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Cest-à-tlirf. coiumo des statues

Il 18 lui lŒ J)i: SCIINOIIJI 3^Jo

village voisin. L'un d'eux, un démon sous forme Ininuiine, au dire de l'auteur, parcourut le village (Ml criant : « Fuyez, fuyez-tous, car voici Visa et Macairc de Tkôou. » Comme les destructeurs allaient entrer dans le village, ils rencontrèrent 1(* grand-prètre Homère : « Pourquoi donc n'es-tu pas venu célébrer la fête de nôtres égorgement ? lui dit Macaire d'un ton insolent ; on a été sur le jioint de nous couper la tète en l'honneur de ton dieu Kothos !» — « Toi, vieillard, répondit Homère avec mépris, tu n'es pas digne que de ton sang on fasse une libation à notre dieu ! — « Qu'on le saisisse, » s'écria Macaire transporté de fureur. Et le grand-prètre dans la naïveté de sa foi pria son dieu : « 0 grand dieu Kothos, s'écria-t-il, archistratège de l'air, iils d'Apollon, sauve-moi, car je suis ton grand-prètre. » Mais hélas ! Kothos resta sourd et son grand-prètre fut brûlé vif au milieu du village. Toutes les statues qu'on trouva furent brisées et jetées dans un immense brasier : il n'y en eût pas moins de trois cent six. Les chrétiens exultaient, la victoire (le leurs chefs était complète. Les païens du village s'étaient enfuis pour la plupart vers la montagne : ceux qui étaient restés durent recevoir le baptême. Le butin fut immense : les propriétés abandonnées devinrent la proie des I vainqueurs, et chacun se retira content d'avoir ainsi servi le Seigneur. Dieu ratifia-t-il leurs pensées et vit-il pareille action d'un œil agréable ? (le fut le dernier acte de vandalisme auquel se

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trouva niolé Schiioiidi, ot nous devons maintenant voir quelle est la part de responsabilité qui lui incombe. Une seule circonslance pourrait Texcuser, Tobli^j^ation où il se fût trouvé d'adopter une j)areille conduite. Si le gouvernement des empereurs grecs l'eût chargé de ruiner les temples, de briser les statues et de faire disparaître tout vestige de l'ancienne religion, l'historien pourrait le plaindre d'avoir été désigné pour une pareille œuvre, mais il ferait remonter la responsabilité plus haut. Mais jamais on ne lui donna de semblables instructions. On a souvent répété que le décret de Théodose a ruiné tous les anciens monuments de l'Egypte. Les historiens grecs Socrate, Sozomène. après Théodoret auquel il faut joindre Rutin en Occident^ en racontant la destruction des temples de l'Egypte par le patriarche Théophile, ont écrit que ces actes de vandalisme s'opérèrent avec le consentement de l'empereur, sous Tadministration de Romanus, comte d'Egypte. Or il se trouve que dans le code Théodosien on a conservé un rescrit impérial adressé à ce même Romanus au sujet des sacrifices idolàtriques dans les temples égyptiens : ce rescrit est daté du l.j des kalendes de juillet 29t. * On n'y saurait découvrir la moindre parole ([ui pût encourager à la dévastation des monuments de l'antique Egypte. Seul, un décret d'Arcadius. de l'année

1. Oo peut voir ce décret dans le code Théodosien, édit. Hitler 17i8, tom. VI p. 249.

lUSTUlUE Di: SCH.NULDl

391) ordonne de démolir sans trouble et sans tiinuilte les temples qui se trouveraient dans les campagnes. ^ C'est sans doute ce dernier décret qui assura les dévastateurs de l'impunité et qui I encouragea Schnoudi. Ce moine, peut-être en raison du même décret, parla toujours d'Arcadius en termes pompeusement élogieux et le regarda comme un saint. Cependant malgré le décret impérial, Schnoudi n'avait daucune manière été chargé d'exécuter la volonté de l'empereur. S'il se jeta dans la dévastation avec la Ibugue et l'impétuosité que nous avons vues, il ne ht qu'obéir à son propre tempérament. Sans doute il avait connaissance des exploits de Théophile le patriarche et des moines alexandrins : il ne voulut pas rester en arrière. Que pouvait-il faire de mieux que de marcher sur les traces du patriarche révéré comme un Dieu ? Le patriarche était saint, il ne pouvait commettre d'action coupable : d'ailleurs comment la ruine d'impurs édihces idolàtriques aurait-elle pu olîenser Dieu? Sûr de la sainteté d'une pareille conduite, n'ayant pas d'un autre coté à redouter la justice humaine, ayant au con-

1. Voici les termes du décret lui-iiiùiiie : si qua in agris tem- |)la suiit, sine turba ac tuniidtu diruantur. His enim dejectis atqiie siil)l<itis oninis supcrstitionis niateria consunietiii'. — Evidemment ce décret est de trop, mais la manière dont on l-exécuta en Egypte dépassa de beaucoup les termes mêmes de la loi. Il est vrai que la connaissance du caractère et des mœurs des habitants de l'Egypte eût dû ouvrir les yeux ; mais les jurisconsultes, tout comme les autres hommes, ne peuvent penser à tout, et ils comptaient sans doute sur les gouverneurs locaux pour prévenir les désordres comme ceux dont S<'hn(.»udi fut la c.nisp et k héros.

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traire on sa faviMir les sympathies et rassislaiice de la foule, Sehnoudi ne pouvait manquer d'agir comme il agit. Il ne regarda que son Dieu et la loi elle-même. Peu lui importa que le Dieu (ju'il se faisait l'iit rempli d'imperfections et que la loi mit certaines conditions à la démolition des édifices consacrés au culte polythéiste : quand môme les païens n'auraient pas opposé de résistance, il eut trouvé moyen de les faire sortir de leur calme, aiin d'avoir le plaisir et le mérite d'exterminer leur race impie. Ce qu'il lit dans le village de Pleuit le montre suffisamment. Aussi ni la licence donnée par la loi. ni l'exemple du patriarche Théophile ne peuvent lui enlever la plus petite des charges qui pèsent sur lui : la loi ordonnait de ne procéder à la démolition qu'au cas où la ruine pouvait se faire sans désordre : Schnoudi, pour arriver à ses fins, massacra ses concitoyens, employa le fer et l'incendie, fit disparaître des villages entiers. L'emploi judicieux de sa raison eut dû lui montrer que de semblables actes ne peuvent être approuvés de Dieu malgré l'exemple d'un patriarche, quel qu'il fût. Schnoudi est donc complètement inexcusable dans sa conduite envers les païens du nome d'Akhmim. Il n'obéit qu'à son fanatisme aveugle, d'autant plus coupable. (|u'il avait à son service une intelligence plus développée et une instruction plus étendue. C'est sur lui et ses pareils, plutôt que sur les lois et les actes de l'administration grecque, qu'il faut faire r'etombei' Irmtes les sévérités de l'histoire. Il v eut

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sans doute de son temps beaucoup de dévastations et de ruines en Egypte : il suffît de parcourir les monuments encore debout pour en être convaincus, car, dans les temples qu'on n'a pas détruits, on n'a pas épargné une seule sculpture ; mais nulle part, pas même dans la ville d'Alexandrie, on ne déploya une pareille fureur: dans tout le pays d'Akfimim il ne reste pas un seul éditlce debout, Schnoudi détruisit tout, à peine retrouve-t-on remplacement des temples à Akhmim et près du couvent du célèbre moine.

A quelque religion qu'il appartienne, à quelques pensées philosophiques et à quelques systèmes qu'il soit attaché, un historien qui ne fait pas partie d'une nation encore barbare, ne peut approuver un pareil fanatisme. La pensée inspiratrice de semblables sacrilèges ne saurait trouver grâce à ses yeux. Dieu n'a confié à personne icibas le soin de le venger, ni même de le faire connaître de gré ou de force : il a donné à chaque mortel un merveilleux instrument pour arriver à sa connaissance. L'homme est libre, et rien n'est plus sacré que la conscience individuelle. La force n'a aucun droit contre la conscience : les religions qui l'oublient s'exposent à se voir appliquer la peine du talion : l'histoire est là pouj' montrer que les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets, que tout sur terre commence petitement, grandit et décroît: seule l'idée est immuable.

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La mort épargna à ScbnoiicU ramertiime dos évononionts ([iii allaiont so prodiiiro pour rEgvplo. (lomme sou père Dioscoro se rondail à Constantiuople pour assister au funeste concile de Ghalcédoine, le vieil archimandrite aclieyait sa cent dix-huitième année et ses jours étaient désormais comptés. Souvent il avait répété à ses enfants : << Dieu m'a accordé de vivre sui' la montagne d'Athribis la vie que vécut Moyse ; mais, si vos crimes m'y contraigaent, je lui demanderai d'abréger mon existence. » La précaution était sage. D'ailleurs nul doute que les dernières années du vieux lutteur n'aient été abreuvées d'amertume. Il recueillait à la tin de sa vie les fruits de ses violences immodérées de paroles et d'actions. Il avait eu beau maudire ses

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iiioiiios, SOS malédictions n'avaient pas rap[)i'()cli('' leurs cœurs du sien. Il avait autour de lui entassé ruines sur ruines et voilà que ces hommes, dont il avait en ([uelque sorte opéré le salut malgré eux. ne lui en savaient aucun gré et même lui en tenai(Mit rigueur. A quoi donc lui avait-il servi de dépenser ainsi sa vie pour les autres ? Au moins Dieu lui restait. Dieu qui voit le fond des cu'urs et qui avail vu combien ses intentions étaient pures. 11 ne semble pas avoir un seul moment . conçu le plus légcM' doute à cet égard : c'est sa meilleure excuse devant l'histoire, car elle prouve combien il était convaincu ; mais elle ne peut d'aucune façon le faire absoudre.

Il pensa souvent dans ses derniers jours à l'avenir de sa congrégation, quand il aurait disparu d'au milieu d'elle. Il avait trop conscience de l'imperfection de son o'uvre pour ne pas voir cet avenir sous les plus sombres couleurs : il connaissait ses moines, il savait que sa main de fer n'avait pu les contenir : qu'arriverait-il donc quand il ne serait plus là ? Pourquoi avoir répété sans cesse les plus belles promesses, pourquoi avoir essayé de nover les cœurs dans la confiance la plus absolue, si l'heure de sa mort devait être l'heure de la décadence? Cette décadence n'étaitelle [)as d'ailleurs commencée de son vivant? Ces pensées assiégeaient son esprit à toute heure, et le jour vint où il ne put les retenir. Il le savait bien, dit-il à ses moines, un jour viendrait parmi eux, où celui ou celle qui voudrait servir Dieu en

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touio iidélité se trouverait au milieu d'une multitude ennemie de Dieu, se délectant dans les profanations, les fraudes et les iniquités de tout ^enre. Il nV aurait plus en son monastère que vols, mensonges, jeux, dires, bavardages, calomnies, murmures, avarice, acception de personnes, gourmandise, vaine gloire, blasphèmes, scurrililé, risées, haines, inimitiés, envie, sottise et indocilité ; bien plus, toutes ces œuvres ne seront pas mises au nombre des péchés : hélas ! hommes et femmes, par suite de l'abondance de leurs crimes, ignoreront que les enfants profanes, selon la parole de l'Ecriture, sont étrangers à Dieu. La fornication du cœur surpassera la fornication charnelle, et tour à tour la fornication de la chair laissera loin derrière elle la fornication du cœur : les mauvais désirs, les œuvres de la chair envelopperont hommes et femmes dans les festins, l'ivresse et toute sorte de luxure, surtout parcequ'on se livrera à la paresse et à l'oisiveté et que la ferveur sera éteinte. Aussi Satan avec tout le bataillon de ses impuretés fondra sur eux : tous aimeront le mal ; la justice, la vérité, l'observance de la règle en seront réduites à se cacher. Cependant elles régneront toujours en quelques cœurs qui ne se laisseront jamais entamer par l'iniquité, la sottise et le mensonge. Pendant sa vie ceux qui lui avaient été fidèles avaient foulé aux pieds les œuvres du démon : il en serait de même après sa mort. Ni Satan, ni pécheurs, aucune iniquité ne : pourrait prévaloir contre ces heureux, mais rares

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serviteurs de Dieu. Finalement il le voyait bien, la parole du prophète s'accomplirait : « Le Sei- 2:neur t'a nommée un olivier bel à voir, donnant de l'ombrage à celui qui l'émonde ; mais maintenant le feu l'a dévoré, il est dans la désolation et toutes ses branches ont été dévastées. ;> Il avait lui aussi espéré que sa vigne chérie produirait une abondante récolte de raisins, et voilà qu'elle n'avait produit que des ronces. C'est pourquoi la colère de Dieu passerait comme le souffle violent de la tempête, soulevant la paille et la poussière, les dissipant dans les airs. Souventes fois il avait voulu les arrêter dans leurs péchés : mais quel est l'homme qui peut avoir la puissance d'arrêter le pécheur se précipitant dans l'iniquité. Qui était-il. lui Schnoudi. qu'étaient ses paroles pour retenir qui que ce fût dans la voie du crime, homme ou femme ? pour les empêcher de commettre leurs ruses, leurs vols, leurs faux serments, de lutter les uns contre les autres, de mentir, de se jalouser réciproquement I II était dans la position de quelqu'un qui aurait accusé ses frères d'une faute qu'il aurait lui-même commise. On lui reprochait en effet un grand nombre des actions de sa vie. d'avoir profané le temple de Dieu dans sa jeunesse, aujouroii il avoua sa fornication, lorsque la crainte seule de Dieu le poussa, pai^ l'entremise de l'homme qui lavait interpellé, à porter secours à ce même homme, à l'arracher des mains de Satan, à le tirer de son iniquité et à le soustraire à la colère de Dieu . Une autre

lois, sans que personne rinterrogeàt, il avait menti. ^

Ainsi se termine ce frasrment dont nous ne pouvons trop regretter la mutilation ; s'il nous fût arrivé complet, ce sermon du vieux moine nous eût permis de connaître un à un les reproches (ju'on lui faisait. Evidemment, alors que ses forces avaient baissé, on le craignait de moins en moins et les actions qu'il croyait avoir été le plus animées du zèle de Dieu lui étaient reprochées comme des crimes. Aussi son àme dut être en proie à des douleurs sans nom et à un profond découragement. Il avait encore, il est vrai, à son service la ressource du merveilleux ; mais ses prodiges ne trompaient plus que ceux qui voulaient être trompés. (]e fut vers la tin de sa vie qu'il dit avoir été favorisé par l'apparition de la Vierge Marie. Il dut y avoir recours pour calmer l'une de ses inimitiés si fréquentes dans les couvents ou dans les cloîtres. Il y avait dans le couvent de Schnoudi un frère nommé Psoti : il connaissait en perfection l'art de la culture, était aussi habile à planter les arbres qu'à semer les légumes ; mais il avait le cœur charitable et la main généreuse. A quiconque lui faisait une demande, il donnait. Ses largesses s'étendaient surtout aux frères besogneux qui vivaient dans les tombeaux, habitaient dans les grottes, aux anachorètes retirés dans la montagne : il leur

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