‹ Les moines et les sorcières d'Ancy au XVIe siècleChapitre 1 sur 28 · DES VIGNERONS D'ANCY ET DL LEURS INFORTUNES · texte numérisé non relu

DES VIGNERONS D'ANCY ET DL LEURS INFORTUNES

n l'an 1507 de la venue de notre divin Sauveur, le finage d'Ancy était divisé en trois bans, à savoir : celui du châ- L teau dépendant de la ville de Metz ; celui de Saint-Paul, qui était au chapitre de la cathédrale, et le ban Saint- Vincent, qui faisait partie du domaine de l'abbaye de ce nom.

Cette abbaye possédait en la terre d'Ancy maintes belles vignes, prés, bois, saussaies, bêtes et gens, ainsi qu'un prieuré où se trouvait une chapelle consacrée à monsieur Saint Vincent, et qui était toujours ornée magnifiquement. Les vignerons d*Ancy, tous gens de bien, et craignant Dieu autant que le gel et la grêle, avaient coutume de rendre les plus grands honneurs à leur saint patron et lui vouaient sans cesse dès cierges de quatre livres afin qu'il eût en soin et cure spéciale

le précieux bourgeon, père du piot mosellan.

En retour de cette louable dévotion, monsieur Saint- Vincent ne manquait pas de porter à Dieu les requêtes des pauvres serfs et tenanciers, et il s'efforçait de garder de mal toutes les vignes du pays, en compagnie des joyeux saints Noé, Bacchus et Fructueux qui sont les meilleurs de tout le calendrier et les plus sûrs garants de bonne récolte. Cependant il advenait quelquefois que la vendange était fait2 à Pâques ou à la Pentecôte, car le bourgeon était perdu lamentablement par l'effet des gelées, bruines et grêles maudites, que les saints protecteurs n'avaient pu détourner à temps sur une autre contrée.

Partant toute la joie du pays était ruinée, et Tespoir des buveurs jeté à vau-l'eau bien tristement, car il n*est pour les vignerons de meilleur vin que celui de leurs vignes, fùt-il âpre au bec comme des nèfles et des prunelles vertes.

Et chacun s'affligeait longtemps à la vue dès pauvres pineaux mortifiés par les intempéries qui ne laissaient que des sarments brouis dont le plus fin alambiqueur n'eût extrait goutte qui vaille. Dans cette infortune, les vignerons considéraient que les gelées et la grêle venaient toujours dans les pays où il n'en fallait point, et ils accusaient la justice et la bonté de Dieu de n'avoir pas envoyé ces calamités aux infidèles Sarrasins qui font

tous les ans pleine vendange, bien qu'ils ne soient bufveurs de vin, et qui méritent d'être châtiés plutôt que les bons serviteurs de l'Eglise.

Mais après s'être bien, lamentés, ils se réconfortaient en leur foi, faisant de nécessité vertu, et ils montraient derechef belle mine à monsieur Saint Vincent, jusqu'à ce qu'il leur baillât une ample récolte, pour oublier les peines d'antan, pour faire joyeusement la fête et pour payer les dîmes, tailles, cens, et toutes redevances ordonnées de par Dieu.

Alors, en prix de leurs denrées et corvées, il leur était octroyé, par les moines du couvent, des belles messes en latin, bénédictions, absolutions, et pleins boisseaux d'indulgences, qui sont monnaie de singe, et ne valent une aune de boudin frais.

Et par le malheur des temps, les pauvres gens allaient leur vie durant, retournant la glèbe, fichant les paisseaux, taillant les ceps, vendangeant pour autrui et faisant maigre chère non moins que grosse besogne pour leur salut en l'autre monde. Mais ce pitoyable état de vie est bien changé de nos jours, et l'on voit des paysans plus riches en écus et en terres que maints gentilshommes glorieusement titrés, mais qui mangent plus de couenne que de lard, en dépit de leur blason et en pénitence des péchés de leurs ancêtres, C8LT, l'on n'est pas toujours logé à la même enseigne, ce dont Dieu soit loué !

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