‹ Les moines de l'ancienne France (période gallo-romaine et mérovingienne [microform]Chapitre 42 sur 78 · CHAPITRE TREIZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIEME

Maladies et Morts.

Longévité. — Soin des infirmes. — La mort dans les monastères. —

Sépulture des défunts.

Le régime austère des mbines, sain pour qui avait la force de le supporter, conservait la vie. Tous ne connurent pas cependant l'heureuse longévité de Jean, abbé de Réome. A cent vingt ans, il n'avait perdu aucune de ses dents ; ses yeux gardaient toute leur vigueur, et sa mémoire, toute sa fidélité ^. Ce fait est probablement unique. Malgré le tempérament vigoureux et l'hygiène forte et simple des hommes de ce temps, il y eut des malades dans les monastères, l^a peste les décima souvent *. Les infirmités communes ne leur furent pas épargnées. On désignait à Sainte- Croix une sœur pour soigner les malades. Toutes se succédaient dans ce service, qui durait pour chacune la semaine entière. Non contente de remplir à son tour cette fonction charitable, sainte Radegonde se montrait

^ JoNAs, Vita Johannis àbbatîs Reomensis, xix, 5i6. Saint Théodulfe, à quatrevingt-dix ans, jouissait d'une santé parfaite. Vita S. Theoiulfi, xii, Mabillon, sec. I, 33o.

^ Marignan énumère quinze retours de la peste au VI^ siècle. Etudes sur la civi-

lation française, I, 72.

assidue auprès des infirmes et leur prodiguait les soins les plus délicats \

L'histoire des Francs conserve la relation de la maladie et de la mort d'une moniale de Sainte-Croix, sainte Disciole. Les sœurs veillaient sur elle avec une grande charité depuis le commencement de sa maladie. Le jour qui devait être le dernier, elle leur dit : « Voilà que je vais mieux ; je ne souffre plus. Il est inutile désormais de vous donner tant de peine à mon endroit. Retirez-vous plutôt afin de me laisser reposer. » Les religieuses quittèrent sa cellule. Elles revinrent bientôt après ; debout en face de sa couche, elles attendaient. Mais l'infirme, les bras étendus, demandait la bénédiction d'un être invisible ; « Bénissez-moi, disait- elle, saintes et servantes de Dieu. C'est pour la troisième fois que vous vous exposez à des ennuis. Pourquoi endurez-vous tant d'injures pour une pauvre femme telle que moi ? « Les sœurs l'interrogèrent sur le sens de ses paroles ; il ne leur fut rien répondu. Bientôt Disciole poussa un grand cri, sourit et expira. Il y avait alors un possédé qui demandait sa guérison devant la relique de la croix. On le vit subitement s'arracher les cheveux et, se roulant à terre, pousser des hurlements, mêlés de lamentations. Il avoua que saint Michel introduisait cette âme au paradis et que Satan n'avait rien trouvé en elle. Les moniales lavèrent aussitôt le corps de la défunte et l'enveloppèrent des linges les plus blancs

^ Venance Fortunat, Viia S. Radegundis, xxiii, 44.

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