‹ Les mollusquesChapitre 1 sur 119 · DE LA PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA PREMIÈRE ÉDITION

M'étant voué par goût, dès ma première jeunesse , à l'étude de l'anatomie comparée, c’est-à-dire des lois de l'organisation des animaux et des modifications que cette organisation éprouve dans les diverses espèces, et ayant depuis près de trente ans consacré à cette science tous les momens dont mes devoirs m'ont permis de disposer, J'ai eu pour but constant de mes travaux, de la ramener à des regles générales, et à des propositions qui en continssent l'expression la plus simple. Mes premiers essais me firent bientôt apercevoir que je n’y parvien-

drais qu'autant que les animaux dont jaurais à faire

\i PRÉFACE

connaître la structure seraient distribués conformément à cette structure même, en sorte que l’on püt embrasser sous un seul nom, de classe, d'ordre, de genre, etc., toutes les espèces qui auraient entre elles, dans leur conformation tant intérieure qu'extérieure, des rapports plus généraux ou plus particuliers. Or c'est ce que la plupart des naturalistes de cette époque n'avaient point cherché à faire, et ce que bien peu d’entre eux auraient pu faire quand ils l'eussent voulu, puisqu'une distribution pareille supposait déjà une connaissance assez étendue des structures dont elle devait être en quelque sorte la représentation.

Il est vrai que Daubenton et Camper avaient fourni des faits; que Pallas avait indiqué des vues : mais les idées de ces savans hommes n'avaient point encore exercé sur leurs contemporains l'influence qu'elles méritaient d'avoir. Le seul catalogue général des animaux que l’on possédät alors, et que l'on ait encore aujourd'hui, le système de Linnæus, venait d'être défiguré par un éditeur malheureux, qui ne s'était pas même donné le soin d'approfondir les principes de cet ingénieux méthodiste, et qui, partout où il avait rencontré quelque désordre, avait semblé faire des efforts pour le rendre plus inextricable.

Il est vrai encore qu'il existait sur des classes particu-

lieres des travaux très étendus, qui avaient fait connaître

DE LA PREMIÈRE ÉDITION. \ij un grand nombre d'espèces nouvelles ; mais leurs auteurs n'avaient guère considéré que les rapports extérieurs de ces espèces, et personne ne s'était occupé de coordonner les classes et les ordres d'après l'ensemble de la strueture ; les caractères de plusieurs classes restaient faux ou incomplets, même dans des ouvrages anatomiques justement célèbres; une partie des ordres étaient arbitraires ; dans presque aucune de ces divisions, les genres n'étaient rapprochés conformément à la nature.

Je dus donc, et cette obligation me prit un temps considérable, je dus faire marcher de front l'anatomie et la zoologie, les dissections et le classement ; chercher dans mes premières remarques sur l'organisation, des distributions meilleures; m'en servir pour arriver à des remarques nouvelles ; employer encore ces remarques à perfectionner les distributions; faire sortir enfin de cette fécondation mutuelle des deux sciences l’une par l’autre, ‘un système zoologique propre à servir d'introducteur et de guide dans le champ de Fanatomie, et un corps de doctrine anatomique propre à servir de développement et d'explication au système zoclogique.

Les premiers résultats de ce double travail parurent en 1799, dans un Mémoire spécial sur une nouvelle division des animaux à sang blanc. Une ébauche de leur application aux genres et à leur division en sous-genres ,

lit l'objet de mon Tableau élémentaire des animaux,

siij PRÉFACE

imprimé en 1798, et Jaméliorai ce travail avec le concours de M. Duméril, dans les tables annexées au premier volume de mes lecons d'Anatomie comparée , en 1800.

Peut-être me serais-je contenté de perfectionner ces tables, et aurais-je passé immédiatement à la publication de ma grande anatomie, si, dans le cours de mes recherches, je n'avais été bien souvent frappé d'un autre vice de la plupart des systemes généraux ou partiels de zoologie ; je veux dire de la confusion où le défaut de eritique y a laissé un grand nombre d'espèces, et même plusieurs genres.

Non-seulement les classes et les ordres n'étaient pas assez conformes à la nature intime des animaux, pour servir commodément de base à un traité d'anatomie comparée; mais les genres, quoique d'ordinaire mieux constitués , n’offraient eux-mêmes, dans leur nomenelature, que des ressources insuffisantes, parce que les espèces n'avaient pas été rangées sous chacun d'eux, conformément à leurs caractères. Ainsi, en plaçant le Lamantin sous le genre des Morses, la Sirène sous celui des: anguilles, Gmelin avait rendu toute proposition générale relative à l'organisation de ces genres, impossible ; tout comme en rapprochant dans la même classe, dans le même ordre, et à côté l'un de l’autre, la Seiche et le

Polype d'eau douce, il avait rendu impossible de dire

DE LA PREMIÈRE ÉDITION. ix rien de général sur la elasse et sur l'ordre qui embrassaient des êtres si disparates.

Je cite là des exemples pris parmi les plus frappans ; mais il en existait une infinité de moins sensibles au premier coup-d'œil, qui n'avaient pas des inconvéniens moins réels.

Il ne suffisait donc pas d’avoir imaginé de nouvelles distributions de classes et d'ordres, d'y avoir placé convenablement les genres ; il fallait encore examiner toutes les espèces, afin de savoir si effectivement elles appartenaient aux genres où on les avait mises.

Or, quand j'en vins là, je trouvai non-seulement des espèces groupées ou dispersées contre toute raison, mais je remarquai que plusieurs n'étaient pas même établies d'une manière positive, ni par les caractères qu'on leur assignait, ni par les figures et les descriptions que l'on en alléguait.

Tantôt l’une d'elles, au moyen des synonymes, en représente sous un seul nom plusieurs, et souvent tellement différentes, qu'elles ne doivent pas entrer dans le même genre; tantôt une seule est doublée, triplée, et reparaît successivement dans plusieurs sous-genres, dans plusieurs genres, quelquefois dans des ordres différens.

Que dire, par exemple, du 7richecus manatus de Gmelin, qui, sous un nom spécifique, comprend trois

espèces et deux genres, deux genres différens presqne Le,

x PRÉFACE

en tout? Sous quel nom parler de la Vélelle, qui y figure deux fois parini les Méduses et une parmi les Holothuries? Comment y rassembler les Biphores, qui y sont appelées les unes du nom de Dagysa, le plus grand nombre de celui de Salpa, et dont plusieurs sont rangées parmi les Holothuria ?

Aïnsiil ne suffisait pas, pour atteindre completement le but, de revoir les espèces, il aurait fallu revoir jusqu’à leurs synonymes; c’est-à-dire qu'il aurait fallu refaire le système des animaux.

Une telle entreprise, après le prodigieux développement que la science a pris depuis quelques années, eût été inexécutable dans son entier peur tout homme isolé, même en lui supposant la plus lorigue vie, et nulle autre occupation; je n'aurais pas même été en état de preparer la simple esquisse que je donne aujourd’hui, si J'avais été livré à mes seuls moyens; mais les ressources de ma position me parurent pouvoir suppléer à ce qui me manquait de temps et de talent. Vivant au milieu de tant d'habiles naturalistes; puisant dans leurs ouvrages à mesure qu'ils paraissaient; usant avec autant de liberté qu'eux des collections rassemblées par leurs soins; en ayant moi-même formé une très considérable, spécialement appropriée à mon objet, une grande partie de mon travail ne devait consister que dans l'emploi de tant de

riches matériaux. Il n'était pas possible qu'il me restât

DE LA PREMIÈRE ÉDITION. \j beaucoup à faire, par exemple, sur des coquilles étudiées par M. de Lamarck, ni sur des quadrupèdes décrits par M. Geoffroy. Les nombreux rapports nouveaux saisis par M. de Lacépède, étaient autant de traits pour mon tableau des poissons. M. Levaillant, parmi tant de beaux oiseaux rassemblés de toutes parts,apercevait des détails d'organisation que jadaptais aussitôt à mon plan. Mes prepres recherches employées et fécondées par d'autres naturalistes produisaient pour moi des fruits qu'elles n'eussent pas donnés tous entre mes seules mains. Ainsi M. de Blainville, M. Oppel, en examinant dans le cabinet que jai formé les préparations anatomiques que Je destinais à fonder mes divisions des reptiles, en tiraient d'avance, et peut-être mieux que Je n'aurais pu le faire, desrésultats que jene faisais encore qu'entrevoir, etc., etc.

Ces réflexions m'encouragerent, et.je me déterminai à faire précéder mon Traité d'Anatomie comparée, d’une espèce de système abrégé des animaux , où je présenterais leurs divisions et subdivisions de tous les degrés, établies parallelement sur leur structure intérieure et extérieure ; où je donnerais l'indication des espèces bien authentiques qui appartiennent avec certitude à chacune des subdivisions, et où, pour mettre plus d'intérêt, j'entrerais dans quelques détails sur celles de ces espèces que leur abondance dans notre pays, les services que

nous en tirons, les dommages qu'elles nous causent, les

xij PRÉFACE

singularités de leurs mœurs et de leur économie, leurs formes extraordinaires, leur beauté ou leur grandeur, rendent plus remarquables.

J'ai espéré par là devenir utile aux jeunes naturalistes qui, pour la plupart, se doutent peu de la confusion et des erreurs de critique dont fourmillent les ouvrages les plus accrédités, et qui, surtout dans les pays étrangers, ne s'occupent point assez de l'étude des vrais rapports de conformation des êtres; j'ai cru rendre encore un service plus direct aux anatomistes , qui ont besoin de connaître d'avance sûr quelles classes, sur quels ordres ils doivent porter leurs recherches, lorsqu'ils se proposent d'éclairer par l'anatomie comparée quelque problème d'anatomie humaine ou de physiologie, mais que leurs occupations ordinaires ne préparent point assez à bien remplir cette condition essentielle à leur succès.

Cependant, je n'ai pas prétendu étendre également cette double vue à toutes les classes du règne; les animaux vertébrés ont du m'occuper de préférence, comme plus intéressans sous tous les rapports. Parmi les non vertébrés, j'ai dû étudier plus particulièrement les mollusques nus et les grands zoophytes ; mais les innombrables variations des formes extérieures des coquilles et des coraux , les animaux microscopiques, et les autres familles qui ne jouent pas dans la nature un rôle très ap-

jarent. ou dont l’organisation offre peu de prise au : 5 Il

DE LA PREMIÈRE DIVISION. xïi] scalpel, ne demandaient pas d’être traitées avec le même , détail. Je pouvais, d'ailleurs, pour la partie des coquilles et des coraux, m'en rapporter à l'ouvrage que M. de Lamarck publie en ce moment , et où l’on trouvera tout ce que le plus ardent désir de savoir peut exiger.

Quant aux insectes, si intéressans par leurs formes extérieures, par leur organisation, par leurs habitudes, par leur influence sur toute la nature vivante, j'ai eu le bonheur de trouver un secours qui, en rendant mon ouvrage infiniment plus parfait qu'il n'aurait pu sortir de ma plume, en a beaucoup accéléré la publication. Mon confrère et mon ami M. Latreille, l'homme de l'Europe qui a le plus profondément étudié ces animaux, a bien voulu présenter en un seul volume, et à-peu-près dans l'ordre que j'ai suivi pour les autres parties, le résumé de ses immenses recherches, et le tableau abrégé de ces innombrables genres que les entomologistes ne cessent d'établir.

Au reste, si dans quelques endroits j'ai donné moins d’étendue à l'exposition des sous-genres et des espèces, cette inégalité n’a pas eu lieu pour ce qui concerne les divisions supérieures et les indications des rapports, que Jai fondées partout sur des bases également solides , en faisant partout des recherches également assidues.

J'ai examiné une à une toutes les espèces que J'ai pu

me procurer en nature; j'ai rapproché celles qui ne diffe-

siv à PRÉFACE

raient l’une de l’autre que par la taille, la couleur on le nombre de quelques parties peu importantes, et j'en ai fait ce que J'ai nommé un sous-genre.

Toutes les fois que je l'ai pu, j'ai disséqué au moins une espèce de chaque sous-genre; et si l'on excepte ceux auxquels le scalpel ne peut pas être appliqué, il existe dans mon livre très peu de groupes de ce degré dont jé ne puisse produire au moins quelque portion considérable des organes.

Après avoir déterminé les noms des espèces que j'ai observées, et qui avaient été auparavant bien représentées ou bien décrites, j'ai placé dans les mêmes sousgenres celles que je n’ai point vues , mais dont j'ai trouvé dans les auteurs des figures assez exactes, ou des descriptions assez précises pour ne laisser aucun doute sur leurs rapports naturels; mais J'ai passé sous silence ce grand nombre d'indications vagues sur lesquelles on s’est trop pressé selon moi d'établir des espèces, et dont l'adoption est ce qui a le plus contribué à mettre dans le catalogue des êtres cette confusion qui lui ôte une si grande partie de son utilité.

J'aurais pu ajouter presque partout desespèces nouvelles en quantité notable; mais comme je ne pouvais renvoyer à des figures, il aurait fallu en étendre les descriptions au-delà de ce que l’espace me permettait; j'ai donc

mieux aimé priver mon ouvrage de cet ornement, et je

DE IA PREMIÈRE ÉDITION. A4 nai indiqué que celles qui, par une conformation singulière, donnent lieu à des sous-genres nouveaux.

Une fois mes sous-genres établis sur des rapports certains, et composés d'espèces bien constatées, il ne s’agissait plus que d’en construire ce grand échafaudage de genres, de tribus, de familles, d'ordres, de classes et d'embranchemens qui constitue l’ensemble du règne animal.

Jei j'ai marché en partie en montant des divisions inférieures aux supérieures par voie de rapprochement et de comparaison; en partie aussi en descendant des supérieures*aux inférieures, par le principe de la subordination des caractères; comparant soigneusement les résultats des deux méthodes, les vérifiant l'une par l’autre, et ayant soin d'établir toujours la correspondance des formes extérieures et intérieures, qui, les unes comme les autres, font partie intégrante de l'essence de chaque animal.

Telle a été ma marche toutes les fois qu'il a été nécessaire et possible d'introduire de nouveaux arrangemens ; mais Je n'ai pas besoin dedire que, dans plusieurs parties du règne, les résultats auxquels elle m'aurait conduit avaient déjà été obtenus à un degré si satisfaisant, qu'il ne m'est resté d'autre peine que celle de suivreiles traces de mes prédécesseurs. Néanmoins, dans ces cas mêmes

où je n'avais rien à faire de plus qu'eux, j'ai vérifié et

x\) TRÉFACE

constaté par des observations nouvelles ce qu'ils avaient reconnu avant moi, et je ne l'ai adopté qu'après l'avoir soumis à des épreuves sévères.

Le public a pu prendre une idée de ce genre d'examen dans les Mémoires sur l'anatomie des Mollusques, qui ont paru dans les Annales du Muséum , et dont je donne en ce moment une collection séparée et augmentée. J'ose l'assurer que j'ai fait un travail tout aussi étendu sur les animaux vertébrés, les Annelides, les Zoophytes et sur beaucoup d’Insectes et de Crustacés. Je n'ai pas cru nécessaire de le publier avec le même détail; mais toutes mes préparations sont exposées au cabinet d'Anatomie comparée du Jardin du Roi, et serviront ultérieurement à mon traité d'Anatomie.

Un autre travail bien considérable, mais dont les pièces ne peuvent être rendues aussi authentiques, c'est l'examen critique des espèces. J'ai vérifié toutes les figures alléguées par les auteurs, et rapporté chacune, autant que je l'ai pu, à sa véritable espèce, avant de faire choix de celles que j'ai indiquées; c'est aussi uniquement d’après cette vérification, et jamais d’après le classement des méthodistes précédens, que j'ai rapporté à mes sousgenres les espèces qui y appartenaient. Voilà pourquoi l'on doit voir sans étonnement que tel genre de Gmelin est aujourd’hui réparti même dans des classes et des em-

branchemens différens ; que de nombreuses espèces no-

DE LA PREMIÈRE ÉDITION. avi)

minales sont réduites à une seule, et que des noms vulgaires sont appliqués tout autrement qu'auparavant. Il nest pas un de ces changemens que je ne sois en état de justifier, et dont le lecteur ne puisse trouver lui-même la preuve, s'il veut recourir aux: sources que je lui indique.

Afin d’alléger sa peine, j'ai eu soin de choisir pour chaque classe un auteur principal, d'ordinaire le plus riche en bonnes figures originales, et je ne cite des ouvrages secondaires qu'autant que celui-là ne me fournit rien, ou qu'il est bon d'établir quelque comparaison pour mieux constater les synonymes.

Ma matière aurait pu remplir bien des volumes ; mais je me suis fait un devoir de la resserrer en imaginant des moyens abrégés de rédaction. C’est par des généralités graduées que j'y suis parvenu. En ne répétant jamais pour une espèce ce que l'on peut dire pour tout un sous-genre, ni pour un genre ce que l'on peut dire pour tout un ordre, et ainsi de suite, on arrive à la plus grande économie de paroles. C’est à quoi j'ai tendu pardessus tout, d'autant que c'était là au fond le but principal de mon ouvrage. On remarquera cependant que je n'ai pas employé beaucoup de termes techniques, et que j'ai cherché à rendre mes idées sans tout cet appareil barbare de mots factices qui rebute dans les ouvrages

de tant de naturalistes modernes. Il ne me semble: pas

avi 5 PRÉFACE que ce soin m'ait rien fait perdre en précision ni en clarté.

11 m'a fallu malheureusement introduire beaucoup de noms nouveaux, quoique j'aie mis une grande attention à conserver ceux de mes devanciers ; mais les nombreux sous-genres que J'ai établis exigeaient ces dénominations, car dans dés choses si variées, la mémoire ne se contente pas d'indications numériques. Je les ai choisies, soit de manière à indiquer quelque caractère, soit dans les dénominations usuelles que j'ai latinisées, soit enfin, à l'exemple de Linnæus, parmi les noms de la mythologie, qui sont en général agréables à l'oreille, et que l'on est loin d'avoir épuisés.

Je conseille néanmoins, quand on nommera les espèces, de n’employer que le substantif du grand genre, et le nom trivial. Les noms de sous-genres ne sont destinés qu'à soulager la mémoire, quand on voudra indiquer ces subdivisions en particulier. Autrement, comme les sous-genres, déjà très multipliés, se maltiplieront beaucoup plus par la suite, à force d’avoir des substantifs à retenir continuellement, on sera exposé à perdre les avantages de cette nomenclature binaire, si heureusement imaginé par Linnæus.

C'est pour la mieux consacrer que j'ai démembré le moins qu'il n'a été possible les grands genres de cet il-

lustre réformateur de la science. Toutes les fois que les

DE LA PREMIÈRE ÉDITION. xix sous-genres dans lesquels je les divise n’ont pas dù aller à des familles différentes, je les ai laissés ensemble sous leur ancien nom générique. C'était non-seulement un égard que je devais à la mémoire de Linnæus, mais e’était aussi une attention nécessaire pour conserver la tradition et l'intelligence mutuelle des naturalistes des différens pays.

Pour faciliter encore davantage l'étude de ce livre, car il est fait pour être étudié plus que pour être lu, j'y ai fait employer les divers caractères de l'imprimerie de manière à correspondre aux divers degrés de généralité des idées. Tout ce qui peut se dire des divisions supérieures, jusqu'aux tribus ou sous-familles inelusivement, est en cicéro; tout ce qui regarde les genres, en philosophie; les sous-genres etautres subdivisions, en petit-ro-: main ; les espèces dont j'ai cru devoir parler en particulier, sont aussi en petit-romain, mais à lignes pluscourtes, ou rentrées d'un cadrat; enfin les notes placées en bas des pages, contenant l'indication des espèces moins importantes, et les discussions sur la synonymie ou sur quelques erreurs que je reprends dans les ouvrages de mes prédécesseurs, sont en petit-texte. Partout les noms des divisions supérieures sont en grandes majuscules ; ceux des familles, des genres et des sous-genres, en petites majuscules, correspondantesaux trois caractères em-

ployés dans le texte; ceux des espèces, en italiques; le

xx PRÉFACE

nom latin est à la suite du nom francais, mais entre deux parenthèses, et l’on a observé des règles à-peu-près semblables dans les tables méthodiques qui précèdent chaque volume, et qui sont destinées à guider d’abord les commençans. Ainsi l'œil distinguera d'avance l'importance de chaque chose et l’ordre de chaque idée, et l’imprimeur aura secondé l’auteur de tous les artifices que son art peut prêter à la mnémonique.

Cette habitude que l’on prend nécessairement en étudiant l’histoire naturelle, de classer dans son esprit un très grand nombre d'idées, est l'un des avantages de cette science dont on a le moins parlé, et qui deviendra peutêtre le principal, lorsqu'elle aura été généralement introduite dans l'éducation commune; on s'exerce par là dans cette partie de la logique qui se nomme la méthode, àpeu-près comme on s'exerce par l'étude de la géométrie dans celle qui se nomme le syllogisme, par la raison que l'histoire naturelle est la science qui exige les méthodes les plus précises, comme la géométrie celle qui demande les raisonnemens les plus rigoureux. Or cet art de la méthode, une fois qu'on le possède bien, s'applique avec un avantage infini aux études les plus étrangères à l’histoire naturelle. Toute discussion qui suppose un classement des faits, toute recherche qui exige une distribution de matières, se fait d'apres les mêmes lois; et tel jeune

homme qui n'avait cru faire de cette science qu'un objet

Page 1