EXTÉRIEUR
Le corps de la Seiche se fait remarquer immédiatement par sa division bien nette en deux parties par une région étranglée, le cou ; c’est en avant la tête, en arrière le corps proprement dit.
La tête est volumineuse et porte latéralement deux gros yeux qui ressemblent étrangement à des yeux de Vertébrés, des yeux de poissons par exemple. La tête porte à sa partie tout à fait antérieure une bouche, entourée par une lèvre charnue, et de laquelle on voit saillir un organe brunâtre que l’on ne peut mieux comparer qu'à un bec de perroquet, se mouvant dans le sens vertical : ce sont les mâchoires. La bouche est entourée par huit bras charnus devenant de plus en plus étroits de la base au sommet,
et portant sur toute la surface qui regarde la bouche un grand nombre de petites ventouses arrondies et pédiculées. Les bras de la face dorsale sont un peu plus grands que les bras de la face ventrale : ils affectent donc dans leur ensemble une symétrie bilatérale. Pour les distinguer les uns des autres, on est convenu d'appeler bras I les deux bras les plus dorsaux,
F16. 268. — Schéma d'une Seiche vue latéralement. F1G. 269. — Seiche. Extrémité du bras tentaculaire.
puis en descendant vers la face ventrale, bras I] les deux bras suivants, bras IIT, bras IV. Ces derniers sont donc les plus ventraux (fig. 268).
Si l’on regarde entre les bras IIT et IV de chaque côté de la bouche, on voit deux larges invaginations de chacune desquelles on peut retirer un long appendice cylindrique, élargi à son extrémité libre, et portant sur la face interne de celle-ci un grand nombre de petites ventouses pédiculées semblables à celles des autres bras (fig. 269). C’est ce qu'on appelle les bras tentaculaires ; leur longueur est plus grande que le corps tout entier. L'animal au repos les tient enfermés dans leur poche, mais, dès qu'il aperçoit une proie, il darde sur elle ses bras tentaculaires qui la frappent et la ramènent à la bouche. Les huit bras ordinaires ajoutés aux deux bras tentaculaires font en tout dix bras : c'est la caractéristique du groupe des Décapodes auquel appartient notre animal.
Le corps proprement dit de la Seiche se fait remarquer d'abord par deux replis des téguments, qui occupent le bord droit et le bord gauche er venant presque se rejoindre à la face postérieure. C’est au moyen de ces
deux nageoires que l'animal progresse lentement dans l’eau.Ces nageoires divisent le corps en deux parties, l’une dorsale, l’autre ventrale, qu'il est nécessaire d'étudier successivement.
La face ventrale (fig. 268) montre en avant une large fente transversale qui conduit dans une vaste chambre: le repli qui la limite ventralement est le manteau, la cavité est la cavilé patlléale. Celle-ci est ventrale, tandis que chez les Gastéropodes elle était dorsale. La cavité palléale est divisée en deux parties par une bande musculaire longitudinale médiane qui réunit le manteau au reste du corps. Le bord antérieur du manteau recouvre en partie un autre organe musculeux, conique, qui se prolonge jusque sous la tête de l'animal. Cet organe conique est creux, et sa cavité s'ouvre d’une part en avant, d'autre part en arrière dans la cavité palléale : c'est ce qu'on appelle l’entonnoir, allusion parfaitement exacte à sa
forme et à ses deux ouver-
Le)
tures. Cet organe possède sur Ê
sa face ventrale deux sortes F16. 270. — Seiche, vue par la face ventrale. B bras. 7 tête.
Y yeux. Æ entonnoir. N nageoires. T' bras tentaculaires, P
de crochets musculo-cartilagi- flèche entrant dans la cavité palléale,
neux qui peuvent s'accrocher
à deux saillies analogues de la face interne du manteau ;,lorsque cette adhérence a lieu, on voit que la cavité palléale ne peut plus guère communiquer qu'avec celle de l’entonnoir. A l’état ordinaire le manteau se dilate etse contracte successivement comme s’il présentait des mouvements d’inspiration et d'expiration. Par ce fait l’eau pénètre par la grande fente palléale antérieure eten sortavec la même facilité. Ces allées et venues de l’eau dans la cavité palléale sont destinées à renouveler l’eau qui entoure les organes respiratoires placés dans cette cavité. Mais, lorsque l’anir al est inquiété, il remplit fortement d’eau sa cavité palléale, puis produit l’adhérence du siphon avec l’entonnoir et contracte brusquement son manteau. L'eau ne peut plus alors sortir que par l’orifice étroit de l’entonnoir. Il en résulte une force très grande en sens inverse de la sortie de l’eau, et l'animal est
MuLLU>QUES. 14
brusquement rejeté en arrière : c’est un moyen très efficace pour échapper à ses ennemis. Ajoutons que dans l'entonnoir se trouve une valvule qui empêche l'entrée de l’eau par sa cavité.
Coupons la bande musculaire médiane qui réunit le manteau au corps, et fendons ensuite le manteausurla ligne médiane,puis rejetons-en les lambeaux à droite et à gauche (fig. 271). Nous pourrons alors examiner les organes et les orifices qui sont placés dans la cavité palléale, Nous verrons d’abord
Fi6. 271. — Seiche. Schéma de la face ventrale, le manteau fendu sur la ligne médiane. T tête. Æ entonnoir. MV masse viscérale, Br branchies. AN anus et orifice de la poche à encre. U orifices urinaires. G orifice génital.
au milieu la masse viscérale recouverte par une bande assez mince. Celle-ci est en outre réunie au manteau par deux piliers musculaires latéraux. A la partie postérieure, à l'angle que fait la masse viscérale avec le manteau, on voit deux grandes ranchies. Sur la ligne médiane, un peu au-dessous de l'entonnoir, s'ouvre l'anus, bordé par de petites ailettes et dans lequel on peut voir déboucher la poche du noir. De part et d'autre de lui, mais un peu en arrière s'ouvrent les orifices urinaires. C'est un peu en arrière de l'orifice urinaire gauche que se trouve l’orifice sexuel mâle ou femelle suivant les cas.
Examinons maintenant la face dorsale. Tout de suite nous sentons au dessous la place d'un corps très dur qui vient même faire saillie en avant, au-dessus du cou. Si nous fendons la peau, nous tombons dans une cavité
CÉPHALOPOPES 197
occupée par la coquille, que nous pourrons retirer sans difficulté. Cette coquille au début est externe, mais il se forme un repli des téguments qui finit par la recouvrir entièrement, en se soudant par tout son pourtour. La coquille est donc en réalité externe, mais secondairement elle est devenue interne.
Maintenant que nous connaissons les principaux traits de l’organisation externe, étudions les uns après les autres les différents appareils.