‹ Les moines égyptiensChapitre 32 sur 34 · Zoi^ga. op. clf. p · texte numérisé non relu

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portait lui-môrue les légumes et les fruits du jardiu. Pareille couduite excita les murmures de ceux qui se croyaieut toujours à la veille de manquer de tout : « Psoti le jardinier, dirent-ils ii Schnoudi, n'épargne rien de tout ce qui se trouve au jardin : nous ne pouvons plus avoir ce qu'il nous faut pour nous-mêmes et pour les hôtes. » — u Si vous ne man([uez de rien, l'épondit Schnoudi, l*soti n'a pas tort. Ne trouvez donc pas de défauts en vos frères pour des riens. S'il le faut, je le ferai sortir du jardin ; mais la charité est bonne et ceux qui la pratiquent ne seront jamais pauvres. » Schnoudi connaissait la vertu de Psoti : c'est pourquoi il avait répondu de la sorte. Le soir de ce même jour, lorsqu'il eut fini sa prière, le vieil archimandrite s'étendit sur sa natte et le sommeil lui ferma les yeux, lui apportant l'oubli et le repos. En songe, il vit une femme d'une merveilleuse beauté, le visage étincelant comme l'astre du jour au milieu de sa course. Elle tenait par la main Psoti le jardinier et lui dit : (( Ne crains rien et n'empêche pas la charité que l'on pratique au jardin. Je suis la mère de la Vie : le Dieu du ciel et de la terre est mon fils bien-aimé. Je suis contente de toi, et content aussi est mon fils, Jésus le Messie. » En entendant ces paroles Schnoudi comprit que la dame était la Vierge. Elle s'adressa alors à lui : «Je t'ai amené, lui dit-elle, celui dont on est allé se plaindre hier près de toi ; s'il faisait quelque chose de mal, je serais la première à le punir ;

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mais maintenant on no peut rien lui roproclier. » En ce moment, la cloche du matin lit cesser le charme de la céleste vision : Schnoudi se leva et entra dans l'église où allaient se réunir tous les frères. Au milieu de la nef, il vit Psoti priant les mains élevées el les doigts lumineux comme des lampes. « Qui (^s-lu ? » lui dit-il. — « Je suis ton lils Psoti, » répondit le fellah. — « Qui t'a conduit ici ? » demanda Schnoudi. — « Celle qui te parlait tout à l'heure, » lui fut-il répondu. Schnoudi encouragea le frère, et, à la troisième heure du jour, il se rendit lui-môme au jardin pour voir ce qui s'y passait. Psoti vint au devant de lui, se fit hénir, et Schnoudi fut tout émerveillé de voir qu'une helle Dame se tenait près d'un hassin rempli d'eau, y lavait ses deux mains et celles de Psoti, et arrosait le jardin entier de cette eau sanctitiée, disant : «( Que par ton travail tout croisse et se multiplie. » Puis elle disparut au milieu d'une gerbe de lumière. Dès lors on Jiinquiéta plus Psoti.

C'est la seule fois que^ dans la vie de Schnoudi, il soit fait mention de la vierge Marie. Cependant il était allé à Ephèse, en 431, avec le patriarche (grille. L'auteur de sa vie lui fait jouer dans le concile un rôle important et raconte qu'il frappa Xestorius au milieu de l'assemblée. Malheureusement Nestorius ne se rendit jamais au concile. Pour revenir en Egypte, Schnoudi, oublié par son ami Cyrille, fut transporté dans les airs par le ministère des Anges. Il se consola sans doute

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ainsi par ces légondes de la petitesse du rôle qu'il joua.

iA' fut encore vers ce lem[)s extrême de sa vie (jue Sclinoudi se mit en communication avec l'apotre Paul. Jusqu'alors il ne semble pas lui avoir prête'' grande attention : sans doute les «euvres du grand apôtre ne l'intéressaient que médiocrement. In soir, il sendormit en priant^ et voici qu'un homme à l'air respectable, le visage lumineux comme le soleil, portant une ceinture d'où s'écbappait un parfum merveilleux, lui apparut en songe. « Qui es-tu. Monseigneur, lui demanda Schnoudi. et quelle est cette grande gloire qui t'entoure ? » — L'homme lumineux lui répondit : « Je suis Paul, l'apôtre et le serviteur de mon Maître Jésns le Messie, Fils du Dieu vivant. (^iOmme tu as aimé la charité, chéri l'aumône et pratiqué la miséricorde, comme tu as appris et pratiqué tout ce que j'ai écrit sur la charité, le Seigneur m'a envoyé vers toi pour te louer et te remercier de tout ce que tu as fait pour les pauvres et les indigents. «L'Apôtre resta près de Schnoudi jusqu'à ce que la cloche appelât les frères à la prière du matin ; il prit alors congé de lui. en lui donnant un pain béni par le Christ luimême et en lui recommandant de le mettre dans le magasin à pain. Au son delà cloche, Schnoudi se réveilla et trouva le pain. Il bénit Dieu et. comme les frères entraient dans l'église^ il glissa le pain dans le magasin à Finsu de tous, fit la prière et se retira dans sa cellule. Lorsque l'heure

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vint où chacun devait vaquer à sou travail journalier, le frère Tamarnios alla trouver Schnoudi et lui dit : « Père, viens bénir le nouveau magasin que je vais ouvrir pour y prendre le pain de la journée, » — « Mon fils, répondit Schnoudi, prends d'ahord tout ce qu'il y a dans celui qui est ouvert présentement. » — « Pardonne-moi, père, reprit Tamarnios, il n'y a plus qu'une grande coulte. » — « Va donc, répliqua Schnoudi, sors cette coutîe et tu verras l'œuvre du Seigneur. » Tamarnios se rendit au magasin où rattendaient les frères sous ses ordres ; après quelques instants, comme Schnoudi n'arrivait pas, Tamarnios donna l'ordre de sortir d'abord la grande coulfe ; mais la porte, quand on voulut l'ouvrir, résista à tous les efforts. Il fallut la présence de Schnoudi pour que la porte récalcitrante cédât ; et alors, ô merveille, le magasin apparut aux yeux ravis des frères, rempli de pains autant qu'il pouvait l'être. En souvenir de ce prodige on a nommé ce magasin le Trésor de bénédiction.

Il fut sans doute fort heureux pour le monastère et ses habitants que le ciel prît soin de pourvoir à leur nourriture ; car pendant les dernières années de la vie de Schnoudi la situation ne paraît pas avoir été brillante. Un jour vint même où la famine apparut hideuse à la porte du couvent. « Le Seigneur a condamné la terre, dit Schnoudi à ses moines ; nous devons porter notre part de la condamnation. » Comme le blé manquait totalement, Schnoudi donna l'ordre à Visa de prendre

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l'argent du couvent et de se rendre à Akhmiiu pour y acheter du blé. Mais soit que la disette fût Jurande, soit que le souvenir des horreurs dont elle avait été le théâtre eût indisposé la ville contre le moine, personne ne voulut vendre de o-rain à Visa. En vain frappa-t-il aux portes les plus amies : toutes se fermèrent à son approche. IL lui fallut retourner au couvent sans rien apporter. A la nouvelle de cet échec, Schnoudi seniporta contre la ville égoïste, il la maudit, elle et tous les accapareurs qu'elle renfermait en son sein. Le vieux moine se rendit alors à l'église où quelques frères se rassemblèrent bientôt, il ouvrit la porte du sanctuaire, pria amèrement et. la main droite levée au ciel, il s'écria : « 0 Dieu, ne nous chasse pas d'ici^ mais regarde cette sainte demeure et ton peuple malheureux qui t'implore. » Alors il ferma la porte de l'autel. Longtemps encore il continua sa prière et. à chaque imploration, ceux des moines qui lavaient suivi, prosternés sur le pavé du sanctuaire, répondaient de leurs voix profondes : « Kyrie, eleison^ Seigneur, prends pitié de nous. » L'angoisse était grande : ces saints religieux ne pouvaient considérer avec calme la mort venant à eux avec les tortures de la faim. Soudain la porte du sanctuaire s'ouvrit d'elle-même : l'église apparut éclairée comme en plein jour, quoique la nuit fût profonde, et, dans la nef. ô miracle, un immense tas de blé. Visa, (jui se trouvait le plus rapproché de la porte, fut le premier à s'apercevoir du prodige, sans sedou-

HISTOIKE L)K SCHNOIDI XW

ter que quelque àine charitable avait eu pitié de leur détresse et l'avait suivi de près ; il avertit son père et ses frères du prodige qui venait de s'opé- ]er. Schnoudi se'leva et fit relever les frères : tous admirèrent le secours de Dieu, mais trois seulement Schnoudi, Visa et Juzah le secrétaire de l'archimandrite, virent le ti'iple bataillon d(*s saints martyrs, des Anges et des moines ([ui étaient rangés autour du tas de blé. Schnoudi les connaissait tous ; à la requête de Visa, il les lui nomma par leurs noms. Puis on appela quelques frères à la dérobée, on transporta le blé dans les magasins et quand, le matin, la communauté entra dans l'église pour la prière, nulle trace n'y restait de ce qui avait eu lieu et personne ne se douta que le couvent venait d'échapper à la famine.

De pareils faits montrent combien la situation était teivlne et qu'à la longue les défauts de Schnoudi avaient porté leurs fruits. La nuit se faisait autour de lui, de plus en plus profonde : ses plus ardents admirateurs disparaissaient les uns après les autres, ses amis le quittaient pour l'autre monde : il restait seul de sa génération. Il éprouvait ainsi les inconvénients de cette trop longue vieillesse qu'il avait aimé de représenter à ses moines comme la récompense de ses mérites, et qui, à bien plus juste titre, pourrait être regardée comme le châtiment de sa vie. Il se retirait souvent encore dans sa caverne du désert, et là, seul avec lui-même, n'osant peut-être plus autant peupler

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sa solitude de fantômes divins, il avait tout le temps de repasser son existence et de méditer ses actions. Il ne semble pas cependant que le moindre doute ait envahi son àme : il avait, croyait-il, conscience d'avoir accompli sa destinée. Jusqu'à la tin son corps était resté assez robuste et sa pensée n'avait eu dautre défaillance que celle qu'apporte nécessairement une vie trop prolono'ée. tjuand il était seul, il pouvait donc encore avoir confiance en lui-même : mais quand il se retrouvait dans son monastère, quand il n'y voyait plus ces âmes courageuses qui avaient lutté avec la sienne, alors qu'il n'était qu'un enfant, l'ennui le prenait, il doutait et désespérait de l'avenir et l'etrouvait ses plus rigoureux accents pour donner ses dernières instructions, persuadé que plus la parole serait violente, plus l'impression serait forte. Il se trompait : s'il put le voir de Tautre monde, il dut en être convaincu.

Quoiqu'il en soit, il se promettait les honneurs delà sainteté après sa mort, mais il redoutait les frères qui s'étaient montrés ses ennemis. Il prit donc ses précautions contre eux. il les voua sans pitié à la malédiction dans l'une de ses allocutions par lettre qui fut peut-être la dernière. (( Sur les hommes et les femmes qui observeront mes recommandations, dit-il, descendront de Dieu toutes les bénédictions que j'ai dites. Mais que toutes ces malédictions tombent sur quiconque après ou avant ma mort les empêchera de lire l(>s paroles érritos dans ce livi'o. dans cette lettre.

HISTOIRE DE SCHNOIDI

dans collos que nous avons déjà écrites ou que nous pourrons encore écrire. Soient bénis Ions ceux qui, en tout temps, montreront du zèle pour lire mes écrits ou du pliisir à les entendre, qui observeront et rempliront les préceptes que j'ai donnés. C'est pourquoi non-seulement j'ordonne aux frères qui ne forment qu'un même cu'ur avec nous de prendre soin de toutes les paroles (|ue nous écrirons dans ce livre ou que nous avons déjif écrites ; mais je leur recommande de g:arder encore les vêtements que j'ai souvent mis en pièces, les déchirant du haut en bas, quand mon Ame était triste jusqu'à la mort. Je recommande donc à ces frères qui nous sont unis et qui me survivront de garder mes vêtements déchirés pour les montrer à ceux qui viendront après nous ; et alors, ou dès maintenant, à quiconque entendra les paroles écrites dans ce livre ou dans mes lettres précédentes, ou celles que je pourrai encore écrire, et dira : « Qu'est-ce donc que ces vêtements déchirés? que ces discours écrits avec des malédictions ? »' on répondra : « Celui qui veille sur le monde entier et le parcourt souvent en secret, est souvent passé par nos communautés, ne se révélant à personne, homme ou femme, sinon à ses seuls anges. » On répondra encore : « En ce temps-là le Seigneur dans sa grande colère nous a maltraités ; il a détourné son visage de nous dans la grandeur de son courroux : il a fait tomber sur nous de grandes malédictions, de méchantes oppressions, de dures épreuves

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paivo que nous avions péché envers lui. Il a (lécliaîné Satan contre nous, comme un lion qui ravit et brise tout : il a frappé ceux qui nous appartenaient. » Qu'on dise encore : « Mais lorsque nous eûmes fait pénitence dans une grande affliction, dans la faim et dans la soif, dans des pleurs et dans des larmes sincères, il a tourné son visage vers nous, il a oublié sa colère pour ne pas nous châtier, il nous a enlevé ses malédictions, il nous a fait une grande miséricorde, il nous a comblés de ses bénédictions. Il a étendu sur nous avec pitié sa main et sa verge : il nous a purihés comme le métal, il a fait disparaître du milieu de nous des hommes impurs et pécheurs plus que tout homme, ainsi qu'il est écrit : Je perdrai ceux qui sont désobéissants, j'enlèverai de toi tous les impies et tous les orgueilleux, afin que j'affermisse leur jugement, comme il était d'abord, et que je rende leurs conseillers à leur premier état. » Qu'on ajoute : « C'est ainsi que le Seigneur s'est conduit avec nous, car nous sommes ses serviteurs : il nous a instruits avec pitié, réprimandés avec miséricorde, car nous sommes tous ses enfants et il est notre père. » Et que tous ceux qui en ce temps-là ou dès maintenant prendront souci des paroles écrites en ce livre répondent en disant : « Maudit soit celui qui traite de vaines ces paroles, les malédictions et les bénédictions qu'il a prononcées, car rien, disent-ils, n'arrivera de ce qu'il a dit : que toutes ces malédictions s'abattent sur eux en ce tomps-lri (Mi dès ce jour. •> Qu'on dise

HISTOIRE DE SCIIXJI 1)1 :{*).")

encore : « Qu'ils meurent et soient étrangers à

celui qui les a créés^ ceux qui ne croient pas que

Dieu fera toutes ces choses avec nous ; car il est

écrit : Dieu n'est pas le Dieu des morts, mais des

vivants. » Qu'est-ce à dire que Dieu n'est pas le

Dieu des morts, mais celui des vivants, sinon que

ceux qui sont morts sont étrangers à Dieu, et que

ceux qui vivent appartiennent à Dieu. » ^ Et sur

ce texte cédant à son amour des explications

extraordinaires, le vieux Schnoudi se lança dans

des digressions sans intérêt. Comme toujours Tœuvre est incomplète ; nous ne pouvons savoir jusqu'à quel point allèrent les craintes de Schnoudi ; mais ce que nous venons de citer suffit à montrer que ces craintes existèrent et qu'elles empoisonnèrent les derniers jours de sa vie.

Vers ce temps un fait vint encore lui rappeler qu'il n'était pas immortel et que bientôt sans doute il lui faudrait sortir de ce monde périssable. Ce fut la mort de Thomas, anachorète qui habiiait la montagne de ^chinschif, ' grand homme de bien, grand ami de Schnoudi. Ce saint homme, au rapport de Visa qui prétend citer les paroles de Schnoudi, avait été favorisé des mêmes faveurs célestes que l'archimandrite d'Athribis, et une affectueuse intimité s'était établie entre les deux ascètes. Quand sa mort fut proche, Thomas en fut averti par une révélation, et il se rendit près de

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