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leurs moules vides, car c*était alors le temps de la canicule, qui, de toutes les saisons, est la moins favorable aux galants, suivant l'opinion de Pline et d'Aristote, qui assurent, en bon français, que Ton doit :
« Aux mois qui n'ont pas d'R, Peu biscotter et bien boire ».
Toutefois, il faut en excepter le mois de mai, qui est le plus dédié à Tamour, comme chacun a pu le constater. Aussi les Espagnols, qui sont très experts dans ces question^, disent-ils communément en leur patois : « Junio, julio y aitgustOf quatre nodios in braguetta ». Certes, ils peuvent se conformer à leur proverbe durant ces trois mois, pour éviter des piteuses défaites, car, dans le reste de Tannée, ils dénouent assez volontiers leurs aiguillettes pour le service de leurs dames. Et plût à Dieu que lesdits Espagnols, en leurs navigations par les mers des Indes, eussent trouvé leurs braguettes dûment closes par quatre mille nœuds, si bien serrés qu'ils n*eussent jamais pu les défaire. Par la figue I les pauvres paillards, de par le monde, s'en seraient mieux trouvés, n'ayant pas à redouter la plus méchante maladie qui se puisse gagner dans un bon lit.
Mais ce n'est le propos. Il est reconnu que dans toutes les joutes, et surtout dans celles qui se
font en Thonneur de Vénus, les plus habiles et les plus Taillants ne sont pas toujours assurés de la victoire. Car, par une trop grande contention de Tesprit, et le véhément désir d'atteindre la bague, le chevaucheur se voit souvent empêché de bouter droit au but, ce dont il est bien penaud devant sa dame, à ce que dit TArioste :
K Ne Vinconstro il suo destrier trabocca
« Che al desio non risponde il corpo in fer m o.
« Ttttte le vie^ tutti II niodi tenta,
« Ma quel pigvo roszo non pero salta,
« Indarno il fren gll scuote e lo tormenta
« E non plia far che tenga la testa alta ».
Tel est aussi le sentiment de saint Augustin, qui déclare, en sa Cité de Dieu, que rien, dans Tamour, ne dépend de notre volonté ; et il faut le croire, car il avait mené joyeuse vie avant de se faire ermite.
D'abondant, sur cette matière nous avons de bonnes et irréfutables autorités dans les sacrées décrétâtes du pape Clément ; « De frigidis et ma- Uficiatis », et dans les plaisants procès, durant lesquels le congrès des époux fut ordonné par devant experts.
Mais il n'est si belle glose qui vaille l'expérience d*un chacun, et vraiment, dans cette malencombre, l'on n'a que faire des chats fourrés de la
Sorbonne et de leurs subtiles argumentations.
C'est pourquoi monseigneur Balthazar estima judicieusement qu'il avait l'aiguillette nouée par l'influence de la chouette, qui devait être le diable ou quelque sorcier ennemi des moines.
Dans cette pensée, il se signa du signe de la croix afin de détruire le sortilège et de mettre en fuite l'oiseau de malheur.
Mais cette pieuse pratique de ruffien aux abois ne lui fut pas plus efficace qu'au bon roi Louis XII, pour la première nuit de ses secondes noces; et, ei dépit de l'exorcisme, le prieur Balthazar demeura maléficié et refroidi comme devant.
Alors, considérant la Claudette, qui, dans sa pâmoison, ne bougeait pas plus qu'une statue de marbre, le prieur la trouva encore plus belle et plus appétissante, à son grand regret, si bien qu'il la prit pour une fée, qui, par sa beauté, avait voulu l'induire en tentation et se rire de lui.
Dans son dépit, il lui fit de terribles menaces pour la contraindre à garder le silence sur cette piteuse aventure, et il sortit du château en faisant bonne contenance et en donnant d'amples bénédictions aux gens qu'il rencontrait sur son chemin.
Lorsque le prieur eut déguerpi, la Claudette, ayant repris ses sens, rendit grâces à Dieu et à madame la Vierge, qui l'avaient assistée daus san
péril. Puis elle se hâta d'ajuster ses accoutrements puur n'ètra pas blasonnée par les gens du château, car le prieur, comm3 un larron d'honneur, avait malmené sans merci le corsage et la gorgerette de la pauvre chambrière. Mais c'était un petit dommage pour un grand bien, et la Claudette s'estimait très heureuse d'en être quitte à ce prix, contrairement à maintes belles et honnêtes dames, qui se fâchent moins de dix accrocs à leur vertu que d'un seul à leur robe, et qui disent, dans leur langage de ribaudes, que ceinture dorée vaut mieux que bonne renommée.