ORGANES DES SENS
Tacr.— Les Acéphales, dont la surface cutanée est très grande et qui ont des téguments extrêmement mous, sont doués d’un tact très développé. Si l'on vient à toucher en un point quelconque un Acéphale entrebâillé, on voit immédiatement les valves se refermer. On peut dire que le tact s'effectue à peu près par toute la surface du corps. Cependant, le manteau est particulièrement sensible. C’est le bord du manteau surtout et les nombreux tentacules qu'il porte généralement qui sont les organes tactiles. Les palpes labiaux le sont aussi, mais à un moindre degré. Souvent aussi le pied est très sensible au toucher. Pour s’en convaincre, on n'a qu'à mettre un Anodonte dans un bassin rempli d'eau : on le voit étendre son pied et le faire mouvoir de tous côtés en tâtant les divers points qu'il rencontre. Les Tridacnes aussi palpent avec leur pied en mamelon les objets extérieurs avant de fixer leur byssus. Les recherches de Flemming, de Boll,
de Vialleton ont montré que, dans les organes sensibles, au-dessous de l'épithélium vibratile il y a un plexus nerveux extrêmement riche qui est
en rapport avec certaines cellules épithéliales d’une nature particulière: ce sont des cellules renflées en un point et diminuant de calibre en s’introduisant entre les cellules épithéliales indifférentes. Leur ex-
trémité libre se termine par un Fic. 55. — Schéma d'une bouquet de cils tactiles (fig. 55).
cellule sensitive (7) du
manteau de la Moule. Æ Gour. — Le goût, s'il existe, siules épithéliales: PN A Re :
de veux est très faible. Il réside peut-être
dans les palpes labiaux.
F1G. 56. — Otocyste d'Unio.
Oporar. — L'odorat existe certainement, mais ne paraît pas être loca-
lisé dans un organe particulier.
Chez un certain nombre de types à manteau ouvert, entre l'extrémité
du rectum et le bord des branchies on voit deux petites taches brunâtres dont l'aspect rappelle celui des organes de Spengel des Prosobranches. En ce point l’épithélium est formé de cellules sensitives. On a voulu voir dans ces organes des appareils olfactifs.
OuiE. — Les otocystes, découverts en 1833 par Siebold qui les appelait organes énigmatiques, n'existent que chez quelques espèces. On en trouve chez les Anodontes, les Unios, les Cyclades ; ils affectent toujours la même position et ont la même innervation ; ils sont situés dans la région pédieuse et sont innervés par les ganglions pédieux. On a cherché jusqu'ici en vain à montrer que, comme chez les Gastéropodes, la véritable origine du nerf acoustique est dans les ganglions cérébroïdes. Les Otocystes se composent d'une tunique conjonctive et nerveuse complètement close, tapissée intérieurement par des cellules cylindriques à cils vibratiles. Tout au centre est un liquide dont la réfringence est plus grande que celle de l'eau et tenant en suspension généralement un seulotolithe arrondi (fig. 6).
F1G. 57. — Ommatidium d'un œilcomposé d'Arca.
pg cellules pigmentées.
cc cuticule cornéenne.
Vus. — Les organes de la vue sont assez rares chez les Acéphales. Mais
les espèces dépourvues d'organes visuels peuvent cependant être sensibles à la lumière. Ainsi Sharp a montré que le Solen vagina se ferme brusquement quand on intercepte les rayons lumineux en mettant la main
entre lui et le soleil,
L'organe de la vue est déjà plus localisé chez les Arches. Ici, sur le bord du manteau, il y a de nombreuses petites taches pigmentées. Ces taches pigmentées sont loin d’être toutes semblables ; cependant elles sont toujours constituées par des amas d'organes identiques, auxquels W. Patten a donné le nom d'ommatidia. Un ommatidium isolé se montre formé de cellules incolores nucléées, contenant une fibre nerveuse axiale, et entourées de cellules pigmentées (quatre en général). Au-dessus de lui passe la cuticule s’épaississant plus ou moins {fig. 57) en cornée et cristallin. Ces ommatidia se groupent différemment pour former trois sortes d'yeux :
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Fi6. 58. — Coupe schématique d'un œil de Pecten. CO cornée. Cr cristallin. ZA humeur aqueuse. NO nerf optique. B branche latérale du nerf optique. T' tapis. À rétine. B bâtonnets.
1° Les yeux pseudo-lentisulés sont constitués par un amas d’ommatidies audessus duquel la cuticule a formé un cristallin; 2° les yeux invaginés sont des amas placés au fond d'une coupe s’ouvrant extérieurement par une simple fente; 3° les yeux à facettes rappellent étonnamment les yeux composés des Arthropodes. Ils sont volumineux et constitués par environ quatre-vingts ommatidia formant des petites saillies hémisphériques, Dans un même animal, il y aenviron deux cents yeux du premier type, huit cents du second et deux cents du troisième.
La complexité des yeux devient encore plus grande chez les Pecten. Les yeux de ces animaux sont arrondis, pigmentés et portés par un pédoncule. Ils abondent tout le long du manteau entre les tentacules tactiles,
Leur structure, extrêmement curieuse et compliquée, a été étudiée dans tous ses détails par M. W.Patten !.
L’épithélium du pédoncule est formé par des cellules cylindriques et pigmentées qui, en arrivant au-dessus de l'œil, s’amincissent beaucoup en devenant transparentes, et forment une cornée. Au-dessous d’elles est le cristallin, qui n’est pas un produit de sécrétion: c'est une masse irrégulièrement biconcave, comme la représente le schéma ci-joint (fig. 58), formée de cellules polyédriques étroitement serrées les unes contre les autres, sauf à la périphérie où elles deviennent plates. Cette lentille est entourée par une humeur aqueuse et vient s'appuyer sur la rétine. Celle-ci est d'abord formée par un tapis qui donne à l’œil un aspect métallique ; plus en dedans vient la rétine proprement dite, formée de diverses couches, mais dont la particularité la plus intéressante est d’avoir ses bâtonnets visuels dirigés en arrière, comme cela a lieu dans l'œil des Vertébrés. Les fibres du nerf optique viennent se terminer dans cette couche des bâtonnets. En outre (particularité dont l’origine et le rôle ne sont pas connus) du nerf optique part un rameau qui se rend à la surface de la rétine. Une partie de ses fibres paraît se continuer dans les bâtonnets. Les yeux du pecten brillent comme des émeraudes. On voit que leur constitution les rapproche de ceux des Vertébrés, d’abord par
la direction rétrograde des bâtonnets, et ensuite PE par leur cristallin cellulaire. = = ..
A" = = APPAREIL EXCRÉTEUR == == == == == = 00 , : ; = = ORGANE DE Boysanus. — L'appareil excréteur la== =E.08 = É=
des Acéphales est surtout représenté par l’organe de Bojanus, qui a été particulièrement étudié par M. de Lacaze-Duthiers ?. Il se compose de deux organes symétriques, placés à F16. 59. — Corps de Bojanus du Car-
dium rusticum, vu en-dessous. 2
droite et à gauche de la masse viscérale, sur les pied. B branchies. 00 orifice génital. OB orifice bojanien. GB gan-
côtés du péricarde. Ils s'ouvrent au dehors par ghone viscéraux. À connectifs cé- : s À ; : rebro-viscéraux.
deux orifices distincts. Leur couleur est géné-
KE
ralement brune; mais, chez la Lime squameuse, elle est jaune clair, et dans l’Anomie de la Méditerranée elle est d'un violet assez riche. Leurs orifices se trouvent facilement en suivant les connectifs qui relient les ganglions
1 W. PArTEN. Eyes of Mollucs and Arthropods (Mittheilungen aus der zoologischen slalion zu Napel, 1886).
2 Ann. sc. nal., 4° série, t. IV, 1855.
cérébroïdes aux ganglions viscéraux : ils sont en effet toujours situés tout
près et en dehors de ces connectifs, en arrière des orifices génitaux, et par