‹ Les moines de l'ancienne France (période gallo-romaine et mérovingienne [microform]Chapitre 43 sur 78 · MALADIES ET MORTS · texte numérisé non relu

MALADIES ET MORTS

qu'il leur fut possible de trouver. Elles lui donnèrent ensuite la sépulture ^

Les moines et les moniales n'avaient pas tous une fin enveloppée d'une pareille auréole de sainteté. Les morts des saints ont seules laissé un souvenir dans l'histoire monastique de ce siècle. Elles présentent ce caractère pieux et tranquille ; les grands serviteurs de Dieu passaient comme naturellement de ce monde au royaume de leur Seigneur. Grégoire de Tours raconte ailleurs les obsèques de sainte Radegonde. On y reconnaît aisément, au imilieu des manifestations extraordinaires et personnelles d'une douleur et d'une vénération unique, des traits qui appartiennent à l'ensemble des funérailles.

Le saint pontife se rendit à Poitiers, dès qu'il sut la mort de la pieuse reine. Il la trouva étendue sur un lit funèbre : l'éclat de son visage surpassait celui des lis et des roses. La foule des moniales l'entourait. Elles étaient environ deux cents, quelques-unes de race royale, toutes gagnées par elle à la vie monastique. « Pourquoi, mère sainte, nous laisser ainsi orphelines ? disaient-elles en sanglotant. A qui nous abandonnez-vous dans notre désolation "^ ? Nous avions quitté père et mère pour vous suivre, et vous nous livrez à des larmes et à une douleur sans fin. Avec vous ce monastère nous semblait plus grand que les villes et les cités,...

1 Grég. de Tours, Historia Francorum, VI, 29, p. 367-268.

2 On reconnaît dans ce langage une réminiscence des paroles que les disciples de saint Martin lui adressaient au moment de son trépas. Les moines de saini Sénoch, comme les filles de sainte Monégonde, s'en inspirèrent dans une circonstance analogue. Grég. de Tours, Liber vita Patrum, xv, 4, xix, 4.

Que nous sommes malheureuses d'être abandonnées par notre mère ? Heureuses celles qui ont quitté la terre de son vivant ! ... » Elles continuèrent longtemps d'exhaler ainsi les plaintes de leurs âmes meurtries.

Grégoire leur fit entendre des paroles de consolation. Comme ces religieuses ne songeaient pas, au milieu de leur chagrin, à rendre les derniers devoirs au corps de sainte Radegonde, il s'entretint avec l'abbesse de ce qu'il y avait à faire. Les habitants les plus honorables de Poitiers le conjurèrent de remplacer l'évéque Marovée, retenu au loin par la visite de son diocèse. Tout d'abord il consacra un autel dans le monastère. Puis on transporta solennellement les restes de Radegonde. Les moniales, à qui les lois de la clôture interdisaient de l'accompagner, contemplaient le cortège des fenêtres de leur mur d'enceinte. Leurs sanglots émurent l'assistance, qui ne pouvait contenir ses larmes. La pieuse reine avait fondé auprès de son monastère une église destinée à recevoir son cadavre et celui de ses filles ^ Le corps était dans une châsse en bois, entouré de parfums. Il fut placé dans le vaste sépulcre ouvert pour lui. Grégoire récita les dernières prières. Marovée, à son retour, ferma lui-même le tombeau et célébra la messe dans l'église *.

Les moines, dès que l'un d'entre eux avait rendu le dernier soupir, lavaient son corps avec grand respect,

1 L'église actuelle de Sainte-Radegonde.

2 Grég, DE Tours, Liber de gîoria Confessorum, civ, 814-816. Baudonivie, Vita S. Radegundis, xxvii-xxix, Mabillon, Acta Sanctorum, sec. I, 3i6. Grégoire de Tours indique ailleurs les devoirs rendus à saint Salvi, que l'on croyait mort. Historia Francorum, VII, 289-291.

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