vêtement. — Pauvreté religieuse. — Régime alimentaire. — Monastère.
A VIE monastique fit dans la Gaule une apparition tardive. Mais la rapidité de son extension, le nombre et la vertu de ses adeptes et l'influence qu'ils acquirent lui assurèrent bientôt une place très honorable au milieu de la société chrétienne, si bien que les moines gallo-romains et francs égalèrent vite les moines orientaux ; ils finirent même par jouer un rôle auquel ceux-ci ne furent jamais appelés.
L'Orient a vu toute une littérature éclore autour de ses solitudes et de leurs habitants : récits hagiographiques, traits édifiants, enseignements spirituels et règles religieuses, qui permettent à l'historien de reconstituer la physionomie de ses moines et de la vie qu'ils menaient. Il n'en fut pas de même dans la
Gaule. Nous n'avons presque rien jusqu'au VI^ siècle, Sulpice- Sévère est à peu près le seul qui parle de ses moines primitifs. Et encore ne le fait-il qu'en passant et dans la mesure où cela intéresse l'histoire de l'homme admirable dont il raconte Texistence merveilleuse. Il lui arrive parfois, en narrant les miracles de son héros et les épisodes de sa vie, de nous livrer quelques-uns de ces traits à l'aide desquels on peut saisir sur le vif les mœurs et les habitudes des religieux ses contemporains. Nous n'avons eu qu'à les recueillir et à les grouper, pour retrouver et refaire, dans la mesure du possible, la règle suivie par les premiers moines gallo-romains.
Cette reconstitution est forcément très incomplète. Mais les moindres détails ont leur prix, quand ils nous révèlent quelques secrets d'un passé lointain et lorsqu'ils nous aident à tracer le portrait d'hommes qui ont eu sur les destinées d'un pays l'influence la plus décisive.
Saint Martin introduisit la vie monastique dans les Gaules ; il la fit connaître et il la propagea par ses paroles et surtout par ses exemples. Les premiers moines vénérèrent en lui un patriarche et un législateur. Ses enseignements et ses actions réalisèrent devant eux l'idéal de perfection religieuse qu'ils ambitionnaient de reproduire. Martin continua en Touraine durant les longues années de son épiscopat et ailleurs cette propagande monacale, qu'il avait commencée en Poitou. Tel fut son succès que, à sa mort, c'est-à-dire vers la fin du IV^ siècle (3g7), moines et monastères abondaient, au dire de son biographe,
dans ces contrées où les chrétiens étaient rares avant lui ^ Sulpice évalue à deux mille environ ceux qui purent affluer du Poitou, de la Touraine et de l'Anjou à Candes pour faire au corps du grand moine-évêque défunt un cortège d'honneur jusqu'au lieu de sa sépulture ^. Que l'on fasse aussi grande que l'on voudra la part de l'exagération bien naturelle sous la plume d'un écrivain qui célèbre les louanges d'un saint auquel il a voué une admiration enthousiaste, la multitude des moines formés par saint Martin et ses disciples n'en reste pas moins un fait indiscutable. Comment cette extension monastique s'est-elle opérée ? Sulpice- Sévère n'en souffle mot ; et rien d'ailleurs ne permet de suppléer à son silence, si l'on excepte un certain nombre de légendes dont le fondement historique est difficile à découvrir. Force est donc de se résigner à ignorer ce qu'il ne sera jamais possible de connaître. Nous savons cependant, d'après le témoignage de saint Paulin de Noie, que la ville de Rouen comptait dans son enceinte plusieurs monastères où « des voix virginales chantaient tous les jours les louanges du Créateur ». Il y avait encore de nombreux moines dans la contrée qui s'étend le long de la mer au nord de la Seine ; leurs monastères étaient
* Quod adeo virtutibus illius exemploque convaluit, ut jam ibi nuUus locus sit, qui non aut ecclesiis frequentissimis aut naonasteriis sit repletus. Nam ubi fana destruxerat, statim ibi aut ecclesias aut naonasteria construebat. Sulpitius Severus, Vita s. Martini, éd. Halm (i§66), I23.
2 Quanta prsecipue mserentium lamenta monachorum, qui eo die fere ad duo roillia convenisse dicuntur, specialis Martini gloria : ejus exemple in Domini servitutem stirpes tantse fructificaverant. Id. Epistola III, i5o.
répandus dans les villes, les campagnes et les forêts, et même jusque dans les îles de l'Océan \ Saint Victrice, qui gouvernait l'église de Rouen, était un ami du saint évêque de Tours, et son diocèse ne put échapper à cette influence.
A saint Martin et à ses disciples, la vie monastique offrait, comme à saint Antoine et aux solitaires de l'Egypte, le moyen de réaliser pratiquement en eux l'idéal de la perfection chrétienne. Comme leurs devanciers de l'Orient, ils en cherchaient la formule autorisée dans l'Évangile et les livres saints. Ces enseignements, vivifiés et complétés par l'expérience de la vie ascétique, prenaient une forme très pratique sur les lèvres des hommes autour desquels se réunissaient les chrétiens désireux de mener la vie religieuse ; ils se transformaient vite en règlements et en institutions. Plus tard ces législateurs monastiques codifièrent leur œuvre, en la fixant par des règles écrites. Mais les premiers patriarches des
^ Ubi (terra Morinorum situ orbis extrema) quondam déserta silvarum ac littorum pariter intuta advenas barbari aut latrones incolae frequentabant, nunc venerabiles et angelici sanctorum chori urbes, oppida, insulas; silvas ecclesiis et moaasteriis plèbe numerosis, pace unisonis, célébrant. S. Paulinus Nolanus, epist. xvin, Beatissimo semper et veniràbili Patri Victricio, éd. de Hartel (1894), p. I, i3i. — Ubi (Rouen) cotidiano sapienter psallentium per fréquentes ecclesias et monasteria sécréta concentu castissimis ovium tuarum et cordibus delectantur et vocibus. Ibid. i32. Voir Vacandart, Saint Victrice (Paris, igoS. in-12), 48-52.
Il y avait également des moines aux environs de Trêves. Saint Augustin raconte l'impression que lui causa cette nouvelle, lorsqu'il l'apprit de son compatriote Ponticianus. Confessionum lib. viii, cap. 6., éd. Knoll (i896),i82-i83. Sur les disciples de saint Martin qui ont contribué à propager la vie monastique dans les Gaules, voir Dom. Fr. Chamarp, Saint Martin et son monastère de Ligugé, Poitiers, 1873, in-12, 61-68.
moines ne s'arrêtèrent pas à cette idée. Leur manière d'agir fut beaucoup plus simple. Ils livraient leur doctrine et leurs exemples à des disciples qui les transmettaient ensuite à leurs imitateurs. C'est ainsi que se créa la tradition primitive de la vie religieuse. Saint Martin, qui apparaît le premier en tête des moines gallo-romains, suivit cette méthode.
Mais avant de présenter ce qui nous reste de l'œuvre monastique de Martin ou de ce qu'on pourrait nommer sa règle, il sera bon, pour mieux déterminer l'étendue de son rôle personpel, de chercher les sources auxquelles il a puisé sa connaissance de la vie religieuse, et les influences qu'il a pu subir luimême. Car, s'il fut l'introducteur du monachisme en Gaule, nul n'a songé à lui en attribuer l'institution.
L'Orient était au quatrième siècle la terre classique des moines. Martin n'eut pas à chercher dans ces régions lointaines une forme religieuse de vie, répondant à ses aspirations intimes. Il put la contempler de ses yeux, dès l'enfance. Sa famille passa de son lieu d'origine, la Pannonie, dans l'Italie septentrionale. Elle restait fidèle aux pratiques païennes. Mais l'Église et le culte chrétien captivèrent l'esprit et le cœur de l'enfant. Les ascètes, qui habitaient par groupes ou isolés les campagnes voisines de Pavie, avaient pour lui un charme mystérieux. Il était alors âgé de douze ans ^ Son père ne voyait
^ Mox mirum in modum totus in Dei opère conversus, cura esset annorum duodecim, eremum concupivit, fecissetque votis satis si astatis infirmitas non obstitisset. Animus tamen aut circa monasteria aut circa écclesiam semper intentus, etc. Sulpit. Sev., VHa S. Martini, 112.
pas sans inquiétude ces premières aspirations vers le christianisme et la vie religieuse. Il ne crut rien trouver de mieux que d'éloigner son fils et de l'incorporer à l'armée romaine.
Cette mesure, loin d'étouffer une vocation naissante, fortifia dans ce jeune cœur l'impression produite par la vie que menaient les solitaires. Elle resta toujours devant son esprit comme un idéal, qu'il s'efforça de reproduire autant que le lui permettaient ses obligations nouvelles. Il vécut à l'armée, nous dit son biographe, en moine beaucoup plus qu'en soldat \ Les années qu'il lui fallut passer sous les armes ne furent qu'une longue étape entre les rêves de son enfance et la carrière de l'homme mûr. C'est ce désir irrésistible de mener la vie des moines qui le porta à réclamer sa liberté. L'espérance fondée d'avoir dans un ofQcier, qui lui était cher, un compagnon de vie religieuse, fut seule capable de le déterminer à prolonger de deux ans son service militaire ^.
Une fois libre et baptisé, où alla Martin ^ ? Auprès de l'homme qui était alors le mieux fait pour l'initier aux exercices d'une sérieuse vie ascé tique. Hilaire de Poitiers n'était pas seulement l'évêque dont la foi vigoureuse et irréprochable, la
^ Frugalitatem in eo laudare non est necesse, qua ita usus est, ut jam illo tempore non miles sed monachus putaretur. Ibid.
2 Ibid. 114.
•^ Sur le temps écoulé entre son départ de l'armée et le voyage de Poitiers, voir Dom Chamaed, Saifit Martin et son monastère de Liguge', p. 34 et s. ; Lecoy de la Marche, Saint Martin, 114 et s.
doctrine forte et vivante, l'éloquence et la sainteté forçaient Tadmiration universelle ; son intelligence profonde de la morale évangélique, des besoins de la société chrétienne au sortir des persécutions et des aspirations qui sollicitaient les coeurs généreux vers une perfection plus haute, attirait autour de lui des fidèles qui prenaient pour règle de leur conduite ses enseignements et ses conseils. Un mot échappé par hasard à la plume de Sulpice-Sévère trahit leur présence à Poitiers. Ils formaient cette réunion de frères à qui Martin confia, avant de prendre le chemin de la Pahnonie, les appréhensions que lui causait ce voyage ^ . Ces frères sont évidemment des ascètes ou, si l'on veut, des moines ; la signification habituelle de ce mot sous la plume de Sulpice ne permet pas d'en douter. J'ai pu noter jusqu'à treize passages différents où les moines sont nommés par lui fratres ^. Tl est intéressant, et pour l'histoire monastique et pour l'histoire de saint Hilaire lui-même, de constater l'existence de ce groupe ascétique. Il nous montre une fois de plus la haute idée que se faisait de la vie religieuse cet illustre pontife. Sa pensée sur ce point est en parfaite conformité avec celles de son émule saint Athanase et de saint Augustin, qui eurent l'un et l'autre une
^ Mœstus, ut ferunt, peregrinationem illam ingressus est, coniesiaXns fratribus multa se adversa passurum. Ibid., ii5.
" SuLP. Sev., Vit'a S. Martini, ii5, 117, [20, 121, i3o, i3i, i32, i33 ; Dial. II, 206, 212, 216 ; Epist., 147, 148, Saint Paulin de Noie emploie le mot frater dans le même sens: Epist. xxiii, Pat. lat., LXI, 2 56. Sur le premier séjour de saint Martin à Poitiers^ voir D. Chamard, ouvrage cité, 17-25.
influence prépondérante sur le développement du monachisme.
Martin, membre de cette communauté, fut d'abord disciple d'Hilaire et moine. Son départ pour la Pannonie ne devait être qu'une séparation d'assez courte durée, après . laquelle il serait revenu prendre place au milieu de ses frères. Mais l'exil du maître prolongea l'absence au disciple. N'eut-il pas pour autre conséquence la dispersion des ascètes poitevins ? On serait tenté de le croire. Toujours est-il que Martin, au terme de son séjour en Pannonie et en lUyrie, n'éprouva nul besoin de revenir à Poitiers, Rien ne l'y attirait plus. Moine d'esprit et de cœur, moine par état, il résolut d'en mener l'existence paisible dans cette Italie septentrionale où la vie des solitaires avait produit une impression si vive sur son âme d'enfant. Il attendit donc à Milan le retour de son maître Hilaire (vers 356) ^
Le monastère qu'il y établit n'avait rien qui ressemblât, même de loin, aux vastes édifices ' où les moines des époques suivantes se renfermèrent. C'était la demeure simple, la cellule d'un ascète ou d'un ermite. Il eut quelques compagnons de solitude. Le prêtre, émule de ses vertus, qui le suivit dans l'île Gallinaria, lorsqu'il dut fuir les tracasseries de l'arien Auxence, devenu évêque de Milan, appartenait probablement à cette communauté. Ce premier monastère milanais est-il le même que le monastère fréquenté par saint Augustin à l'époque de sa con-
• Mediolani sibj constituit rnonasterium. Sulp. Sev., VitaS. Martini, iifi.
version ' ? On ne saurait l'affirmer avec certitude.
Hilaire, en revenant d'exil, passa par l'Italie. Il rentra dans son Église de Poitiers, où son disciple Martin ne tarda pas à le suivre. Celui-ci quitta bientôt la ville épiscopale pour fixer sa demeure dans la solitude de Ligugé ^, située à environ deux lieues de distance. Il y eut bientôt autour de lui une communauté de moines, dont il fut le fondateur et le régulateur ^. Quel était leur genre de vie ? Sulpice n'en dit rien. Mais l'on est en droit d'affirmer que les solitaires de Ligugé et ceux de Marmoutier envisageaient de la même manière la vie monastique et suivaient ce que nous appellerions aujourd'hui la même règle.
Moine avant son épiscopat, Martin, devenu évoque de Tours, voulut rester moine. Il conserva, avec sa simplicité apostolique, son costume et son genre de vie. Et il n'en fut ni moins respecté ni moins écouté. Une cellule, c'est-à-dire la modeste habitation d'un moine, contiguë à son église, fut d'abord son unique demeure *. Mais la nécessité de mettre sa tranquillité monacale à l'abri des visites importunes, le contraignit de fuir la ville. La
1 s. Augustin, Confess. 1. VIII, c, 6 ; 1S2
2 Canton de Poitiers, département de la Vienne.
•^ Haud longe sibi ab oppido monasterium conlocavit. Sulp. Sev. . 117. Dom Chamard, dans l'ouvrage indiqué plus haut, parle longuement du séjour de Martin à Ligugé.
* Idem enim constantissime perseverabat qui prius fuerat : eadem in corde ejus humilitas, eadem in vestitu ejus vilitas erat, atque, plenus auctoritatis et gratise inplebat episcopi dignitatem, ut non tamen propositum monachi virtutemque desereret ; aliquandiu ergo adhaerenti ad ecclesiam cellula usus est.
vallée de Marmoutier ^ lui offrit un asile sûr '. Le monastère qu'il y fonda devint le séminaire où son clergé se recruta et vécut. Quelques années auparavant (355), un évêque de Verceil, saint Eusèbe, avait imposé aux prêtres et aux clercs de son Église, le costume des moines et leurs observances ^. L'évêque de Tours ne fit pas de Marmoutier la demeure de ses seuls auxiliaires, mais il s'y renferma avec eux pour y mener une vie toute sainte au milieu de moines laïques.
Le monastère épiscopal était assez rapproché de la ville pour que Martin pût aisément faire face aux obligations de sa charge et répondre aux légitimes exigences de son peuple. Il ne voulait pas néanmoins quitter l'atmosphère sanctifiante de la communauté monastique ; des moines l'accompagnaient sans cesse à Tours, quand il y allait ejtercer les fonctions épiscopales *, lorsqu'il parcourait en apôtre les cam-
^ Commune de Ste-Radegonde, cant. de Tours, Indre-et-Loire.
2 Dein cum inquietudinem se frequentantium ferre non posset, duobus fere extra civitatem millibus monasterium sibi statuit. Qui locus tam secretus et remotus erat ut eremi solitudinem non desideraret, ex uno enim latere praecisa montis excelsi rupe ambiebatur, reliquam planitiem Liger fluvius reducto paululum sinu clauserat ; una tantum eademque arta admodum via adiri poterat. Sulp. Sev. 120.
^ Lenain de Tillemont, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastiqtie des six premiers siècles, vil, 53 1. — Bulteau, Abrégé de l'histoire de l'Ordre de Saint-Benoît, i, 32. — Ernst Spreizenhokek, Die Enttvickehmg des alten Monchtums in Italien von seinen ersten Aufdvgen bis zum Auftreten des hl. Benedikt, Wien, 1904.
* Dicentes scilicet, contemptibilem esse personam, indignum esse episcopatu hominem, vultu despicabilem, veste sordidum, crine deforraem. Sltlp. Sev., Vita S. Martini, p. 119.
pagnes de son diocèse ^ ou des diocèses voisins *.
Ce cortège austère de moines, prêtres ou diacres, autour d'un moine évêque, avait quelque chose d'insolite et presque d'étrange pour des populations habituées à voir le clergé rehausser par l'éclat extérieur le prestige que lui donnaient sa mission et son caractère surnaturel. A cette époque où dans le monde gallo-romain, comme dans le reste de l'Empire occidental, tout s'affaissait, l'épiscopat était la seule puissance capable de s'imposer aux peuples. Les richesses et les honneurs allaient d'eux-mêmes à ses dignitaires, qui la plupart du temps se recrutaient parmi les membres de l'aristocratie gallo-romaine. Les clercs participaient aux mêmes avantages. Tous n'avaient pas, cela va sans dire, la grandeur morale nécessaire pour user avec sagesse d'une situation pareille. Ces hommes étaient par le fait peu disposés à apprécier la vie monastique et ceux qui l'embrassaient.
Saint Paulin de Noie parlera, quarante années plus tard, de l'impression produite par les moines sur les païens et sur des chrétiens qui, en renonçant au culte des idoles, n'avaient pu immédiatement s'approprier l'esprit de l'Évangile ; la seule vue d'un
^ Euntem ad ecclesiam sequebamur. Sulpit. Sev. Dialogus II, 180-181 Martinus autem conversus ad nos, sicut eum frequens fratrum turba vallaverat... Ibid. 193,
^ Iter cum eo, dum diœceses visitât, agebatnus. Ibid. i83. Quodam tempore, cum diœceses circuiret, venan<^ium agmen incurrimus. Ibid. 191. Quodam die paucis secum adhibitis fratribus ad locum pergit. Vita Sancti Martini. 120. Monachi autem, qui pro foribus erant (durant une de ses visites pastorales). Epistolai, 141. Profectus cum suo illo, ut semper, frequentissimo discipulorum sanctissimoque comitatu . Episiolani, 141.
visage ou d'un costume d'ascète leur faisait horreur ^. Les évêques de la province de Tours, qui élurent saint Martin évêque, n'étaient pas tous étrangers à ces sentiments peu élevés. Sa chevelure négligée, son habit pauvre, sa mine simple leur répugnaient ; ce n'était à leurs yeux qu'un homme grossier et méprisable, absolument indigne de l'épiscopat ^. Mais le peuple ne partageait point leurs préjugés.
Tous les disciples de Martin élevés à la cléricature n'envisageaient pas leur dignité avec les mêmes sentiments que lui. La simplicité monacale parut à quelques-uns incompatible avec leui*s nouvelles fonctions. Saint Brice en est un exemple célèbre. Son maître lui avait conféré l'ordination sacerdotale Dès qu'il se vit chargé du gouvernement d'une église, il voulut avoir une maison et un train de vie qui contrastaient singulièrement avec sa profession. Rien dans ses antécédents n'avait pu éveiller chez lui des prétentions semblables, puisque saint Martin l'avait recueilli tout enfant et élevé dans son monastère. On le vit néanmoins acheter des chevaux pour le conduire, des terres, de jeunes esclaves saxons ou germains des deux sexes pour le service et l'honneur de sa personne. C'était le luxe
^ Dialogus I, i85.
2 Hujusmodi hominum et vultus et habitus et odor nauseam illis facit, quibus odor mortis est in odorem vitae, quibus dulce qupd amarum, et turpe quod caslum, et hostile quod sanctum est. Propterea justum est ut reddamus illis vicem, ut sit nobis odor eorum tanquam odor mortis, ne desinamus esse odor Christi. S. Paulin, epistoîa-xxu, éd. Hartel, i55.
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des grands. Les réprimandes de l'évêque, la révolte et le repentir de Brice sont connus ^
Sulpice- Sévère, qui raconte cet épisode, signale avec douleur la vanité coupable et ridicule des clercs épris de faste et de richesse. Ils parcouraient le pays avec des équipages fringants ; ils se faisaient construire de somptueuses habitations avec des appartements multiples, encombrés d'un riche mobilier ; boiseries, sculptures et tableaux, rien n'y manquait. Ces hommes, rougissant de la bure des moines, se couvraient de tissus confectionnés avec art et achetés à grand prix ^.
Tout autre fut le spectacle offert au monde par l'évêque de Tours et ses disciples fidèles. Il ne demandait à son Eglise pour lui et pour les siens que le strict nécessaire ^.
Martin eut, dans les dernières années de sa vie, la satisfaction de voir un membre éminent de l'aris-
^ Objurgatus enim (Briccius) pridie ab eo fuerat, cur, qui nihil unquam ante clericatum, quippe qui in monasterio ab ipso Martino nutritus, habuisset, equos aleret, mancipia compararet. Nam illo tempore arguebatur a multis non solum pueros barbaros, sed etiam puellas scitis vultibus coemisse. Sulpit. Sev, Dial.
^ Si quis clericus fuerit effectus, dilatât continuo fimbrias suas, gaudet salutationibus, inflatur occursibus, ipse etiam ubique discurrit ; et qui antea pedibus aut asello ire consueverat, spumantibus equis superbus invehitur ; parva prius et vili cellula contentus habitare, erigit celsa laquearia, construit multa conclavia, sculpit ostia, pingit armaria, vestem respuit grossiorem, indumentum molle desiderat, Id. Dial. i, 173-174.
^ Un certain Lycontius, qui avait profité de sa puissance de thaumaturge, lui porta cent livres d'argent qui furent immédiatement employées à racheter des captifs. Aux frères qui lui demandaient de conserver quelque chose pour les besoins de la communauté, il fit cette réponse : Nos, inquit, ecclesia et pascat et vestiat, dum nihil nostris usibus qusesisse videatur. Id. Dial. 11, 212.
tocratie gallo-romaine, Paulin de Noie, donner aux chrétiens, aux clercs et aux moines l'exemple d'un détachement héroïque des biens matériels et des jouissances qu'ils procurent. Sa fortune territoriale était considérable. Il la vendit et en distribua le prix aux indigents. L'évêque de Barcelone dut lui imposer, malgré ses résistances, l'ordination sacerdotale pendant les fêtes de Noël de l'année 394, en présence d'une multitude qui réclamait pour lui cet honneur. Paulin se résigna, mais à la condition expresse de n'être fixé à aucune église particulière ^ Dans une circonstance analogue, saint Jérôme avait pris les mêmes précautions afin de sauvegarder sa liberté.
Le noble Aquitain voulait consacrer à Dieu sa personne par les exercices de la vie ascétique. Son épouse Tharasia avait le même désir. Ils s'en allèrent tous deux en Campanie chercher, auprès du tombeau du saint martyr de Noie, Félix, un asile. Leur vie fut celle des moines. Saint Jérôme ^, saint Augustin et saint Ambroise, qui furent ses amis et ses admirateurs, traitèrent Paulin toujours comme un moine. Tharasia, qui partageait sa solitude, devint pour lui une sœur, et, suivant sa belle expression, conserva in Domino ^. Il y eut autour de sa personne une famille monastique, dont il fut le chef et le père ; elle l'avait suivi dans sa
' s. Paulin, Epistola i, ii, m, i-iS.
- Quod loquor... de monachis et monacho quondam apud seculum nobili S. Jérôme, Epist. 58 ad PauUnum, 5 ; Pat. lat., xxii, 582-583. 3 S. Paulin, Epist. v, 19.
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retraite. C'est, on le voit, un monastère d'un genre tout particulier. On en vit fonder plusieurs à cette époque. Des membres de l'aristocratie gallo-romaine, gagnés au christianisme parfait, transformèrent leurs villae en monastères où ils menaient en compagnie des leurs une vie véritablement religieuse. Le plus connu est Sulpice- Sévère, l'admirateur enthousiaste de saint Martin et son disciple, avant d'être son biographe. L'exemple donné par son ami Paulin l'impressionna vivement. Il connaissait depuis plusieurs années le saint évêque de Tours et il ,1e visitait parfois à Marmoutier. La conversion du solitaire de Noie et, sans nul doute, les conseils de Martin le déterminèrent, lui aussi, à quitter le monde, ses richesses et ses joies, pour suivre le Christ et pour imiter la vie pauvre et sainte des apôtres. Les indigents reçurent les sommes réalisées par la vente de ses biens. Il ne garda pour lui qu'une villa avec un domaine ; et encore en céda-t-il la propriété à l'Eglise, ne se réservant que le droit d'y habiter (3g5). Sa belle-mère Bassula partageait sa solitude et sa vie sainte. Des hommes épris du même idéal se réunirent autour d'eux et constituèrent bientôt une fraternité d'ascètes. Cette communauté entretint des relations amicales avec celle que présidait Paulin à Noie. Celui-ci n'oubliait pas, quand il écrivait à son pieux ami, de saluer la vénérable Bassula au même titre que les frères dont elle partageait la vie ^
' Ibid. p. 39.
l6 MOINES GALLO-ROMAINS.
Paulin avait un instant pu croire que Sulpice le rejoindrait en Campanie avec plusieurs de ses compagnons ^ Mais le projet ne fut point exécuté. Il y eut néanmoins entre les deux illustres solitaires des relations fréquentes. Les correspondances épistolaires ne satisfaisaient pas leur curiosité affectueuse. Fort heureusement, les moines qui portaient leurs lettres, les renseignaient de vive voix. Paulin et Sulpice se voyaient pour ainsi dire l'un l'autre grâce aux yeux de leurs messagers, comme ils s'entretenaient réciproquement par leurs lettres ^. L'observance monastique fournissait aux relations des deux amis un sujet intéressant et utile. Sulpice, qui avait souvent contemplé de ses propres regards la vie des moines tourangeaux, s'efforçait de la reproduire chez lui. Prumilhac devait être dans sa pensée un autre Marmoutier. Il y attirait même, quand il le pouvait, quelques-uns des disciples de Martin.
L'un d'entre eux, Victor, qui avait passé toute une partie de sa vie religieuse auprès du saint évêque et de saint Clair, joua un rôle important dans cts relations pieuses entre Sulpice et Paulin de Noie. Personne, au dire de Sulpice, ne suivait avec un soin plus scrupuleux les exemples du maître. C'était la vivante image des bienheureux Martin et Clair. Paulin ne savait comment exprimer sa reconnaissance de posséder un moine aussi parfait. Le frère Victor
1 Ibid. i5, p. 34.
- Defiliis sanctis, quorum bènedicta in Domino proie Isetaris, eligis tabellarios ; quorum oculis nos videas et ore contingas. le, Epist. xi, n. 4, p. 62.
transmettait à Noie les traditions monastiques de Marmoutier, dont il avait été en Aquitaine le fidèle observateur ^ .
Il y aurait à parler ici des autres disciples de saint Martin, qui transportèrent ailleurs une vie monastique apprise sous sa direction, et des moines arrachés à la solitude de Marmoutier pour être préposés au gouvernement de diverses Eglises ; car de nombreux diocèses demandaient comme une insigne faveur d'avoir des évêques formés à cette école de la sainteté ^. Mais, sans insister davantage sur ces faits qui intéressent plutôt le développement extérieur de l'institut monastique, revenons à l'étude de sa constitution intime.
Les moines se recrutèrent généralement à cette époque primitive parmi les membres de l'aristocratie gallo-romaine. Paulin et Sulpice, dont il vient d'être question, appartenaient aux premières familles de l'Aquitaine. La noblesse eut à Marmoutier des représentants nombreux. Leur vie austère et pénible contrastait singulièrement avec les délicatesses de leur éducation première ^. Le biographe qui nous sert
^ Fratrem Victorem in nomine Déi tuaque prsesentia ad nos venientem intima . affection e et magna gratulatione suscepimus.... recognovimus in eo sanctorum formulam beatorum Martini et Clari, quem proximo intervalle inlustris magistri sequacem te auctore cognovimus. S. FAVL,n^, EpisL, xxin, p. 160 Cf. BusÉ, 5, Paulin, évêque de Noie, et son siècle, trad. Danscoine (Paris, i858), 329-336. A. Baudrillart, Saint Paulin (Paris, Lecoffre, igo5, in-12), Ii2-i52. G, Bois- SIER, La fin du Paganisme (Paris, Hachette, igoS), w, 64 et s. ,
^ Pluresque ex eis postea episcopos vidimus. Quse enim esset civitas aut ecclesia, quae non sibi de Martini monasterio cuperet sacerdotem. Sulpit. Sever. Vita S. Martini, 120. Voir Lecoy de la Marche, op. cit. 371-373.
^ Quod eo magis sit, mirum necesse est quod multi inter eos nobiles habebantur
l8 MOINES GALLO-ROMAINS.
de guide cite en particulier le très noble adolescent Clair, qui devint par la suite un disciple privilégié du saint évéque \ Gallus fréquentait les écoles publiques lorsqu'il embrassa la vie religieuse'^. Brice débuta plus jeune encore ; Martin le reçut tout enfant et prit de son éducation un soin tout paternel. La noblesse de sa famillene le recommandait pas à sa bienveillance. Né dans la pauvreté, il attendit pour goûter aux avantages de la fortune la dignité cléricale, le lecteur s'en souvient ^.
L'usage de consacrer les enfants au Seigneur, qui fut si souvent pratiqué durant tout le haut moyen âge, fit, dès cette époque, son apparition en Gaule. C'est ainsi que Sulpice-Sévère reçut des mains de Cythère, l'un de ses amis, un enfant, pour le préparer au service de Dieu ''. Arborius, dont Martin avait miraculeusement guéri la fille, manifesta sa reconnaissance en la vouant à Jésus- Christ ; il supplia son bienfaiteur de : conférer à cette enfant la bénédiction virginale ^. Saint Martin avait recruté des
qui longe aliter educati ad hanc se humilitatem et patientiam coegerant. Sulpit. Sev.
* Clarus quippe, adolescens nobilissimus, Ibid. i32.
2 Quo primo igitur tempore relictis scholis beato me viro junxi. Sulpit. Sev. Dial. Il, i8o.
* Qui jiihil unquam ante clericatum quippe qui in monasterio ab ipso Martino nutritus habuisset... se asserens sanctiorem, quippe qui a primis annis in monasterio inter sacras Ecclesiae disciplinas ipso Martino educante crevisset. Ibid, 213-214.
* S. Paulin, Carmen xxiv, éd. Hartel, ii, 228.
* Quœ res apud Arborium in tantum valuit, ut statim puellam Deo voverit et perpétuas virginitati dicarit ; profectusque ad Martinum puellam ei, praesens virtutum ejus testimonium, obtulit. Sulpit. Sev. Viia S. Martini, 128.
vocations pendant ses courses apostoliques en Poitou. Le catéchumène qu'il ressuscita à Ligugé n'était autre qu'un adolescent amené au monastère pour être préparé à la réception du baptême. Sulpice lui donne le nom de frère, qui, sous sa plume, est synonyme de moine ^ Il avait donc embrassé la vie monastique. On ne croyait pas, à une époque où de nombreux chrétiens différaient longtemps encore de recevoir le baptême, que ce sacrement dût toujours précéder la profession monastique. Il y eut en Orient des moines catéchumènes ^. Saint Jérôme et Rufin ne paraissent pas avoir attendu d'être officiellement inscrits parmi les fidèles pour embrasser la vie religieuse '^
On se rappelle que Martin, encore soldat, cherchait à recruter des moines ; il eut la satisfaction de gagner son propre tribun. D'autres militaires vinrent dans la suite se mettre sous sa direction. Sulpice en mentionne un qui était engagé dans lés liens du mariage. Il prit place au milieu des disciples du saint évêque, pendant que sa femme entrait dans un monastère de religieuses **. Ce fait nous montre que Martin, non content de travailler au développement de la vie monastique parmi les hommes, prenait soin de rendre aux femmes le même service.
^ Quo tempore se ei quidam catechumenus junxit, cupiens sanctissimi viri institui disciplinis.... super exanimata defuncti fratris membra prosternitur. Ibid. 112.
~ DoM Bessk, Les moines d'Orient (Paris, Oudin, 1900, in-8), 104-110.
•* TlLLEMONT, XII, 9-10.
* SuLPiT. Sev. Dialog. i, 142-143.
Le monastère dont il est ici question était-il situé à Tours ou dans le voisinage de Marmoutier ? Nous ne saurions le dire.
Il y avait au vicus de Clion, sur les confins de la Touraine et du Berry, une nombreuse communauté de vierges que le saint visita pendant l'une de ses courses apostoliques \ Ce n'est évidemment pas le seul lieu où vécussent alors des moniales. Quelques-unes de ces servantes de Dieu poussaient la crainte de la société humaine au point de se dérober aux yeux des hommes par une sévère réclusion. L'une d'elles refusa même la visite que voulait lui faire saint Martin, en passant près de sa cellule. Cette réserve excessive, loin de choquer l'évêque, lui causa une grande édification, dont il fit part à ses disciples ^.
Les adolescents et les hommes mûrs que Martin mettait au nombre de ses disciples n'avaient pas tous mené dans le monde une vie exemplaire.
Plusieurs s'étaient rendus coupables, après leur baptême, de fautes assez graves ou abandonnés à de fâcheuses erreurs. Le saint homme n'ignorait pas que les austérités et les humiliations du monastère fournissent au pécheur un excellent moyen de faire pénitence et de se réhabiliter aux yeux du Seigneur. Quelques moines de Marmoutier affirmaient néanmoins avoir entendu le démon se plaindre amère-
^ SuLPiT. Sever. Dialog. i. 190. Clion, cant. de Châtillon, arr. de Châteauroux, Indre.
~ SuLPiT. Sev. 194.
ment des conversions ainsi opérées. Il aurait fait à Martin des reproches à ce sujet, en énumérant tous les péchés commis par chacun de ses frères avant sa profession monastique ^
La vie religieuse ne les mettait pas toujours à l'abri de chutes graves. Nous avons fait allusion aux écarts de Brice. Le saint abbé remplit son devoir en rappelant le coupable à la raison. Mais celui-ci, au lieu de reconnaître sa faute et d'amender sa conduite, entra dans une violente colère et accabla son maître d'injures. Il fut même, sur le point de le frapper. Martin reçut cette explosion avec un calme parfait. Sa douceur et sa charité triomphèrent enfin de cette révolte ^.
En parlant du soldat qui embrassa la vie monastique, Sulpice note un détail qui mérite quelque attention. Miles quidam, cingulum in ecclesia, monachum professus, abjecerat ^. Faut-il voir dans ce langage une métaphore ? N'approcherait-on pas davantage de la vérité en le prenant au pied de la lettre ? Cet homme aurait, dans ce cas, pour exprimer son renoncement au siècle et au métier des armes, quitté son cingulum ^ emblème de sa profession, et contracté ainsi les engagements monastiques dans l'Église.
^ Testabantur etiam aliqai ex fratribus, audisse se dsemonem protervis Martinum vocibus increpantem, cur intra monasterium aliquos ex fratribus, qui olim baptismum diversis erroribus perdidissent, conversos postea recepisset, exponentem crimina singulorum : Martinum diabolo repugnantem respondisse constanter, antiqua delicta melioris vitse conversatione purg-ari. Sulp. Sev. Vita S. Martini, i3i
- Id. D/a/. II, 213-214.
■^ Id. Dial. I, 192.
Pourquoi les hommes qui se: vouaient au Seigneur par la vie religieuse, n'auraient-ils pas reçu de l'Église moins de bénédictions et d'encouragements que les femmes qui lui consacraient leur virginité ? Or, à cette époque, en Gaule comme ailleurs, les vierges recevaient à l'église l'habit virginal et la consécration \ Ce changement de costume symbolisait, par un acte extérieur, celui que la profession religieuse opérait dans l'âme humaine.
L'habit que le moine revêtait n'avait rien qui pût flatter la vanité humaine. Il était pauvre et austère comme sa vie elle-même* Une tunique en formait la partie principale. L'étoffe grossière avec laquelle on la confectionnait, tissée sans art et sans soin, ne recevait pas le fini dans les ateliers du foulon. Aussi était-elle hérissée de laiue mal travaillée '^, Plusieurs trouvaient cette bure trop douce pour leurs membres. Ils se couvraient du cilice des pénitents. Les lambeaux de celui que Martin sanctifia par son usage opérèrent des miracles, d'après le témoignage de son biographe ^. La plupart de ses disciples à Marmoutier, émules de sa mortification, ne voulaient porter que des vêtements tissés avec des poils de chameau "*. Saint Paulin de Noie,
1 Neque ab, alio eam quâm a Martino habitu virginitatis imposito passus est consecrari. Il s'agit de la fille d'Arborius, guérie par saint Martin. Sulpit. Sev. Vifa S. Martini, 128. Sur la consécration des vierges, voir Duchksne, Les origines du culte chrétien (Paris, Thorin, 1889, in-8), 404-412. , 2 In veste hispida. Id. Dialog., 11, i83.
'* Nec praetereundum est quod fimbrise vestimento ejus cilicioque detracta crebras super infirmantibus egere virtutes. Id. Vita S. Martini, 127.
* Plerique camelorum setis vestiebantur ; moUior ibi habitus pro crimine erat.
qui suivit leur exemple, trouvait bien aiguës ces pointes, qui piquaient sa peau délicate. Le cilice dont il usait lui venait de son ami de Prumilhac. Ce présent lui fut très agréable. Sulpice reçut en échange une tunique confectionnée avec un drap moins grossier. C'était un souvenir de Mélanie la jeune. Le solitaire de Noie avait commencé par s'en servir lui-même ^. Mais les habits de cette nature ne plaisaient guère aux moines de Marmoutier. Ils aimaient les rudes étoffes^ comme les seules dignes de leur état. Penser et agir autrement leur semblait honteux et presque criminel.
La tunique monacale n'avait pas l'ampleur que les hommes du monde donnaient à celle dont ils usaient. Elle ressemblait plutôt à un sac étroit retenu par une corde autour des reins. Ils n'avaient rien sous cet habit pour protéger leur nudité ^. Un long manteau ou palliiim complétait ce costume. Il couvrait le cou et les épaules, et descendait le long du corps. On le confectionnait avec une étoffe. noire^. Les moines le portaient habituellement. Aussi Sulpice- Sévère désigne-t-il ceux qui accoururent ~ aux
Id., I20. Ce sont ces vêtements en poil de chameau qu'on appelait ciliées. Voir art. de Sagho dans Dictîomiahe des antiquités grecques et romaines, i, ii, 1172.
' S. Paulin, Epist. xxix, n. 5. p. aSi.
^ Quidam e fratribus... ergo cum ad fornaculam illius carbonum .copiam repperisset, et admota sibi sellula divaricatis pedibus super ignem illum nudato inguine resideret, continue Martinus factam sacro tegmini sensit injuriam, magna voce proclamans :,Quis, inquit, nudato inguine nostrum incestat habitaculum ? SuLPiT. Sev. Dialog. II, 2i3.
^ Nigro et pendulo pallie circumtectum. /ô/rf., i83, cf. Vita S. Martini, j25. Quelques-uns se contentaient du sagulum en poils de chèvre. S.- Paulin, Epist., XXII, i55.
obsèques de saint Martin sous le nom de foules livides et de troupes en pallium ^ Rien ne nous autorise à dire que le capuchon fît alors partie du costume monastique.
Les moines ne prenaient aucun soin de leur chevelure. On se souvient de l'impression que firent sur quelques évêques les cheveux en désordre de Martin. Paulin de Noie, qui ambitionnait de suivre le plus possible les coutumes de Marmoutier et de Prumilhac, pria le frère Victor de lui couper luimême les cheveux. Durant cette opération, lé pieux solitaire se nourrissait l'esprit de réminiscences bibliques. Il en écrivit aimablement à Sulpice-Sévère : « J'arrive maintenant au grand service que m'a rendu le frère Victor, lorsqu'il a daigné de ses propres mains me couper les cheveux ; il a voulu vous laisser l'honneur de cet acte de charité, en disant que vous lui aviez donné l'ordre d'exercer son art à mon profit ^. »
Les moines ne demandaient pas des mains habiles pour les débarrasser de leur chevelure, si l'on en juge d'après la peinture que fait saint Paulin d'une tête monastique rasée. Le portrait auquel nous l'empruntons est très exactement tracé, il vaut la peine d'être mis en entier sous les yeux du lecteur : « Qu'il (un faux moine) garde donc pour lui son annulaire, ses caliges et son visage frais, puisqu'il n'a pas eu la force de changer les unes et de faire
* Pallidas turbas, agmina palliata. Sulpit. Sev., Epist. m, i5o. ' S. Paulin, Epist. xxiir, n. lo, 67 et s.
disparaître l'autre. Qu'ils viennent et reviennent nous visiter, ceux qui préfèrent comme moi un extérieur d'esclave et une face livide. Loin d'eux le faste des vêtements brochés, un rugueux cilice de poils de chèvre satisfait leur humilité ; pas de chlamyde de fonctionnaire, une sagula leur tient lieu de manteau ; point de balteus en cuir, une corde leur sert de ceinture. Ils ne vont pas la tête tondue et les cheveux retombant sur le front ; l'amour de la chasteté leur fait éviter tout arrangement de leur personne ; leurs cheveux sont coupés ras ou tondus inégalement, leur front dégarni est rasé, leur parure consiste dans la pudeur qui les fait fuir toute parure ; leurs convenances, dans la négligence de la toilette ; leurs honneurs, dans le mépris qu'ils en font. Ils négligent et quelques-uns vont jusqu'à déformer la beauté que la nature a donnée à leur corps, pour s'occuper exclusivement de la beauté de leur âme ^ » Les moines ne craignaient pas de paraître en public sous ces dehors plus que modestes. Ce mépris du bienêtre et de la vanité manifestait une élévation d'âme qui finit par imposer aux foules sa supériorité. Dans leurs voyages, ils affichaient la même simplicité ; lorsque la fatigue ou d'autres motifs les engageaient à se servir
^ Nos adeant et revisam conservuli et compallidi nostri, non vestibus pictis superbi, sed horrentibus ciliciis humiles, nec chlamyde curtalini, sed sagulis palliati, necbalteo sed reste succincti, nec improba adtonsi capitis fronte criniti, sed casta informitate capillum ad cutem csesi et inaequaliter semitonsi et destituta fronte praerasi, et ornatu pudicitia inornati et decenter inculti sint et honorabiliter despicabiles, cum ingenitam quoque speciem corporis pro interiore cultu aspernantes etiam studio deformantur, ut fiant pudenter inhonesti vultibus, dum perficiantur salutariter honesti mentibus. Sulpit. Sev. Epist. xxii, p. i55.
d'une monture, ils prenaient l'âne des pauvres gens. Saint Martin faisait grand cas de cette pauvreté religieuse. Elle était rigoureusement pratiquée à Marmoutier. Ses disciples trouvaient parfois bien lourd le dénûment où il leur fallait vivre. Mais le saint évêque ne se départit jamais de sa sévérité. Un certain Lycontius, qui avait bénéficié de sa puissance miraculeuse, lui offrit, comme témoignage de sa gratitude, cent livres d'argent. Martin refusa de garder cette somme au monastère. Elle fut immédiatement employée au rachat des captifs. Cela parut pénible aux frères, qui n'avaient même pas alors de quoi se procurer la nourriture et les vêtements indispensables. Ils s'en plaignirent au maître : <c L'Église, que nous servons, répondit-il, se chargera de nous nourrir et de nous habiller, si elle ne nous voit rien conserver pour notre usage \ » Le monastère possédait néanmoins les terres et les objets dont aucune réunion d'hommes ne saurait se passer. Mais personne n'avait sur ces biens le moindre droit personnel. Les individus professaient une désappropriation complète ; ils mettaient en commun tout ce qu'ils pouvaient apporter ou recevoir. Nul parmi eux n'avait le droit de vendre ou d'acheter. La communauté elle-même paraît s'être interdit de livrer au commerce le fruit du travail de ses membres, bien que cela fût d'un usage général chez les moines ^.
' SuLPiT. Sev., Diaî. ii, 212.
- Nemo ibi quicquam proprium habebat, omnia in médium conferebantur. Non €mere aut vendere, ut plerisque monachis moris est, quicquam licebat., Id. Vita S. Martini, 120.
Un frère, désigné par le saint évêque, administrait le temporel de la maison et pourvoyait aux besoins de tous. Le diacre Caton remplissait cette charge avec un grand dévouement. Il excellait à la pêche. Saint Martin l'envoya, un jour de Pâques, prendre sur les bords de la Loire le poisson nécessaire au repas. La. communauté se fit un plaisir de l'accompagner au fleuve pour être témoin de son habileté ^
Les religieux de Marmoutier n'exerçaient ni métier ni art. La transcription des manuscrits était le seul travail auquel il leur fût permis de s'appliquer. Et encore n'employait- on à cette tâche que les jeunes frères. Les hommes âgés donnaient tout leur temps à l'oraison ^. Les gros travaux de la maison étaient exécutés par des journaliers. Il est à croire cependant que les religieux s'acquittaient eux-mêmes des services matériels inséparables de toute vie commune, tels que la cuisine et les occupations variées dont elle est le centre.
La frugalité des moines réduisait au reste beaucoup cette nécessité du travail. Saint Martin,^ dans l'ile Gallinaria, s'était contenté de racines sauvages ^. Le régime de ses disciples fut moins rigoureux. Il resta néanmoins d'une extrême simplicité. C'était pour eux un régal de manger du poisson le jour de Pâques. Le maître tenait à ce, qu'il ne leur fît
^ Cato diaconus, ad quem monasterii administratio pertinebat, doctus ipse piscari. Id., Dial. II, 207.
^ Arsibi, exceptis scriptoribus, nuUa habebatur ; cui tamen operi minor setas deputabatur ; majores orationi vacabant. Sulpit. Sev., Vita S. Martini, 120.
^ Hic aliquamdiu radicibus vixit herbarum. Id.. 117.
pas défaut \ Les malades avaient seuls la permission de boire du vin. Les frères prenaient leurs repas ensemble ^. Malgré son austérité, leur régime était moins rigoureux que celui des moines orientaux. Aussi l'abstinence extraordinaire des Pères du désert causât-elle quelque surprise à Gallus, lorsqu'il en trouva le récit dans une lettre de saint Jérôme. Il avoua que son estomac ne se serait jamais accommodé d'une telle parcimonie. Mais l'abstinence, disait-il pour se consoler, est chose très relative, et ce qui serait gloutonnerie pour uii Oriental n'est pour un Gaulois que satisfaction naturelle de l'appétit ^.
La correspondance de saint Paulin et de Sulpice- Sévère fournit quelques détails curieux sur la cuisine monastique. Dans son désir d'imiter en tout le genre de vie mené à Marmoutier et à Prumilhac, le premier avait obtenu de son pieux ami le frère Victor ; c'était un homme capable de faire une vraie cuisine de moine. Il excellait à préparer des aliments simples et d'une digestion facile. Quelques gouttes d'huile et une grande quantité d'eau lui suffisaient pour cuire les légumes et faire des ragoûts. Il utilisait à merveille les fèves, les lentilles, le millet, l'orge et la farine. Avant lui, la communauté de Noie avait juste assez de blé pour sa provision de pain. Victor s'ingénia de telle sorte que
^ Piscem Paschse diebus edere consuetus. Sulp. Sev. Dialog. ii, 207.
- Cibum una omnes post horam jejunii accipiebant. Id. , Vtia S. Martini, 120.
^ Ergo autem illi viro (Hieronymo) ignosco atque ita sentio. de orientalibus illum potius monachis quam de occidentalibus disputasse. Nam edacitas in Grsecis gula est, in Gallis natura. Id. , Dial. i. 160.
les moines purent manger tout à leur aise et du pain et de la bouillie. Il ne plaignait pas sa peine. La farine et les légumes, pétris avec ses mains, sortaient abondants de la marmite ; son habileté culinaire faisait d'un mets rustique un plat appétissant dont s'accommodaient l'estomac de l'enfant et celui du vieillard ^ Les fèves pâlissantes et les bettes vulgaires, préparées par lui avec du vinaigre et du jus, plaisaient aux moines que le jeûne affamait. Le poivre et les condiments exquis lui étaient inconnus. Par contre, il savait bien piler dans un mortier sonore et chauffé le cumin et les herbes aromatiques. C'était sans doute le régal des fêtes ou le soulagement des infirmes.
On voyait quelquefois des étrangers s'asseoir à la table frugale des moines de Marmoutier. Sulpice, qui eut cet honneur, raconte que saint Martin lui versa d'abord de l'eau sur les mains ^. C'était un devoir de l'hospitalité chrétienne. L'impératrice voulut rendre elle-même cet humble service à l'évêque de Tours lorsqu'elle l'invita à dîner au palais de Maxime ^.
1 Facilem nos victum cibo siinplici capere coctis in gutta olei et aquae copia pultibus docuit : sed eas tanlo gratiae sale, tanta dulcedine caritatis condiebat, ut coquos et condituras non desideraremus, quia aquse purse oleum suavitatis, quod nulla muscarum importunitas exterminavit, simplicitas caritati juncta miscebat. Voluit ut... disceremus tristes manducare panem doloris, quamvis ex parte nobis pepercerit fabam tantum milio panicioque confundens, quod tamen forsitan alliyionis magis quam moderaminis fuerit. .. lentem quoque et hordeum et viciam miscuisset in crumilum, etc. S. Paulin, Epist. xxiii, 162-167,
2 Cum me sancto convivio suo dignatus est adhibere, aquam manibus nostris ipse obtulit ; ad vesperum autem pedes ipse nobis abluit. Sulpit. Sev. Vita S. Martini, i35.
^ Aquam manibus subministrat. Sulp. Sev., Dial. i, 188.
L'hôte de Marmoutier vit ie soir son vénérable ami et maître s'incliner devant lui et laver charitablement ses pieds.
Le monastère habité par les disciples de Martin était aussi simple que leur régime et leur costume. Inutile d'y chercher une vaste construction cénobitique. La nature avait préparé un gîte à quelques solitaires dans les grottes qui abondent sur les flancs du coteau. Les autres construisirent au pied, dans la vallée resserrée par le fleuve, des cabanes en bois isolées les unes des autres, assez semblables à celles dès bergers et des pauvres habitants de la campagne. Chaque frère avait la sienne^ ; il ne la quittait guère que pour aller à l'église ou au réfectoire. Celle de saint Martin était au centre d'une petite cour où il aimait à prendre le frais, assis sur un siège de bois. Il y eut là quatre-vingts religieux. Un édifice assez grand pour les contenir tous leur tenait lieu de réfectoire. Ils avaient une église, dédiée aux saints apôtres Pierre et Paul, rapporte Grégoire de Tours ^. Les religieux pouvaient en hiver se chauffer autour d'un foyer allumé ^. Était-ce à la cuisine ou dans une cellule spéciale ? Impossible de le dire. Il fallait, outre l'oratoire et le réfectoire, une cuisine pour
' Ipse ex lignis contextam cellulam habebat multique ex fratribus in eumdem modum. Plerique saxo a superjecti montis cavato receptacula sibi fecerant. Rarus cuiquam extra cellulam suam egressus, nisi cum ad locum orationis conveniebant, Id., Viia S. Martini, I20. . ,
- In monasterio vero qui nunc major dicitur basilicam in honore sanctorum apostolorum Pétri et Pauli œdificavit. GrecoRii Turonensis Hùtoria Francomm lib. X, 3i, éd. Arndt et Krusch, 444.
•■* SuLPiT. Sev. Dial., 11, 2i3.
SAINT MARTIN ET LES PREMIERS MOINES GALLO-ROMAINS. 3l
préparer les aliments et un cellier où renfermer les provisions. Le territoire sur lequel étaient bâties les cellules formait le monastère ; un mur ou une barrière quelconque l'entourait. Une porte d'entrée et un pseudoforum, ou porte dérobée, mettaient l'enclos en communication avec l'extérieur \
Il y avait à peu de distance de Marmoutier un second monastère, que saint Clair gouvernait. Des religieux, poussés par le besoin d'une solitude plus profonde, se bâtissaient une cellule dans la campagne, où ils vivaient en ermites. Ce fut le cas de l'ancien militaire dont il a été précédemment question ^. Cénobites et ermites ne formaient qu'un groupement monastique sous l'autorité du bienheureux Martin.
L'accès du monastère fut, dès cette époque, interdit aux femmes. Le saint eut l'occasion de formuler nettement sa pensée sur ce point. Un moine, ancien soldat, qui avait quitté son épouse pour mener la vie solitaire, sollicitait un jour la permission d'habiter avec celle qu'il avait abandonnée. Martin lui opposa un refus catégorique : « Dis"-moi donc, lui demanda-t-il, si tu as jamais vu une femme dans une armée qui est sur le point de combattre, ou même qui a tiré le glaive et sur le champ de bataille se trouve aux prises avec l'ennemi ? » Le soldat comprit la leçon. Le maître, se tournant alors vers ses disciples, leur fit la déclaration suivante :
^ Vidi postea ad pseudoforum monasterii ipsius adductum energumenum. Id., Dial, II, 2II-2I2.
^ Cellulam sibi eminus in remoto quasi eremita victurus erexerat. Id. , Dial. 1,192.
« Que la femme ne pénètre jamais dans le camp des hommes. Que les soldats soient à part, et que la femme vive retirée dans sa demeure. L'armée devient méprisable, lorsque les femmes se mêlent aux troupes. Que le soldat se tienne au camp, ou qu'il combatte sur le champ de bataille ; et que la femme vive tranquille derrière les remparts de la cité \ » Le sens de ce discours est évident. Le moine est le soldat du Christ ; le monastère est à la fois son camp et son champ de bataille. Les femmes ne sauraient y mettre le pied. Il en allait tout autrement, on se le rappelle, à Prumilhac, où Bassula vivait en compagnie de Sulpice et de ses disciples, et à Noie, où Tharasia partageait l'ascèse de saint Paulin.
A Marmoutier, le mobilier des cellules était aussi pauvre que le monastère lui-même. Le moine s'asseyait sur un trépied en bois semblable à ceux dont usaient les campagnards ^. La terre nue était la couche habituelle de saint Martin ; il se contentait d'y étendre un grand cilice, qui lui tenait lieu de matelas et de couverture ^. Sulpice et ses compagnons s'asseyaient, à la manière des Orientaux, sur un tapis grossier fait en poils de
1 Id. 192-193.
- Sedentem vero Martinum in sellula rusticana, ut sunt istae in usibus servulorum, quas nos rustici Galli tripeccias, vos scholastici autcertetu qui dé Graecia venis, tripodas nuncupatis. Cela, même à l'église. Id. D.ial. 11, 181. Quodam itidem die. dum in area, quae parva admodum tabernaculum illius ambiebat, in illo suo, quod nostis omnes, sedili ligneo resedisset. Id, Dial. 11, 2i3.
^ Quippe qui nuda homo, uno tantum cilicio superjecto, cubare consueverat. Id. Epistola I, 140.
chameau ^ Il prend soin de nous dire lui-même qu'il n'y prenait pas son sommeil. La couche dont il usait était moins dure que celle de son maître ^.
Nous ne savons rien de la vaisselle en usage à Marmoutier. Saint Paulin aimait à se servir de vases en terre. Il y trouvait un souvenir de l'origine du preriiier homme et une allusion au trésor confié par le Seigneur aux chrétiens. Ces ustensiles ne devaient pas être communs dans la Campanie. Il pria Sulpice de lui en procurer. C'est pour l'engager à le faire plus volontiers qu'il lui envoya une écuelle en buis ^.
Telle est la vie monastique que menèrent en Gaule saint Martin et ses disciples. Il n'entra point dans leur pensée de créer un type sur lequel les moines de l'avenir modèleraient leur existence. Ils ont vécu simplement, cherchant à réaliser par ces pratiques extérieures l'idéal de perfection religieuse conçu par eux. La vie personnelle de Martin était pour eux tous la règle incontestée sur laquelle ils modelaient leurs actions et leurs sentiments '*. La postérité monastique a trouvé leur œuvre bonne. Elle a su, tout en lui donnant les développements qu'elle comportait et que demandaient les besoins de l'Église et des âmes, la conserver à peu près intacte. On peut en suivre la trace durant tout le moyen âge ^.
^ Expansis in terram ciliciis consedimus, SuLPiT. Z)/«Z. I, i52-i54. ^ Id. DiaL, 190.
^ S. Paulin, Epist., v, n. 21; p. Sg.
* Discipuli fere octoginta erant, qui ad exemplum beati magistri instituebantur. SiVLpn. Vita S. Martini, 120.
* Voir sur la vie des moines de Marmoutier, Lécoy de la marche, Saint Martin, i86-2o3 ; Hauck, KirchengescJiichte Deutschlands' {llel'pfâg ; 1898), I, 52, etc. '■